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Le tour du Cervin                                                 

 

Un article de Mario Colonel dans la revue “ Montagnes Magazine ” (n°258 de mai 2002) nous a donné l’envie d’utiliser cette randonnée pour se mettre en jambes en altitude avant de chercher à aller plus haut, d’autant plus que c’était précisément dans la région où nous comptions passer nos vacances.  Essentiellement pour parfaire l’acclimatation, nous avons cependant remanié le parcours de manière à loger autant que possible dans les refuges d’altitude plutôt qu’en gîtes dans les vallées.  De plus, la découpe proposée dans l’article comporte quatre longues étapes consécutives ce qui nous semblait un peu beaucoup pour un début.


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Nous avons choisi de partir de Sint Niklaus dans la vallée de Zermatt (le Mattertal) d’où un téléphérique pittoresque nous a amenés à Jungu d’où la vue sur la vallée est extraordinaire.  De là, par l’Augstbordpass, un col assez austère, nous sommes passés dans le Turtmanntal vers Gruben, un hameau charmant mais où les possibilités de logement ne sont pas légion (1).  Le deuxième jour, nous avons franchi le Meidpass, malheureusement sous une pluie battante, pour gagner Zinal dans le Val d’Anniviers.  Le troisième jour, par le col de Sorebois, le barrage de Moiry, le lac des Autannes et le col de Torrent, nous avons gagné Villa dans le Val d’Hérens, puis Arolla en bus.  Cette étape se déroule presque exclusivement dans des prairies d’alpage mais réserve de superbes vues sur les hauts sommets environnants.  Le quatrième jour, peut-être le plus spectaculaire, la randonnée est plus alpine et par le haut glacier d’Arolla et le col Collon, on gagne le Valpelline et le rifugio del Col Collon (rebaptisé Nacamuli).  Le cinquième jour, nous sommes descendus vers Prarayer et le lac du barrage de Place Moulin et remontés par le vallon de Valcournera vers le col homonyme pour pénétrer dans le Valtournenche. 

Album photo





Nous comptions loger au refuge Vuillermoz & Perucca mais, malgré une réservation téléphonique confirmée quelques jours plus tard, ce dernier était fermé !  Heureusement, 100m plus bas à peine, se trouve le bivouac Manenti (deux places !) planté là on se sait pourquoi.  Nous en avons profité pour passer une agréable soirée animée par les nombreux bouquetins de l’endroit et une bonne nuit.  Le sixième jour, nous avons franchi la fenêtre de Cignana d’où l’on aperçoit enfin le face sud du Cervin (malheureusement partiellement dans les nuages ce jour-là).  Nous avons gagné Breuil après une descente dans la forêt et de belles prairies, puis Plan Maison en téléphérique.  Là, malheureusement, l’ogre Ski a tout dévoré sans laisser la moindre miette, pas même un petit sentier balisé.  A partir du téléphérique de Plan Maison, on navigue à vue vers le col du Théodule (quand il fait clair, sinon ce doit être à l’aide de la boussole et de l’altimètre …) dans un immense champ de cailloux strié de fossés de drainage et hérissé de pylônes de remontées mécaniques et de terminaux carrossés de matière plastique.  Le chamois que nous avons aperçu vers 2650m semblait d’ailleurs assez incongru en ces lieux inhospitaliers.  Même la chapelle Bontadini perchée vers 3035m,  dans ce qui a sans doute jadis été un alpage paisible, est complètement encerclée par des mécaniques sans grâce.  Il doit être possible d’éviter cette désolation en continuant en téléphérique depuis Plan Maison jusqu’à la Testa Grigia puis en descendant au col du Théodule le long des pistes de ski d’été du versant suisse.  Le septième et dernier jour de notre randonnée, nous sommes descendus depuis le refuge du col du Théodule vers Gandegg le long des pistes de ski tracées sur l’Ober Theodulgletscher puis vers Trokener Steg et Zermatt par un sentier qui offre quelques vues étonnantes sur les grands sommets de la frontière entre la Suisse et l’Italie (Mont Rose, Liskamm, Breithorn, ...) mais aussi sur d’autres comme la Dent Blanche et l’Obergabelhorn et naturellement, sur le Cervin.  De là, la randonnée se poursuit pour rejoindre Sint Niklaus par “ l’Europa Weg ”, un sentier dont une partie a été créée récemment de toutes pièces en usant (ou abusant) de moyens artificiels (il y a même une portion de tunnel creusée à l’explosif !).  Il faut souligner qu’il réserve tout de même des vues somptueuses sur le Weisshorn et ses voisins.

 

Dans l’ensemble, c’est une très belle randonnée, très variée et sauvage.  On y trouve tout ce qui fait la montagne, depuis la forêt et de merveilleuses prairies sylvatiques, les alpages, des vallons rocailleux et arides et jusqu’à un vrai glacier.  Les paysages souvent splendides et quelques points de vue vraiment remarquables (par exemple, celui sur le trio Brunegghorn  - Weisshorn - Bishorn depuis Jungu, au-dessus de Sint Niklaus).

 

Quelques remarques à propos de ce tour, qui comporte bien des aspects positifs :

 

D’abord, son nom lui-même.  On tourne naturellement bien autour du Cervin, mais la boucle est très large de sorte qu’on tourne aussi autour de quantité de sommets respectables (notamment: La Dent Blanche, le Weisshorn, le Zinal rothorn, …).  D’autre part, la configuration des lieux fait qu’on passe près du Cervin au sud (moins de 4 km) mais loin au nord (plus de 27 km).  On voit donc très bien sa face italienne et sa célèbrissime arête nord-est (Hörnli) mais beaucoup moins bien sa face nord et surtout sa belle continuité avec celle de la Dent d’Hérens telle qu’on peut l’admirer en montant au refuge de Schönbiel par exemple.  Le Cervin est sans conteste le plus médiatique, surtout du côté suisse où il fait l’objet d’une véritable idolâtrie, mais ce n’est ni le plus haut ni celui qu’on voit le mieux.  Il nous semble que le superbe Weisshorn qu’on voit mieux et plus longtemps que le Cervin pourrait parfaitement jouer le rôle titre.  Le sympathique patron du rifugio del Col Collon suggérait plutôt une référence aux six vallées concernées par cette randonnée : Le Mattertal, le Turtmanntal, le Val d’Anniviers et le Val d’Hérens du côté suisse, le Valpelline et le Valtournenche du côté italien.

 

D’autre part, manifestement, la philosophie du balisage des sentiers est très différente en Suisse et en Italie.  Du côté suisse, les sentiers sont évidents (souvent près d’un mètre de large ; d’ailleurs ils sont de plus en plus fréquemment créés et entretenus au moyen de mini-pelleteuses hydrauliques à chenilles) et très généreusement balisés, notamment vers les refuges.  De plus, les passages exposés sont souvent équipés (chaînes, marches, …).  Le cheminement sur le Haut Glacier d’Arolla est balisé tous les 100 mètres par des trépieds en bois hauts d’un mètre cinquante surmontés d’une grosse pierre.  Du côté italien, les sentiers sont très généralement plus sommaires et le balisage est réduit à quelques cairns ci et là.  Il en résulte que la carte n’est pas vraiment utile du côté suisse, mais qu’elle est par contre indispensable du côté italien et qu’il faut constamment se pencher dessus.  Nous n’avons par exemple trouvé aucune indication autour de Prarayer pour le col de Valcournera ni pour le refuge Vuillermoz & Perucca situé à proximité.

 

De plus, deux passages au moins :

·       Le col Collon :  3,5 kilomètres sur un glacier certes débonnaire et bien balisé, mais immense et présentant quelques crevasses (peu dangereuses objectivement) près de sa jonction avec la branche qui descend du col de l’Evêque et un cheminement peu évident côté italien,

·       Le col de Valcournera : une pente d’éboulis très raide de 150 mètres de haut sur le versant ouest et une pente encore plus raide, moitié neige, moitié glace, d’une cinquantaine de mètres de haut sur l’autre versant, le tout sans aucune trace de sentier ni aucun équipement,

nous semblent vraiment trop techniques pour des randonneurs sans expérience de montagne, surtout si les conditions ne sont pas idéales (neige fraîche ou brouillard par exemple) d’autant plus que tout abri est très éloigné.  Il en résulte que ce tour du Cervin, dans son état actuel, ne nous semble recommandable que pour des randonneurs expérimentés et bien équipés (le piolet fut fort utile pour tailler des marches dignes de ce nom dans le haut du versant est du col de Valcournera).  Certes, nous n’avons pas lu le topo (non disponible en librairie au moment de notre départ), mais il devrait au minimum contenir une mise en garde plus explicite que les timides avertissements présents dans l’article de “ Montagnes Magazine ”.

 

D’autre part, le tour tel qu’il est présenté, recourt fréquemment aux remontées mécaniques et aux transports en commun qui grèvent très sérieusement le budget sans être forcément indispensables.  Pour ceux qui ont un plus de temps, il peut être agréable de continuer par les sentiers mais en prévoyant deux ou trois jours supplémentaires (éventuellement avec l’un ou l’autre bivouac).

 

L’avenir nous dira comment ce nouveau tour évoluera et quelle sera sa popularité.  Il ne nous semble pas certain qu’il pourra un jour concurrencer sérieusement le très fréquenté tour du Mont Blanc.  D’autant plus, que plusieurs autres circuits du même genre existent, notamment un tour du Mont Rose qui semble fort appétissant …

 

Bonne promenade à tous.

 

Philippe Mariamé                                                                             Marianne Coupatez

 

 

(1)  Nous avons logé à l’hôtel Schwarzhorn, une pension de famille qui offre des dortoirs confortables mais dont la gastronomie par contre ne justifie pas le détour ...  Il est prudent de réserver (Tél.: 027 9321414.  Fax: 027 9321680).