
OU IL EST QUESTION DE SECURITE Thierry
GRAULICH
Ca y est c'est bientôt reparti. Les journées rallongent, les
topos ressortent des armoires où ils croupissaient depuis l'année passée,
le " Petit Gastounet Illustré " est redescendu de la bibliothèque pour envahir
la table de nuit et le matériel refait surface. Bref, ça sent le prochain
départ en montagne !
Surtout, on commence à faire des projets. De préférence de belles grandes
courses dont on rêve depuis longtemps, mais qu'on a jamais pu réaliser (p.....
de temps de c.., l'année dernière !). Seulement voilà, le compagnon n'est
pas le même que celui de l'année précédente, l'entraînement a été moins intensif,
ou le petit dernier a solidement raccourci vos nuits quand il est né. Autant
de facteurs à prendre en compte avant de partir en course, mais surtout avant
de choisir quels seront les objectifs de la saison. Il y va de votre sécurité.
Sécurité, ça y est le mot est lâché. Celui que votre chère et tendre (ou votre
vieille maman) prononce en moyenne deux fois par jour avant les vacances,
et dix fois les jours qui précèdent le départ en course. Vous ne l'avez que
trop entendu et pourtant...
Une étude réalisée par l'ENSA sur les statistiques d'accidents graves survenus
aux membres du CAF pour la saison 1997 a donné les résultats suivants :
En
tête, et de loin, l'erreur humaine, est à la base de 80% des
accidents graves
(L'erreur humaine englobe ici la mauvaise appréciation de la météo, le matériel
non adapté à la course envisagée, la mauvaise utilisation du matériel, etc.)
Ensuite
vient la condition physique (13%) ·
Puis l'état psychologique (7%)
Et enfin, le matériel (moins de 1 % des accidents)
Cela amène quelques réflexions :
- La première, c'est qu'en montagne, rien ne remplace l'expérience (un bon
alpiniste est un vieil alpiniste ... ).
Que ce soit celle que vous avez acquise lors des stages de formation du CAB
(ou autres), sur le tas avec les copains ou encore à la lecture de livres,
elle est le gage de votre survie dans cet univers somme toute assez hostile.
Avant de se lancer dans les grandes courses, il faut apprendre un peu à en
baver sur des itinéraires qui semblent " à vache ", mais qui vous apprendront
à sentir la neige, le vent, les rochers. Cet aspect est d'autant plus d'actualité,
que les salles d'escalade permettent maintenant d'acquérir des niveaux de
pratique que seuls les professionnels ou les amateurs tirés éclairés atteignaient
il n'y a pas si longtemps. Les voies réputées alors très difficiles sont maintenant
à la portée de tous ceux qui s'entraînent régulièrement et il est tentant
de 'sauter' quelques niveaux d'initiation. Cependant, il manquera alors toujours
cette expérience qui peut vous éviter bien des situations périlleuses.
- La seconde réflexion est une leçon d'humilité. L'univers de la haute montagne
est l'endroit par excellence où l'en part à la rencontre de ses limites. Vouloir
les dépasser tout de suite et à tout prix ne mène qu'à la catastrophe. Il
faut apprendre à les connaître, à les apprivoiser avant de songer à les repousser.
Aussi, dans une carrière d'alpiniste, il arrivera parfois que vous patientiez
10 ans avant de réaliser la course de vos rêves, en attendant que les conditions
soient bonnes en même temps que la météo et votre condition physique et morale.
Et les secours ? Ceux-ci sont de plus en plus compétents, et aptes à vous
sortir des situations les plus difficiles. Il serait tentant de se dire que,
de toute façon, en cas de problème, vous avez votre GSM et le numéro de téléphone
des secours en montagne. Cette attitude existe, et elle est à bannir : il
faut savoir prendre ses responsabilités, et ne s'engager que dans les courses
que vous pouvez assumer du début à la fin. Faites le test de savoir si, sans
GSM, vous vous lanceriez quand même dans l'entreprise. Si c'est non, autant
laisser tomber tout de suite ...
Pour conclure, je conseillerais à ceux qui veulent approcher le haute montagne,
de participer à l'un ou l'autre stage avant de se lancer par eux-mêmes : c'est
la meilleure manière d'acquérir l'expérience et les compétences qui leur ouvriront
les portes des niveaux supérieurs. Bonnes courses...
Sécurité et montagne : quelques règles de base
Choisir la course en fonction de ses compétences (tant techniques et
physiques que morales), des compétences de ses compagnons de cordée, des conditions
de la montagne et de la météo.
Préparer la course avec attention : itinéraire, échappatoires, descente,
en utilisant toutes les sources possibles (topos, gardien du refuge, cordées
précédentes, guides du coin, Office de Haute Montagne, etc.)
Choisir le matériel adapté : ni trop, ni trop peu. Prévoir suffisamment
d'eau et de vivres de courses.
Se renseigner sur la météo avant la course, et garder un œil sur le
temps pendant toute la durée de celle-ci.
Rester attentif à l'état de santé des membres de la cordée pendant
toute la course (MAM, fatigue, déshydratation, etc.).
Savoir s'imposer et tenir un horaire, et prévoir l'évolution des conditions
au fur et à mesure de la journée.
Si vous avez un GSM ou un talkie, prenez-le avec les numéros de téléphone
(fréquences) utiles.
Informer les proches (ou gardiens des refuges) de l'itinéraire prévu,
et des changements éventuels survenus.