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Autour de la Montagne blanche

Soumis par Anonyme (non vérifié) le dim, 28/04/2013 - 00:00

Notre choix se porte sur le tour du Daulaghiri, dont le côté plus « haute montagne » avec le passage de deux fameux cols de plus de 5.000 m (le French pass et le Dahmpus Pass) et la possibilité d’un sommet (le Thapa Peak) nous fait rêver.
Après quelques mois d’échanges intensifs de mail avec Jean-François Meyer qui, sur place, prépare activement notre séjour, d’inévitables prises de tête sur la nécessité (ou pas) de prendre les crampons ou sur les mérites respectifs du micropur et de la teinture d’iode et d’entraînements divers, c’est le 12 avril que nous prenons l’avion pour Katmandu. Nous sommes cinq à Zaventem : Georges, Mary, Jean-Paul, Averell et moi et nous retrouvons Marc qui arrive d’Allemagne lors de l’escale à Doha.
A KTM, nous sommes accueillis par Jean-François et Tham, notre guide, dont nous avons testé la gentillesse, la compétence et la patience à toute épreuve lors du trek précédent. Deux jours suffisent pour régler les dernières formalités, remplir et peser les sacs et retrouver l’ambiance indescriptible de cette ville mythique, fascinante et grouillante de vie mais dont la circulation délirante, les routes défoncées, le bruit, la chaleur et la pollution donnent très vite envie de fuir.
Le 16, c’est un premier bus qui nous emmène de KTM à Beni. Le trek se passant sous tente, une équipe de 28 personnes nous rejoint durant le trajet : 13 porteurs, un guide, 2 sherpas, un chef et 4 aides cuisiniers pour nous six ! Après un voyage relativement calme (5 accidents de camion, le passage d’une rivière en crue et d’un pont défoncé), le trajet se poursuit le lendemain à bord d’un bus 4x4 qui nous embarque jusque Darbang où débute réellement le trek. Nous sommes terriblement impressionnés par les jerrycans de mazout, les 10 litres d’huile, les 25 kg de riz et les 432 œufs que chargent, entre autres, les porteurs en plus des tentes et des sacs. Georges qui a oublié ses chaussures de marche à Béni trouve heureusement une paire de basket en plastique à 13 euros, basket qu’il ne quittera plus et avec lesquelles il affrontera les cailloux, la neige et la boue durant tout le séjour.
Les deux premiers jours de marche se passent sans problème. Nous savourons les nuits plus calmes qu’à KTM malgré les violents ronflements de certains et retrouvons avec bonheur la beauté des paysages et des villages traversés, la gentillesse des Népalais et les sourires des enfants que nous rêvons souvent de pouvoir moucher ! Epatés par la qualité des repas préparés par l’équipe des cuisiniers, nous devons cependant négocier ferme pour alléger le lunch de midi après lequel nous avons le plus grand mal à repartir sous la chaleur de plus en plus orageuse…
Et c’est en effet sous l’orage et la grêle que nous arrivons à Boghara, village natal de Tham. Nous campons dans une prairie en compagnie d’une impressionnante expédition espagnole, qui tente le sommet du Daulaghiri. Les enfants du village viennent jouer près de nous et se faire soigner par JF qui trimbale une impressionnante trousse de secours. La nuit nous permet d’émettre quelques doutes sur l’étanchéité des tentes, conçues pour résister au froid mais hélas pas à la pluie qui persiste. C’est sous un grand soleil que nous débutons la journée d’acclimatation du lendemain durant laquelle nous visitons Boghara. A 14 h, la pluie incessante nous force à nous réfugier dans les tentes qui percent résolument ! Chacun tente d’écoper comme il peut et dans un grand sentiment de solitude empile matelas, sac de couchage et sacs à dos pour essayer de s’isoler du sol qui perce aussi ! Heureusement, nous sommes finalement évacués vers la maison voisine où nous dormons au sec.
Le lendemain, nous nous perdons en spéculations sur l’état des tentes et la forme des nuages qui menacent. Après quelques heures de marche, nous arrivons au prochain endroit de campement où la pluie nous rejoint rapidement. Deux granges permettent de nous abriter ainsi qu’une douzaine de Tchèques, aussi mouillés que nous. La nuit est mouvementée : attirés par les miettes de pop corn du souper, de gros rats blancs passent sur nos visages, nous forçant à ruisseler de sueur, enfermés dans nos sacs de couchage « moins 20 confort ».
Le lendemain, la situation est critique. Après quelques jours de pluie, les tentes sont définitivement trempées et impossibles à sécher et nous sommes un peu dans le même état même si le moral reste bon ! Nous craignons surtout de ne pouvoir passer les deux cols, que nous devinons impraticables pour nous et encore plus pour les porteurs. Les jours qui nous restent permettraient encore de faire demi-tour pour regagner une autre vallée. Le choix est dur, il faut renoncer au projet initial qui nous a fait tant rêver et décider vite, sans aucune information objective, sur seule base de notre feeling et de l’expérience de JF et de Tham…. Les Tchèques, eux, décident de redescendre après avoir eu des informations pessimistes de Tchéquie via leur téléphone satellite.
Après une longue discussion, nous décidons de renoncer et de rejoindre Jomsom puis Muktinath. Nous apprendrons par la suite que notre choix fut le bon : les cols étaient impassables et 4 porteurs y ont malheureusement laissé la vie…
Il nous faudra 4 jours pour rejoindre notre destination à pied puis en bus et en jeep. Nous partons sous une pluie battante qui nous fait découvrir les morsures de sangsue mais au fur et à mesure que nous tournons le dos au Daulaghiri, le soleil apparaît. Nous nous retournons quelque fois, craignant de voir le sommet nimbé d’un soleil éclatant. Le choix est fait et nous n’y reviendrons pas mais subsiste en chacun de nous un regret et la question de savoir s’il serait arrivé au sommet. La vision du Daulaghiri dans la purée de pois nous réconforte donc un peu…
Arrivés à Beni, nous sommes malheureusement obligés de nous séparer de la majorité des porteurs puisque nos nuits se dérouleront désormais en lodge. Nous regagnons Jomsom, petite ville évoquant un Bagdad café népalais où soufflent des vents terribles puis Muktinath par la montagne.
Durant les cinq jours qui nous restent avant de regagner Katmandu, nous aurons l’occasion de randonner dans les montagnes voisines, de découvrir les petits villages autour de Muktinath et qui semblent figés dans une autre époque, de faire le « Gyu Peak », petit sommet facile à 5.100 m mais rendu assez pénible par notre acclimatation trop rapide, de nous livrer à des orgies de chapatis, d’œufs durs, de « nac cheese », de biscuits coco (une véritable addiction), de manger des lasagnes (nom générique pour tout se qui se rapporte à des pâtes) au « Plaza hôtel » de Jarkhot, d’assister à un office dans un monastère de nonnes boudhistes, d’être (un peu) malades avec des momos, de fréquenter le cybercafé local, de brûler au soleil malgré l’écran total. Mais surtout, nous nous remplissons les yeux des paysages d’une beauté incroyable que nous pourrons nous rappeler quand la Wallonie semblera trop plate...
Au total, ce fut, malgré ce « renoncement nécessaire », une belle expérience pour nous rappeler que la montagne décide et que nous sommes tout petits devant les conditions météo. Une belle expérience humaine aussi par la cohésion du groupe où fous rires, encouragements et échanges de motilium furent toujours les réponses à nos « petites misères ». Et à nouveau une occasion d’expérimenter la gentillesse et la compétence de nos accompagnateurs et tout spécialement de JF et Tham. Le silence, la sérénité, la grandeur des paysages népalais et le sourire des habitants nous manquent souvent… On y retournera en 2015 et cette fois dans une vallée plus sèche…
Véronique Binet

Après le trek du Langtang et le Tour des Annapurnas, l’envie de retourner au Népal et de tenter un parcours un peu plus dur nous hante.