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Dico du néophyte en expédition,
Pour ceux qui ne sont jamais allés en expédition ( ou qui vont partir bientôt)

Si, comme moi, vous avez l'envie de découvrir, de vivre, une expé, voici quelques définitions de base qui éviteront quelques petites surprises. Ces explications simples sont le résultat direct de mon expérience à l'assaut du Tengkampoche au Népal, avec l'équipe féminine du Club Alpin Français.

A comme Altitude : 6500 mètres, un sommet d'altitude modérée. Bien sûr, il faut s'acclimater mais ce n'est pas un 8000 mètres. Méfiez-vous cependant de l'altitude donnée car celle-ci ne vous dira rien quant au type de sommet : aucune comparaison possible entre un 6500 m technique ( tel que le Tengkampoche) et un sommet de trekking de 6500m. Bref, ne vous fiez pas à l'altitude donnée : vous pourriez être surpris.

B comme Bouffe : Chapati, mo-mo, oeufs, riz, yack… la découverte passe aussi par le ventre. Il y a ceux qui supportent et les autres. Par chance, ma pharmacie ne m'a servi à rien, mais le bout de chocolat belge à l'aéroport fut le bienvenu.

C..amp de base : l'endroit de vie où tout se partage durant dix jours : les moments d'émotion, la fatigue, les déceptions, les blagues idiotes, l'apéro (eh oui) les odeurs de pied… tout ce qui fait la vie, tout ce qui constitue les souvenirs d'une équipe.

D comme départ : cela sonne comme excitation, énervement (n'ai-je rien oublié ?, me suis-je assez préparée ?), baptême de l'air, inconnu. Au siège du CAF, il y a ceux qui, d'excitation, s'agitent dans tous les sens, ceux qui ne restent pas en place parce qu'ils ont des préparatifs de dernière minute à faire, ceux qui n'y connaissent pas grand-chose et essaient de se rendre utiles (comme moi !)

E..nvie, envie de réussir, de vivre une aventure exceptionnelle, de repartir, … plein d'envies dans la tête.

F comme filles : Une fois n'est pas coutume. A part le guide et les 4 représentants officiels du Club Alpin Français, l'équipe de la face sud était entièrement constituée de filles. Non, l'alpinisme n'est pas qu'un sport d'hommes, même si parfois, on voudrait nous le faire croire ! A quand une expédition féminine au Club Alpin Belge ?

G comme guide bien sûr : l'homme-orchestre de notre expé, celui qui mène les initiatives, sur qui repose les responsabilités mais qui ne peut rien sans l'équipe.

Himalaya. Tout y est démesuré : les montagnes, les distances, les sommets, les trekkings. Notre camp de base se trouvait à une altitude plus importante que le sommet du Mont-Blanc (5100 mètres). Nous y sommes arrivés en ayant de la neige jusqu'à la taille.

Il n'a voulu de nous. Eh oui, le sommet nous a boudé. Une première tentative sur la face sud a été arrêtée à cause des séracs. Ensuite, après avoir redescendu tout le matériel déjà apporté à 5800mètres pour le futur camp d'altitude, nous nous sommes attaqués à la face Est. Un camp d'altitude fut monté à 5600 mètres et nous sommes allés jusqu'à un petit sommet à 5900mètres. Les séracs, le manque de temps, le mauvais temps et la démesure de ce qui restait à parcourir ne nous a pas permis de planter notre drapeau au sommet.

J… ournalistes. Le nerf de la guerre, avec les sous, avant l'expé. Sans eux, difficile de faire valoir son projet, mais les rencontrer, leur parler, … pas simple quand on est timide !

K comme kilo évidemment. Ceux qu'on porte sur son dos ; ceux qu'on perd après l'expé et que l'on reprend aussi vite au retour…

L comme lyophilisés, ces petits paquets chers, " dégueu ", et polluants. Heureusement qu'ils sont là pourtant.

Maoïstes. On en a beaucoup parlé avant le départ. Ils ont failli faire arrêter le projet mais sur place, on en parle beaucoup moins. A part les couvre-feu et l'armée un peu partout, nous n'avons pas été confronté à des problèmes particuliers.

N comme…Namasté qui symbolise le sens de l'accueil des Népalais. Ils n'ont rien et pourtant tout est à partager : la joie de vivre, les sourires, la beauté des paysages, le thé à " tea time "… Qu'avons-nous, nous à partager ?

O… reilles. On m'avait parlé des maux de tête, des nausées, des dérangements intestinaux… mais pas des oreilles brûlées au 2ième degré par les 42° C à midi sur le glacier lors des portages. Ne dites pas que vous n'avez pas été prévenu…

P comme portage : La découverte de mon expé. En fait, la majorité du temps en expé est consacrée au portage en altitude. Porter les tentes, réchauds, bouffe, sacs de couchage, matériel technique, cordes… pour pouvoir dormir là-haut (5600m) et monter encore, et encore…

Qui a vu le yéti ? Moi pas, à moins que cette trace insolite dans la neige fraîche après la tempête de la nuit nous indiquait le chemin de sa caverne….

R… éussite ou échec. Faut-il parler de réussite uniquement lorsqu'on va au sommet ? Pour moi, la réussite, c'est surtout revenir avec sa passion intacte, avec le désir de retourner malgré les difficultés. Alors oui, pour moi, le Tengkampoche est une réussite même si le sommet n'a pas été atteint

Sherpa bien sûr…ce peuple si accueillant, toujours souriant, malgré une vie tellement pauvre et un travail si fatigant comme porteur. Un jour, ils ont porté jusqu'à 60 kg. Quel "drôle " de travail : il leur permet de vivre, mais à quel prix !

T comme temps, tempête ou température De la tempête de neige, les soirs et les après-midi, aux 40 degrés sur le glacier le matin, nous n'avons pas été épargnés par les éléments naturels : vent, neige, pluie, soleil, froid, chaleur, orage… tout fut au programme.

U… je vous le laisse. A votre retour d'expé, vous choisirez vous-mêmes le mot qui convient le mieux

V comme vierge, notre sommet était vierge, mais aussi notre imaginaire. Nous n'avions aucune idée de ce qui nous attendait. Aucune photo, aucune explication sur la voie à suivre…, l'exploration existe encore en 2002.

Wait and see : la phrase-slogan de ceux qui attendent en Belgique, mes parents en l'occurrence. En fait, ils ne pouvaient rien faire d'autre : à eux, l'attente, l'inquiétude, les questions sans réponse… à moi l'expérience vécue !

X… comme Xpé .Ce mot magique qui fait rêver, qui symbolise tant de choses : joies, découvertes, efforts, …et pour lequel on est prêt à tous les sacrifices, même à s'avancer dans le travail scolaire pour ne pas prendre trop de retard après un mois d'absence

Y en a marre. C'est parfois une phrase qui revient quand l'effort est trop dur, mais en fait, on ne voudrait pas être ailleurs !

Z comme zen. En expé, il faut pouvoir être zen, prendre le temps de souffler, de se reposer, de recharger ses batteries tout en respectant le rythme de chacun. Les parties de cartes ont souvent meublé mes après-midi de repos pendant que les autres récupéraient en dormant.

Si, après ce mini-dico, vous n'êtes pas paré pour partir en expé, il ne vous reste plus qu'à vous inscrire dans toutes les formations alpinisme du CAB. Bon vent à tous et bonne saison d'été.

Un grand merci à tous ceux qui ont été là, avec moi (Club alpin français, Club alpin belge -section du Brabant, Club alpin belge -ligue francophone, Sport-Nature, Jeunesse Tamines, Madame Lancelle et tous les autres, bien nombreux)

Alix Graftiaux et le scribe