Il en était à son douzième 8000 mètres sur les quatorze que compte l'Himalaya. Originaire de Gap, ce petit bonhomme avançait, éclairé par sa passion : escalade et montagne. Au fil des ans, il progresse, s'affirme, construit son territoire à coups de talent et d'audace. D'abord en escalade, quand en 1990, il réalise la première solitaire de Divine Providence au Grand Pilier d'Angle au Mont-Blanc, puis en 1991 avec l'ouverture enchaînée d'une voie au Grand Pilier d'Angle et d'une autre au Frêney, et en 1992, avec l'ouverture en solitaire du Chemin des étoiles, en face nord de l'éperon Croz aux Grandes Jorasses. Ensuite, changement de cap : il aborde la haute montagne, avec son idée sur la question, et se lance dans l'ouverture d'itinéraires d'envergure. En 1992, Pierre Béghin cherche un compagnon pour l'Annapurna. Objectif : une directissime en face sud. Raideur et difficulté extrême. Le maître et l'élève surdoué. Jean-Christophe reviendra seul au terme d'une descente qui reste dans les annales de la montagne comme l'une des plus terribles épreuves de survie. Blessé physiquement, blessé dans son âme, l'année qui suivra sera celle du deuil. Elle sera ponctuée par l'ascension du Cho Oyu, un retour en altitude "comme une renaissance, avec Pierre en permanence près de moi", disait-il. L'Himalaya sera désormais son terrain de prédilection. En 1994, ouverture d'une nouvelle voie sur l'antécime ouest du Shisha Pangma (7950m, Tibet). En 1995, enchaînement de 10 faces nord dans les Alpes et tentative solitaire au pilier Bonington dans la face sud de l'Annapurna. En 1996, enchaînement en solitaire du Gasherbrum 2 et du Hidden Peak (Gasherbrum 1, Pakistan), en quatre jours. En 1997, ascension du Lhotse (8516m, Népal). En 2000, ascension du Manaslu (8163m, Népal). En 2001, ascension du K2 (8611m, Pakistan) par la voie Ceysen. En 2002, il entreprend la traversée de la longue arête Est de l'Annapurna (8091m, Népal). En 2003, il enchaîne en quatre mois, sans oxygène et en style alpin, trois sommets de 8000 mètres : le Dhaulagiri (8167m, Népal) en solo, le Nanga Parbat (8125m, Pakistan) par une nouvelle voie dans le versant Diamir qu'il baptise "voie Tom", prénom de son fils, et enfin le Broad Peak (8047m, Pakistan). En décembre 2004, il réussit une première hivernale en solitaire et sans oxygène sur un nouvel itinéraire dans la face sud-ouest du Shisha Pangma (8046m), cumulant ainsi son onzième huit-mille. " Quand on aime la montagne, on accepte qu'elle soit la maîtresse des règles", peut-on lire sur son site. Le style alpin sans oxygène sur des sommets de 8000 mètres, avec le souci d'ouvrir de nouveaux itinéraires, est la plus belle éthique qui soit en matière d'alpinisme. Tout là-haut, c'est sûr, Pierre et Jean-Christophe ont certainement déjà concocté un nouveau projet... y gravir un nouveau sommet de 8000m ou plus haut encore... par une nouvelle voie, celle du Bonheur Partagé.

Chapeau bas, Jean-Christophe.

Jean-Luc Fohal - Site www.jclafaille.com


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Hommage à Jean-Christophe

L'alpiniste et himalayiste français Jean-Christophe Lafaille, 40 ans, a disparu sur les pentes du Makalu (8463m, Népal), cinquième sommet du monde, à quelques kilomètres de l'Everest, alors qu'il tentait de le gravir depuis un camp d'altitude, vers 7600m, sans oxygène, en solitaire et en période hivernale.