
VIE DE CLAUDIO BARBIER
(1) " La Via del Drago " (La voie du Dragon)
Publié par le " Centro Documentazione Alpina " de Turin.
(2) Faute déditeur francophone, il a été publié en 2000 sur le site Internet
" http://www.lauwaert.ch
"
Anne Lauwaert serait heureuse de recevoir des commentaires ou des souvenirs
à l'adresse suivante:
Anne Lauwaert - CH 6661 Loco - Suisse ou, par e-mail :
anna@lauwaert.ch
" Un homme ne se trompera jamais de chemin en choisissant celui qu'il ressent
" (Waller Bonatti)
Claude Barbier, un des plus grands noms de l'histoire de l'escalade,
si connu pendant sa vie, demeure cependant un personnage énigmatique sous
beaucoup d'aspects. " Il divino Claudio " comme l'avaient surnommé les grimpeurs
italiens des Dolomites. " The best soloist of th 60" decade ", selon
un grand historien de l'alpinisme américain. En fait, peu de documents nous
sont restés sur ce personnage d'exception.
- j'ai cherché en vain un bout de film de cinéma le montrant en escalade.
- il reste peu de bonnes photos de lui en escalade
- peu ou pas d'enregistrement vocal
- s'il y a la liste de ses courses dans les Dolomites sans doute (voir la
liste sur le site d'Anne Lauwaert dont nous parlons), il y a très peu sur
ses rares ascensions en haute montagne et en Belgique, il reste peu de topos
sur ses ouvertures de voies.
- enfin, il n'y a quasiment rien dans la presse sportive belge, laquelle l'a
ignoré superbement.
Les débuts
Claude était né le 7 janvier 1938 à Etterbeek dans une famille bourgeoise.
Lors d'un séjour dans les Dolomites avec ses parents il prend goût à l'escalade
: il a 17 ans. A son retour il découvre Freyr et s'inscrit au CAB. Ses débuts
son difficiles : il n'apparut pas comme un grimpeur particulièrement doué
et de très nombreux " vols " en tête de cordée ponctuent ses premières tentatives
(et les vols à cette époque était quelque chose qui secouait... au propre
comme au figuré). " Plus de quarante vols " écrivait Lionel Terray dans son
livre.
Mais bientôt sa technique va s'affiner et les vols deviendront plus rares,
de plus en plus rares. Technicien hors pair, il étudie le moindre mouvement
et l'utilisation optimale des prises; il était le grand spécialiste du grattonage,
tous ses mouvements s'enchàinaient comme dans un ballet car il ne s'arrêtaitjamais.
Exploits dans les Dolomites
A partir des années 58-59, Claudio commença à parcourir les grandes voies des Dolomites. Paradis de la verticalité, elles resteront toute sa vie son terrain de prédilection. Il devint un des plus grand spécialistes des Alpes orientales. Il décida alors d'abandonner ses études. C'était un être trop entier pour pouvoir se partager entre la réussite sociale et l'escalade. Commence alors pour lui une carrière fabuleuse, incroyable. Entre les années 1958 et 1965, il va accumuler dans les Dolomites un nombre impressionnant de courses de très haut niveau, soit des premières, soit des répétitions, le plus souvent en solitaire et dans des temps extraordinairement rapides. Aidé par un sens tout à fait remarquable de l'itinéraire, il parcours en solitaire au moins une centaine de voies très difficiles comprenant les grandes classiques. Vers 1975, il estimait avoir gravi environ 900 voies, or il détait pas du tout du genre vantard. Son exploit historique, toujours inégalé, mille fois cité dans les revues de montagne, restera l'enchaînement dans une même journée, de cinq des grandes voies dans la face nord des Tre Cime de Lavaredo le 24 août 1961.
Ambiance à Freyr
D'une humeur changeante, il changeait souvent de coéquipier
et a grimpé avec beaucoup de gens différents : Jean Bourgeois, Jean Alzetta,
Jacques Collaer et bien d'autres pour ne citer que les Belges et une quantité
de grimpeurs étrangers, dont beaucoup très connus, mais jamais bien longtemps
avec le même équipier, en fait sa grande spécialité c'était le solo. Avec
son éternel pantalon kaki et sa chemise à carreau il ne nous apparaissait
pas très sportif, mais c'était faux évidemment car de son apparence il se
foutait complètement !
Lorsqu'il arrivait à Freyr, l'impatient Claudio se jetait sur le premier qu'il
rencontrait : pas de temps à perdre. Il fonce, mais seulement dans les voies
qui lui plaisent et cela quel que soit le niveau de celui qui l'accompagne.
Quitte à hisser le malheureux s'il le faut. Les anciens de Freyr se souviennent
d'une foule d'anecdotes amusantes : grand amateur de contrepèteries avec Jean
Lecomte, son humour était parfois grinçant. Claudio n'aimait pas la glace
sauf les gelatis italiennes, il détestait les bivouacs, etc, etc ...
En dehors de l'escalade évidemment, ses passions c'étaient
: la formule 1 - Francorchamps, qu'il n'aurait manqué pour rien au monde -
et les concerts de l'idole des jeunes d'alors - Johnny Halliday.
Bibliophile, il était très féru de livres d'histoire de la montagne.
Pur amateur, qui vivait relativement pauvrement, il le resta toute sa vie,
refusant avec dédain tout sponsoring alors que les offres ne lui ont pas manqué.
Beaucoup d'articles sur lui ont été publiés, en particulier dans des revues
françaises rarement bien informées: : Par exemple, il aurait été sollicité
par le roi Albert 1er pour lui servir de guide !! Amusant quand on sait que
le roi Albert est mort en 1934, alors Claude est né en 1938. Nos amis français
ont tout simplement confondu le roi Albert avec son fils le roi Léopold.
Controverses.
Enfin, la légende des fameux pitons jaunes : il avait imaginé
de peindre en jaune les pitons qui ne devaient servir qu'à l'assurage. D'où
vint plus tard l'expression de " jaunir " les pitons. Que de voies n'a-t-il
pas ouvertes dans des coins à cette époque peu connus (Mozet, Goyet, la Lesse)
ou beaucoup plus connus comme Freyr mais dont beaucoup resteront éternellement
inconnues car il retirait presque toujours ses pitons avant de partir. Il
a oeuvré dans tous ces coins en cette époque bénie où on pouvait grimper un
peu partout, dans la vallée du Sainson en particulier, et à Freyr. Lui-même,
hélas, n'avait pas tout noté et il est très regrettable que l'on ait " rebaptisé
" ses voies car lui-même, puriste pointilleux, respectait le travail des anciens.
Pour parler de ses rapports avec le Club Alpin, une mise au point s'impose.
On a écrit que Claude avait toujours été en dispute avec le CAB. Ceci n'est
vrai qu'en partie. Esprit indépendant s'il en était, il supportait mal règlements
et tâches administratives. Cependant, il faut observer qu'il a fourni une
très précieuse collaboration pour le topo des rochers belges, qu'il a repitonné
certaines voies mais . . . à sa façon évidemment. Sa ponctualité était exemplaire
aux Conseils d'administration du club dont il fit partie vers les années soixante
et où il défendait avec opiniâtreté ses idées. Enfin, il faut citer sa disponibilité
à donner des renseignements sur les itinéraires des Dolomites qu'il connaissait
si bien. Sa santé déclinante et l'âge l'avaient un peu aigri car il ne pouvait
plus réussir les voies ouvertes par la jeune génération des grimpeurs. S'y
ajoutait son refus de s'adapter au matériel moderne, les chaussons, par exemple,
qu'il n'adopta que très tard. Un soir de printemps, le 27 mai 1977, ce fut
l'accident fatal. Il est seul ce jour-là au rocher du Paradou à Yvoir où il
est parti nettoyer une voie. Au soir, Anne Lauwaert, sa compagne, inquiète,
s'y rend et découvre son corps allongé au pied de la paroi, les bras tendus
vers le sommet. Comment est-il tombé ? On ne le saura jamais avec certitude
(comme pour le roi Albert ler, à quelques km de distance). Il est mort, "
cet aigle condamné à ne pas voler ", comme l'a écrit Jean Bourgeois. Mais
pour ses amis qut se souviennent, il reste, il restera toujours vivant dans
sa légende.
Jacques Borlée

Claudio Barbier