Aller au contenu principal

McKinley Face sud - juillet 1979

Soumis par Anonyme (non vérifié) le 1 September 1979

... mais la dénivelée est très importante si l’on considère qu’un camp de base peuT rarement être installé à plus de 2.000 mètres. En outre à cause de sa proximité avec le Cercle Polaire Arctique, le Denali est l’une des montagnes les plus froides au monde, si ce n’est la plus froide dans l’absolu. La nuit à 4. 000 m. la température peut descendre à –37° en mai… Quand en plus soufflent les vents du Pacifique Nord qui peuvent se montrer particulièrement violents…
(Extrait de la préface de McKinley Face sud - M. Tenderini)
7 juillet 1979 après-midi, l’aventure débute. Le petit avion de Cliff Hudson dépose, en 2 rotations, les 6 membres de l’équipe et ± 400 kg de matériel sur le glacier de Kahiltna.
Après 40 minutes de vol, la forêt verdoyante de Talkeetna semble appartenir à un autre univers, lorsque nous sommes déposés sur « l’air strip », entouré de sommets vertigineux à quelques 2.00O mètres d’altitude.
Le camp de base rassemble quelques autres expés venues des 4 coins du monde. Il y a ceux qui reviennent, le visage brûlé, épuisés par l’aventure, et ceux qui commencent, encore tout pâles, fringants… ! Échange et quête d’impressions, comparaison du matériel. Le camp est installé, le matériel trié, les charges à transporter le lendemain préparées.

8 juillet. Premier portage à peaux de phoque. Attelé à notre traîneau, avec un sac sur le dos, chacun transporte 40 à 50 kg. Malgré le brouillard et la neige, le soleil invisible, nous accable. La luminosité est éblouissante et l’intense rayonnement occasionne dès le premier jour de douloureux coup de soleil.
Après avoir déposé nos charges à l’emplacement du premier bivouac nous redescendons à ski vers le camp de base.
9 juillet. Le ciel s’est dégagé, et un féérique panorama nous est découvert. Il nous fera oublier la chaleur, les traîneaux qui se retournent et l’inconfort du harnais.
Arrivée au premier camp dans l’après-midi. Nous dressons les tentes, installons la cuisine… En fait il y a toujours quelque chose à faire et le temps passe fort vite jusqu’au moment du coucher.
Suite au récit assez impressionnant de Japonais qui reviennent de notre voie, nous nous posons quelques questions quant à la suite des événements. Il faut savoir que les informations les plus contradictoires circulent tant au sujet du matériel nécessaire que du meilleur itinéraire à prendre.
10 juillet. Aussi est-il décidé que Marc et moi irons en reconnaissance demain pour découvrir ce qu’il en est exactement du franchissement de l’Ice Fall et de l’accès au pied de la face.
11 juillet. Le passage semble possible, le deuxième bivouac est installé au pied de l’Ice Fall, dominé par 3. 500 mètres de parois.
Nous y rencontrons deux autres belges, les frères Rossillon avec leur guide suisse, Hans Brunner.
12 juillet. Après un portage-reconnaissance de bon matin au pied du couloir d’attaque confirmant l’itinéraire, nous nous octroyons une journée de repos entrecoupée de clic orange glacé, soupes et autres boissons. Au menu : steak lyophilisé !
L’après-midi passe en discussions ; finalement Marc et Etienne décident d’assurer le sommet par la voie normale.
Au soir, nous voyons revenir les frères Rossillon ; ils ont pris la même décision.
Marc et Etienne, lourdement chargés, redescendent à skis vers la voie normale… Nous serons donc 4 pour la West Rib.
Le camp est démonté, nous laissons un dépôt de matériel et à minuit nous démarrons.
Cette fois les dés sont jetés ! Après un portage sans problème dans le dédale des crevasses et des séracs de l’Ice Fall, à 8 heures du matin nous finissons de monter la 2ème Alpino pour une bonne journée de sommeil.
13 juillet, 23 h. Temps nuageux. Nous sommes au pied du couloir d’attaque. 3 charges sont laissées là. Thierry et Daniel partent les premiers et rapidement nous les perdons de vue. Après 150 m, une corde fixe laissée par les Japonais nous facilite la tâche. Bientôt le brouillard vient s’ajouter à la demi obscurité. La silhouette irréelle de Christian évolue comme un fantôme dans un terrain mixte,raide. Les sacs sont bien lourds et personnellement je n’ai pas encore trouvé mon rythme…, soif…, fatigue. Pour tous les deux cette montée semble bien pénible.
Déjà les autres nous croisent pour aller chercher 2 autres charges.
Ensuite, je descends seul pour aller chercher le dernier sac que Thierry et Daniel ont déjà tiré au sommet du couloir.
La fatigue est oubliée… provisoirement !
La belle arête de neige menant à l’emplacement du premier bivouac dans la paroi me paraîtra aussi fort longue. Toute cette journée-là je dormirai comme une masse, réveillé de temps en temps par Christian pour ingurgiter une soupe, un jus de fruit ou une purée à la sauce curry.
17 juillet. 2 jours ont passés, nous sommes au 2ème bivouac dans la paroi – un impressionnant nid d’aigle accroché à 4.600 m. Nous venons d’y avoir 2 nuits de mauvais temps. Neige, vent froid. . . Thierry et Daniel ont été chercher les charges abandonnées a 4.100 m.
Ce soir, Christian el moi partons pour le portage jusqu’à 5.100 m.
Nous portons chacun 25 kg. L’altitude maintenant commence à se faire sentir sérieusement et la neige fraîche ne vient rien arranger. Mais toujours ce paysage unique, à couper le souffle, qui nous appelle à toujours aller plus haut. Les pentes sommitales se découpent sur un ciel d’encre tandis que la lumière rasante du soleil couchant dessine deux longues silhouettes mouvantes sur la neige rose et bleue. Une longue arête et quelques ressauts mixtes nous conduisent au pied d’un couloir raide et étroit.
La neige y est particulièrement profonde. Enfoncé jusqu’à la taille, je tasse doucement la neige devant moi avec les mains, les coudes, les genoux et puis un pas en avant. Cependant, plus je progresse, plus je m’enfonce. Demi-tour ! J’essaie plus sur le côté. Cette fois je suis sur la glace vive couverte par une pelliculede poudreuse, au moins je ne risque plus de partir avec la pente.
Compte tenu des sacs et de l’altitude, (nous som–mes à 5.100 m.) les difficultés paraissent assez sérieuses. Cette fois le soleil a disparu derrière la montagne, le froid déjà vif devient encore beaucoup plus piquant, la température ne doit pas être loin des –25°.
Une dernière longueur de 60m nous mène au sommet du couloir. L’altimètre indique 5. 120, nous déposons le matériel. Une corde est fixée et nous redescendons tout le couloir en rappel laissant 100 m. de main courante pour demain.
A 2 heures nous arrivons au camp fatigués, assoiffés et atteints d’un mal de tête tenace. Nous nous glissons dans l’Alpino déjà occupée par Daniel et Thierry. A 4 c’est un peu étroit mais la fatigue fait vite oublier l’inconfort.
18 juillet. Petit déjeuner au lit (porridge, jus de fruits : miam miam !) préparé par Thierry et Daniel. Nouvelle journée, nouveau portage, nouveaux horizons. . . le dernier bivouac est installé,
Le temps s’est dégradé, il neige abondamment. Mais la couche de nuage, très mince, n’arrête pas le rayonnement du soleil, si bien que la neige est fondante !Tout est trempé. Nous nous réfugions dans les tentes. Transpercés ! Cardis, Damart, chaussures, tout est gorgé d’humidité. Les sacs de couchage aussi commencent à être humides. L’après-midi se passe dans la tente. . . pour finir assez confortablement !
Bonne nuit de sommeil avant la bataille finale. Demain nous tenterons d’atteindre le sommet équipés légèrement pour parcourir les 1. 100 m. de dénivelée qui nous restent à faire et ce malgré l’importante couche de neige fraîche.
Evrard
19 juillet. La nuit fut profitable mais le froid intense s’est infiltré dans les tentes et a figé les chaussures et les vêtements mouillés par la neige fondante de la veille. Le départ ne fut pas foudroyant : le thé a mis deux heures trente pour dompter les deux réchauds engourdis par le gel. Ensuite nous avons dansé longtemps sur nos bottines avant de pouvoir y pénétrer. Elles n’étaient guère chaudes pour autant. Puis on a démarré avec un soleil complice, chargés suffisamment pour mener l’assaut en sécurité. Très bonne journée que celle-là : temps clément, moral à la fête. Deux cents mètres de terrain mixte à franchir pour arriver à la cote 5. 300 au pied du couloir. Un couloir large, bien dessiné qui se redresse avec vigueur dans son tiers supérieur. Sept cents mètres de neige où nous tracions parfois jusqu’aux cuisses. La progression dans ce couloir nous offrait à chaque instant une vue plus exaltante du massif. L’attaque s’étale tout en bas, bien nette. Nous approchions de ce qui semblait être la fin du couloir, la fin de la West Rib, mais avec l’appréhension de découvrir derrière ce bombement corniché de nouveaux ressauts, une suite au couloir. Moment émouvant lorsque, dans la pénombre des derniers mètres, apparut sur notre droite un dôme chauffé par le soleil : le sommet. On se retrouve alors sur un large plateau. La voie normale y court pour rejoindre le sommet, deux cents mètres plus haut. Le soleil se couche, interminable. Le froid est mordant. L’émotion est vive.
Thierry
Il est 19 heures 30. Nous nous arrêtons quelques instants pour nous restaurer. Cela fait maintenant près de huit heures que nous progressons. Nous rajustons notre équipement, les tirettes remontent, les cols se ferment, le froid est vif !
Et nous démarrons d’un pas lent mais décidé. Décidé d’aller d’une traite jusqu’au sommet. Que reste-il? Un peu plus de 200 m. de dénivelé sur 2 km. Rien de bien terrible. Mais cette neige cristalline sous nos pieds, le soleil à l’horizon, l’éclairage irréel qui nous entoure, fait oublier que c’est à 6.000 m. que nous évoluons. Et déjà après 100 m. je m’arrête, pour m’assurer que mes compagnons suivent, dans une trace qui n’a rien à voir avec la ligne droite ! Plus loin, ce sera le mont Huntington, qui d’un clin d’œil nous arrête ; ensuite une discussion sur les charmes de Denali’s Wife nous réunira assis sur nos sacs. . . Et ainsi de halte en halte, de commentaires en contemplations nous débouchons au sommet. C’est lui, on ne peut aller plus loin. La pente s’enfonce dans la nuit. D’ici, sur des centaines de kilomètres, La plaine arctique, sertie de dizaines de lacs scintillants, s’étale à nos pieds. Vite quelques photos tirées hâtivement les doigts gourdset déjà Christian et Evrard redescendent. Si ce n’était le froid intense, le plaisir d’être au sommet aurait pu se prolonger plus longuement. Sommet unique, dégagé de tout satellite (son plus proche rival est à 15 km, et inférieur de 1.000 m. ) et d’où on a l’impression d’être au centre de la terre. . . Le froid nous rappelle cruellement un certain bivouac, qui nous attend 1.000 m plus bas. . .
Le McKinley, face sud, était-ce dur ? Facile ? Quelles questions ! Pour nous ce fut une aventure exaltante où chaque membre de l’équipe y a trouvé la joie, le plaisir d’être en montagne, isolé dans un massif inconnu, sur un bel itinéraire mixte conduisant à Denali, abordé avec une éthique alpine…
Daniel
Peut-être est-il temps de vous présenter les membres de cette jeune équipe (en 1979 !!!)
Daniel Bériaux de Bruxelles (33 ans, linotypiste)
Marc Boets de Poperinge (34 ans, psychologue)
Christian Ducarme de Bruxelles (25 ans, licencié en biologie)
Thierry Disneur de Bierges (23 ans, étudiant -
Arts Graphiques)
Etienne Monseur d’Ottignies (22 ans, étudiant – ingénieur civil)
Evrard Munting de Bruxelles (22 ans, étudiant – médecine)

Date de revue

La montagne la plus haute d’Alaska, le McKinley (Denali), est l’une des plus sévères du monde. Son altitude de 6.194 mètres est apparemment modeste comparée à celles des géants de l’Himalaya...,

McKinley