PATAGONIE EXTREME……
Quelques nouvelles de Sean et Mike qui se trouvent à l’autre
bout de la planète…Conditions climatiques extrêmes, le Fitz
Roy se défend bien, tempêtes et neige sont au rendez-vous….
Par mail, voici le récit de la troisième tentative dans Royal
Flush.
“Toilet Flush” dur dur d’avoir les conditions!
Fitz Roy, February 25th, 2007
Yo todos! Petite séance de bloc puis montée au paso supérieur
pour l’essai kamikaze dans “Royal Flush”. C’coup-ci
on s’est dit : “quoiqu’il arrive, on y va et on essaie”!
Le lendemain de notre arrivée au Paso Supérieur, nous partons
dans la voie. Une cordée allemande nous précède pour également
tenter de libérer la voie. Il s’agit de Stéphane Glowacz
et Markus, deux grimpeurs assez forts. Sean commence à s’exciter
et me dit : “Mike, on les lâche pas, faut qu’on leur colle
au cul!”. Depuis notre dernier essai, le glacier a un peu bougé
et de nouvelles crevasses nous obligent à faire quelques petits détours,
mais rien d’alarmant! De plus, nous commençons à nous sentir
bien en confiance dans la neige et la glace, ça vient, ça vient!
Arrivés au pied de la voie, on attendra quelques minutes que les deux
allemands commencent à grimper pour y aller à notre tour. Les
fissures sont toujours aussi belles, toujours aussi agréables à
grimper. Cette fois-ci, ça va beaucoup mieux. Je suis plus affûté
et en forme que lors du premier contact. Sean, en pleine forme, enchaînera
toutes les longueurs que nous grimperons. Bien, bien! Je tomberai dans la première
longueur, assez technique et dans une fissure à doigts assez difficile
plus haut. L’ambiance est fantastique comme d’habitude et nous nous
sentons en pleine harmonie avec le rocher. On avance plus lentement que les
Allemands, notamment parce que chez eux le second monte au “jumar”.
Notre style est plus lent étant donné que le premier et le second
grimpent la longueur. Ils sont quand même rapides!
Arrivés à la sixième longueur, on les voit redescendre…Aïe
aïe, ça pue ça! Stéphane nous expliquera que les longueurs
plus haut sont remplies d’eau et que ça coule dans toute la fissure
rendant la grimpe en libre presque impossible. Lui, il veut libérer la
voie et a donc décidé de redescendre. On décide de continuer
pour voir si on peut faire quelque chose. Deux longueurs dans l’eau et
nos doigts sont trempés, ridés comme si on sortait de la douche.
Pas facile de protéger en plus dans ces fissures mouillées. La
longueur suivante est trop mouillée pour que je passe en libre. Tant
pis, on y va en « french free » (càd en tirant sur les points
pour avancer quand ça passe pas en libre). Je tire la longueur et j’arrive
en-dessous du dernier petit toit avant d’arriver à la vire de neige.
Là, c’est la douche ! Le temps d’installer le relais et commencer
à hauler le sac, toutes mes couches de vêtements sont transpercées.
Je suis trempé! C’est là qu’on décide de redescendre.
Si c’est déjà trempé ici, ça veut dire que
là haut ça doit bien pleuvoir. Merde, c’est dur d’avoir
les conditions dans cette voie. Elle porte bien son nom, c’est vraiment
un coup de poker ! Rien de grave. Retour au Paso, il fait assez beau. On décide
de partir le lendemain pour l’aiguille Poincenot, le beau sommet à
gauche du Fitz. Nos amis Suisses viennent de la faire et nous disent que c’est
une belle course. 1,5 h d’approche depuis le Paso supérieur pour
ensuite attaquer une rampe de neige/glace et mixte d’une dizaine de longueurs
(300-400m à 50º/65º). Super! On fera tout en corde tendue car
on se sent de plus en plus à l’aise dans ce type d’ascension.
On arrive au lever de jour au dièdre à partir duquel commence
l’escalade rocheuse. On zigzaguera pas mal dans un dédale de rocher
et de neige pour finalement arriver au sommet. Pas facile de trouver son chemin!
Le sommet est magnifique ! On a une vue à 360º sur le hielo continental,
le Cerro Torre, le Fitz, El Chálten, génial ! Séance photo
puis on commence les rappels. Le timing est bon. Finalement, ça prendra
plus de temps car nous effectuerons les rappels avec une cordée de trois
chiliennes et deux amis qui ont également fait le sommet.
En effet, les trois chiliennes étaient parties dans la voie il y a
deux jours et nous n’avions pas de nouvelles depuis. Elles ont bivouaqué
à l’arraché dans la voie et ont fait le sommet le lendemain.
Elles se sont reposées sur une vire pendant 2h avant de continuer de
nuit et sont arrivées au sommet un peu avant nous. Imaginez qu’on
les a croisées sur le glacier quand nous partions dans Royal Flush
et le lendemain elles étaient encore en action. Un bel exemple de volonté!
Bravo les filles! Elles nous proposent de nous laisser passer mais on décidera
logiquement de descendre avec elles car elles étaient dans un état
proche du végétal et ça devenait vraiment dangereux.
De plus, il y en a une qui avait reçu une pierre sur le bras et elle
avait le bras dans une écharpe (enfin, une sangle d’escalade)
et n’arrivait plus à bouger les doigts. Au moment où nous
les avons rejointes, elles allaient descendre du mauvais côté
de l’aiguille et se retrouver dans une face déversante de 1000m
! (Et c’en était fini je pense). On leur donnera notre bouffe
et un peu à boire, et ensuite quand nos deux amis (qui descendaient
du sommet également) nous ont rejoint, on s’est bien organisé
pour leur monter les rappels et récupérer les cordes et ainsi
gagner du temps. Nous nous sommes retrouvés tous les 7 sains et saufs
sur le glacier alors qu’il faisait encore jour. Bien, bien ! On aura
eu bien froid étant donné le vent et les mauvaises conditions
météo ce jour-là, mais on se réchauffera rapidement
au paso supérieur dans les grottes de glace! Les filles descendront
le lendemain sans problème jusqu’à El Chálten.
Super ! Le lendemain, repos au paso supérieur, profitant du soleil
et de la super journée qui s’offrait à nous. Comme le
temps était beau, Sean avait encore envie de mettre un push sur le
Fitz le lendemain. Quant à moi, j’avais déjà la
tête dans les super lignes de Bariloche et valle encantado. Ceci étant,
c’était clair qu’il fallait en profiter et j’étais
prêt à accompagner Sean dans une dernière tentative. Finalement,
tout s’est bien organisé car un de nos amis suisses (Roger) voulait
absolument faire le sommet du Fitz et son partenaire de cordée ne montait
pas ce jour-là. Ils sont donc partis pour une dernière belle
aventure dans le Fitz avant de descendre depuis la brèche des Italiens
à cause des mauvaises conditions. Voilà, voilà ! Nous
voici de nouveau à El Chálten ! On a descendu le matos étant
donné que je pars vendredi pour Valle, yeeah ! Sean reste encore une
semaine voir si un dernier créneau lui permettrait de réaliser
encore une belle ascension, puis il me rejoindra à Bariloche pour grimper
les fissures de Frey. Yes! Let’s go climbing!
Mike et Sean