
A l’approche du crux, mes jambes commencent à trembler. Alors que mes pieds meurtris sont déjà insensibilisés par 10 heures d’escalade non stop, une bouffée d’acide lactique s’attaque à mes avant-bras. A chaque mouvement, je dois chercher au plus profond de moi la détermination nécessaire pour me soumettre aux sensations imposées par la voie. Je suis obligé de lutter contre les pensées néfastes qui remettent en question mes possibilités de réussite ; un instant de lucidité me fait réaliser que le succès de cette paroi de 500 mètres tient à ces quelques derniers mouvements. J’élimine de mon esprit toute pensée inutile, c’est maintenant la machine que j’ai programmée qui entre en action : « Pied droit haut sur le petit médaillon, pied gauche en adhérence, main droite dans le petit coincement à doigts, main gauche en dülfer sur petite réglette. ». Je répète dans ma tête le passage crucial à l’attaque de cette magnifique fissure déversante. Je dois puiser dans mes réserves pour en extraire toute l’énergie qui me reste; cet essai supplémentaire n’est plus une option, c’est maintenant ou jamais !
C’est au Yosémite que j’ai découvert cette magnifique paroi ! Tout a commencé un jour de printemps. Mon partenaire m’avait abandonné car le temps faisait plus penser à la Belgique qu’à la Californie! Déçu à l’idée d’abandonner mes projets pour la journée, je me suis dit : « Pourquoi ne pas en profiter pour découvrir une nouvelle voie à libérer dans la vallée du Yosémite ? ». Arrosé par la plus grande cascade d’Amérique du Nord, le Upper Yosemite fall Wall m’a invité à découvrir ses secrets.
Dès les premiers repérages, une ligne est apparue à
mes yeux. J’avais très peu d’informations quant à
la possibilité de passer, mais je faisais confiance à mon
instinct. Depuis cette première découverte, presque aucune
nuit ne se passait sans en rêver. C’est ainsi que débuta
un long processus : repérage, nettoyage, découverte de mouvements
et protections, ....
Après près d’un mois consacré à cette
voie, le moment vint de tenter ma chance.
Une première tentative vire à l’échec pour
cause de chutes multiples dans une section très aléatoire,
protégée exclusivement par copperhead (protection très
peu fiable). Le temps passe et approche l’échéance
de mon ticket retour pour la Belgique; un dernier round s’impose,
et c’est avec un ami américain que je mets en jeu un ultime
essai pour l’enchaînement. Il fut couronné de succès
!!
Ce fut un de mes plus beaux moments depuis que je grimpe : la sensation
d’avoir accompli quelque chose de grand, quelque chose qui repousse
encore mes limites.
Ainsi est né « L’appât » VI 500m 8a composé
de 12 longueurs dont les 7 dernières sont les plus soutenues (…,7c,
7b, 7b+,7c, 7a, 8a, 6a) et entièrement sur coinceurs (également
les relais). A qui la répétition ?
Bonne Grimpe
Nico






