
En 1999, la section du Brabant organisait une expédition dont le but
était de gravir un sommet peu couru du Népal, nommé Paldor.
Le projet enchante tant de membres qu'il faudra constituer deux groupes de
grimpeurs.
Le premier amènera l'équipement et le laissera sur place pour
le groupe suivant, qui comprend beaucoup de très jeunes membres.







Le trek pour parvenir à l'objectif sera très long et lors de
l'ascension, il y aura peu de grimpeurs qui atteindront le sommet. Notre actuel
président, Edouard Deramée, et Thierry Graulich y arriveront.
C'est lors de l'assaut final du premier groupe que l'un des sherpas, nommé
Gorgon, se sentant mal, doit redescendre très vite au camp de base
et de là, épaulé par d'autres sherpas, redescend plus
bas en très mauvais état et décède quelques heures
plus tard, victime d'un oedème respiratoire.
Thierry Graulich s'est occupé de tous les problèmes administratifs
liés au décès tandis que le second groupe regagnait la
vallée après avoir dû lutter contre un froid intense.
Nous apprenons alors que Gorgon était jeune marié et avait un
petit garçon nommé Mukti, âgé de six mois.
Nous avons également appris qu'il habitait Laprak, un village d'où
beaucoup de nos sirdars, comme Mulal, qui menait l'expédition, étaient
natifs.
Ce village se trouve à 3 jours de marche environ de Gokha (ancien fief
maoïste).
La maman était très jeune et vivait avec la mère de Gorgon.
Après notre retour en Belgique, le conseil d'administration de la section
a décidé d'aider à l'éducation de Mukti en versant
annuellement une somme d'argent pour couvrir les frais de sa scolarité.
Quelques années plus tard, en 2001, la section monte un autre projet,
du même type que le précédent, comprenant le tour du Manaslu
avec l'ascension du Pisang Peak (6091 m.).
Comme cerise sur le gâteau, il est décidé de passer voir
Mukti dans son village de Laprak.
Cela allonge la marche d'approche mais permet de découvrir la région
d'origine de bon nombre de nos sherpas.
Les trois jours de marche pour atteindre Laprak sont durs car les montées
et les descentes se succèdent sans interruption.
Nous découvrons par le haut le village en bois, à flanc de montagne,
resserré au milieu de cultures en terrasses.
L'école où nous logeons se trouve tout au dessus et il faut
20 minutes pour redescendre au village. Les écoliers doivent avoir
de bonnes jambes et il n'y a pas de problème de voitures mal garées
!
A notre arrivée Mukti est seul avec sa grand-mère dans une toute
petite maison et ils sont très apeurés. La maman travaille dans
des champs très éloignés du village. Nous aurons l'occasion
de les revoir le lendemain et de les photographier.
Nous continuons le trek mais ne pourrons atteindre le sommet du Pisang Peak
malgré une courageuse tentative de quelques-uns d'entre nous, qui devront
capituler à quelques mètres du sommet devant le danger représenté
par le franchissement de plaques schisteuses particulièrement glissantes.
Quelques jours auparavant, les membres d'une expédition japonaise qui
n'avaient pas eu cette sagesse s'étaient tués en glissant sur
celles-ci.
Quelques années passent émaillées par plusieurs évènements
tragiques. Pour moi le décès de Jacques après une longue
maladie et pour le Népal, des années de guerre larvée,
appelées communément “maoïstes”, au cours desquelles
ce sont, comme toujours, les paysans qui paient les pots cassés.
La région de Laprak n'est pas épargnée, les écoles
sont fermées les unes après les autres et les paysans quittent
leurs terres pour se réfugier à Katmandu qui s'asphyxie par
l'arrivée de cette nouvelle population.
Mukti et sa mère sont aussi arrivés à Katmandu où
réside le frère de Gorgon..
Celui-ci, qui est aussi sirdar pour une compagnie de trek, s'était
depuis le début impliqué dans l'avenir de son neveu et avait
servi d'intermédiaire pour faire parvenir notre aide à Mukti.
Cette année, mon fils Nicolas, après m'avoir vu partir pendant
des années au Népal, a lui aussi, envie d'y aller mais avec
sa famille.
Nous trouvons une solution pas trop coûteuse et embarquons à
quatre pour Katmandu où Bhim, directeur de l'agence Mandala, notre
contact habituel pour les expéditions au Népal, nous accueille
avec les traditionnels colliers de fleurs.
Dés le lendemain, il nous amène Mukti et sa famille. Immédiatement,
sans être trop intimidé, Mukti nous fait le salut bienveillant
népalais “Namaste”. C'est le déclic et, après
quelques photos, tout le monde est relax.
Nous partons visiter Katmandu que je retrouve avec beaucoup de joie. Certains
commerces ont changé mais la ville offre toujours le même visage
accueillant.
Mukti est maintenant âgé de 7 ans. Tout de suite, il est devenu
copain avec mon petit-fils Jonathan qui a tout juste 6 ans, et ils ne se quittent
plus.
C'est très agréable de découvrir Katmandu avec la cousine
de Mukti (15 ans) comme guide.
Nous terminons la journée par une visite au zoo de Patan, que je ne
connaissais pas, mais où l'on voit le fameux tigre des neiges et d'autres
animaux indigènes.
Le lendemain, nous nous sommes rendus à l'école pour assister
à la fête de fin de trimestre.
Après des heures de discours en népalais, les élèves
ont dansé revêtus de déguisements.
Mukti travaille très bien et est un petit garçon très
équilibré et en bonne santé.
Il vit toute l'année à Katmandu chez son oncle et sa tante et
ne rend visite à sa maman, retournée au village, qu'une ou deux
fois par an, ce qui l'oblige à effectuer 3 jours de marche, accompagné
d'un adulte.
Le souci d'éducation est très présent dans la vie des
népalais et nombre de villageois sont surtout venus à Katmandu
pour que leurs enfants puissent continuer à aller à l'école.
La vie est devenue beaucoup plus chère et les parents consacrent une
grosse partie de leurs revenus à cette éducation. De plus, ils
limitent désormais le nombre de leurs enfants à un ou deux.
A titre d'exemple, les 200 Euros que nous faisons parvenir annuellement au
Népal pour Mukti ne servent qu'à payer son minerval et son uniforme
(obligatoire au Népal).
Aussi je fais appel à ceux qui aiment le Népal pour qu'ils pensent
à des moyens supplémentaires afin de mieux aider Mukti et sa
famille.
Dans cette même revue, je vous propose un trek au Népal, plus
proche des habitants, au cours duquel il est possible de rencontrer Mukti.
Si vous amenez des enfants, vous serez émerveillés de voir comme
ceux-ci sont bien accueillis.
Mukti vous envoie un chaleureux “Namaste”
Monique Borlée