
La Fête des Guides à Chamonix.
Cet été, je pensais aller à Chamonix faire quelques
courses de neige ; mais en préparant mon matériel, je repensais
avec beaucoup d’émotion à l’accident de Jean-Philippe
et soudain la montagne blanche m’a fait peur !
Alors je n’ai pris que le matériel « rocher » et
je suis parti avec, aussi, la ferme intention d’assister à
la Fête des Guides du 15 août.
Depuis 5 ans, la Compagnie des guides de Chamonix a pris l’habitude
de surprendre son public le 14 août.
Tout se passe aux pieds des Gaillants où, dès le soir tombé,
nous assistons à un show vertical à couper le souffle des
plus blasés. Le thème de ce spectacle est «l’apprenti
montagnard», l’histoire de Sam, un gamin de la vallée
qui veut marcher sur les traces de son guide de père. Tout y était,
de la première voie sur l’arête des Papillons à
la première grande course en autonomie dans la face nord des Drus.
Et même l’éboulement, l’accident et l’hélitreuillage.
Bref, un spectacle magnifique mis en scène par la Compagnie elle-même
: du grand art qui devait se clôturer par un feu d’artifice
… hélas … annulé … par manque d’eau
(et excès de sécheresse)!
Le lendemain, 15 août, journée plus solennelle avec notamment
le discours du président de la Compagnie des Guides : Xavier Chappaz.
Voici quelques extraits de l’article d’Antoine Chandelier paru
dans le Dauphiné Libéré du 16/08 :
La semaine dernière la tension est montée d’un cran
sur la voie normale du Mont-Blanc, en proie à des chutes de pierres
sans précédent. Un gendarme-secouriste avait été
positionné pour dissuader les alpinistes de monter.
Xavier Chappaz « ne nous cachons pas la vérité :
en ce moment la montagne est exceptionnellement dangereuse. Il ne faut sans
doute pas chercher ailleurs les raisons d’une agitation réglementaire
qui n’a probablement jamais été aussi forte. On parle
de contrôler l’accès à la montagne, Mont-Blanc
en tête évidemment. Comme pour faire le pendant aux chutes
de pierres ce sont bientôt les arrêtés municipaux d’interdiction
qui vont dégringoler »
Dans un climat de psychose, Xavier Chappaz aimerait guider les décideurs
sur le chemin du bon sens « la montagne est dangereuse ? et alors
? on n’y va pas ou on y va moins . C’est ainsi que réagissent
la plupart des alpinistes dont il faudra bien comprendre un jour qu’ils
n’appartiennent à aucune des 2 catégories-clichés,
à savoir les héros admirables et les crétins inconscients
»
L’alpiniste a besoin de conseil, d’informations mais aucunement
de barrières.
Et Xavier Chappaz de s’interroger sur le rôle des politiques
qui, à vouloir entrer dans cette logique, risqueraient de mettre
le doigt dans un engrenage qui engageraient leur propres responsabilités
: « sur base de quels critères régleraient-ils leurs
interventions ? Quand dira-t-on qu’il faut prendre des arrêtés
? Quand les rimayes dépassent 10 mètres mais qu’à
9 ça passe ?
« La montagne n’est pas un endroit comme une place de village
ou une aire d’autoroute et si politiquement on décide de la
transformer en alpinodrome, notre société tout entière
y perdra car elle a aussi besoin de ses espaces non-balisés, hors
de l’emprise des hommes »
A vouloir la réglementer ne court-on pas le risque de tuer ce qui
fait le piment de la montagne , voir pis, la dénaturer ? Xavier Chappaz
en est convaincu : « je me demande bien jusqu’où pourraient
aller ceux qui, après avoir réglementé l’accès
à la montagne, envisageront sans doute de l’équiper.
Finiront-ils par vouloir la niveler et finalement la rendre inoffensive
? C’est certain, après quelques tirs de mine et un bon coup
de bull, on tombera de moins haut… »
A méditer.
Michèle Fauchet