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Razzia à Margalef!!

Soumis par Anonyme (non vérifié) le 19 January 2014

Une semaine de grimpe était prévue à Margalef ces derniers jours. N’ayant plus fait de falaise depuis mi-août pour cause de changement de travail, j’avais une grosse motivation pour grimper beaucoup. Je m’étais un peu entraîné depuis début janvier, ce que je n’avais plus fait sérieusement depuis ma blessure au poignet en 2009. Je n’avais pas réellement d’objectif là-bas, peut-être faire un 8c et l’un ou l’autre 8a+ à vue mais sans pression particulière. J’ai pu apprécier à nouveau le fait que l’entraînement paye et que ne pas se focaliser sur un objectif particulier permet de faire beaucoup plus de voies !
Au deuxième jour de grimpe, les nuages faisaient grise mine et nous avons pris la direction de Santa Linya qui se trouve à environ 1h30 de Margalef et qui est toujours à l’abri de la pluie vu l’inclinaison du dévers. J’en ai profité pour repérer quelques voies dures et essayer un nouveau 8b en fin de journée. Je pars avec l’idée de repérer les méthodes du 8b pour essayer de le faire dans la journée. Je monte, monte,… et me rend compte que j’ai déjà passé la moitié du mur sans m’arrêter… Germe alors l’idée d’aller jusque en haut. Les mouvements sont relativement physiques sur des préhensions tendues ce qui me convient bien. Après un bon 20 minutes de combat, je me retrouve en haut et enchaîne à vue sans m’y attendre du tout ; chouette sensation pour démarrer le séjour ! Santa Linya est pour l’instant la seule falaise où j’ai réussi à faire des 8b à vue, vu le style qui est très proche des salles d’escalade.
De retour à Margalef les jours suivants, nous décidons de nous concentrer sur le secteur de l’Espadelles où un nombre incalculable de voies ont été ouvertes depuis mon dernier séjour à Margalef l’année passée, pour avoir cette sensation de grimper sur du caillou neuf. J’essaie plusieurs voies à vue en 8a/+, avec souvent la chance d’enchaîner à vue. Je tente un 8b+, Cocaïna purs y dura, que je parviens à enchaîner au premier essai à mon grand étonnement.
J’essaie alors de me trouver un gros projet et décide de m’attaquer à Pal Este, un 8c/+ dans lequel j’avais déjà fait une montée l’année passée avec Loïc Timmermans. Il m’avait paru assez soutenu et hors de portée à ce moment-là. La voie est dans un dévers continu à 30° et fait près de 60 mouvements ; un véritable coupe-doigt style Margalef ! Cette voie, comme beaucoup d’autres dans ce massif, est une perle de grimpe. Gestuelle incroyable, intensité relativement homogène, le tout dans un cadre magnifique. N’ayant pas une conti énorme pour le moment, je devais grimper dans la voie en mode contre la montre, pour arriver en haut avant que l’acide lactique ne m’asphyxie. Et comme par hasard, le crux se trouvait en haut avec deux énormes blocages de bras.
Au quatrième jour de grimpe d’affilée, je parviens à mettre un essai où je tombe à 4 mouvements du relais après un véritable combat où j’ai pu redécouvrir la définition d’aile de poulet ! Cinquième jour sur place, la peau et les doigts revendiquent un jour de repos !
Après le jour de repos, la pression monte un peu pour enchaîner le projet avant que l’état de ma peau ne me permette plus d’y grimper. La voie est tellement coupante par endroit que même les couches de tape que je mets avant de grimper me donnent l’impression d’avoir été coupé au cutter en descendant de la voie… Premier essai, je tombe cette fois à deux mouvements du relais malgré le soutien de l’équipe avec laquelle je suis parti grimper. Heureusement, un ami polonais, ouvreur en compétition, essaie la voie en même temps que moi et me propose une méthode légèrement différente dans la dernière section juste avant que je retente un essai. J’essaye la méthode qu’il m’a proposée. Ça marche. J’économise un peu d’énergie dans la dernière section après avoir à nouveau couru dans tout le bas de la voie, et arrive en haut à l’agonie. Les encouragements me poussent à parvenir à fermer le bras au maximum pour les derniers mouvements et à viser juste dans les trous. Je manque de tomber au dernier mouvement mais parvient à clipper le relais avec une explosion de joie. Je n’ai pas l’habitude de crier ou hurler lors d’un enchaîné, mais là je dois dire que je me suis lâché comme presque jamais ! L’entraînement est quelque chose de difficile, surtout lorsqu’on plonge dans le monde du travail et qu’il faut encore trouver de la force en fin de journée pour « brutaliser » son corps. Mais lors d’enchaînements de projets comme celui-ci, ces efforts prennent tout leur sens et redonnent envie de tirer encore plus pour pousser encore plus loin ses limites pour les prochains voyages. L’escalade… :-)
Restent encore trois jours de grimpe, le séjour est personnellement déjà réussi au niveau des performances, tout ce qui sera grimpé après cet enchaînement m’apportera un bonus. Et quel bonus…
Je me remets en mode à vue et les 8a et 8a+ tombent les uns après les autres, je n’ai jamais eu un taux de réussite aussi grand dans ce mode. Il faut dire que le style de Margalef sur trous où il faut verrouiller les doigts, m’a toujours bien convenu. Pourquoi ne pas continuer à essayer des 8b à vue ? Le choix est difficile tant le nombre de lignes attirantes est grand. Au coucher du soleil, je fais une tentative à vue dans « La Trencatranques », toujours soutenu et assuré par l’équipe et les assureurs (magiques apparemment !
La voie faisait environ 25 mètres. La première moitié avec des mouvements de golgothe sur bonnes prises mais qui ne laissent pas trop le temps d’hésiter. J’arrive à un point de repos à la moitié, plus que vidé, sans aucune pression pensant que je ne tiendrai pas jusqu’en haut. Je reste bien 10 minutes pendu sur le repos avant de décider de repartir dans une partie plus à doigts. Je décide de grimper le plus vite possible et j’ai la chance de souvent tomber sur la bonne prise lorsque plusieurs choix sont possibles. J’arrive en haut malgré les bouteilles et clippe le relais à vue avant que la nuit tombe. C’est la première fois que je parviens à faire un 8b à vue ailleurs qu’à Santa Linya.
Troisième jour d’affilée et troisième jour de surprise ! Je rencontre quelques français qui grimpent et équipent des voies à Margalef et sont en train d’essayer « Super Vixens » 8b+. La ligne paraît démente, et ils me proposent de me flasher dans la voie. C’est à nouveau un long dévers d’environ 20-25 mètres avec un gros pas de bloc dans le bas, suivi d’un 8a+/b rési. Ils me téléguident à la perfection dans la voie, j’ai presque l’impression de grimper après travail. J’enchaîne après avoir couru pendant toute la voie avec l’émulation des méthodes. Se faire flasher dans une voie est une des nombreuses occasions d’établir un chouette contact avec des grimpeurs, encore plus quand ce sont des locaux qui équipent et qui connaissent chaque recoin de la falaise. Pour ma part, je pencherais plutôt vers le 8b pour cette voie, mais à nouveau, le crux du haut de la voie est sur un mono très profond mais très fuyant avec des pieds très hauts, le genre de mouvement que j’adore.
Et encore cerise sur le gâteau, au quatrième jour de grimpe d’affilée, le dernier jour aussi, lorsque la peau est à l’agonie, j’enchaîne encore « El ball del triceps », un 8b classique de l’Espadelles sur des trous assez petits mais francs et crochetants, dans une coulée bleue et relativement peu fait à vue.
Margalef est clairement une falaise qui est parfaite pour mon style de grimpe, exigeante en préhension, en tendu, en blocage et en gainage. Je n’aime pas insister sur mes performances publiquement, n’ayant pas trop l’envie de donner l’impression de « se la péter », mais ce séjour est le meilleur séjour d’une semaine que j’aie jamais réussi avec 17 voies en 8 en huit jours de grimpe… Razzia est faite sur une bonne partie des voies en 8 du secteur de l’Espadelles !
Juste pour info, j’ai fait des études de mathématiques, donc les nombres ont toujours eu un caractère obsessionnel pour moi ! Même si les cotations ne sont pas importantes, qu’on grimpe pour le plaisir et blablablabla… ouais, on dit souvent ça pour se déculpabiliser d’être un sportif qui s’entraîne et qui vise quand même en grande partie la performance ;-)
Donc, pourquoi insister sur le nombre d’enchaînements ? Parce que j’ai l’impression d’enfin retrouver le niveau de forme que j’avais avant de me blesser au poignet en 2009 pour près d’un an… Cette blessure avait presque totalement enlevé la flamme que j’avais en moi à m’entraîner et me donner au maximum, que ce soit dans l’escalade ou dans mon envie de transmettre. Comme je l’ai dit à beaucoup d’amis proches, j’avais l’impression qu’une partie de moi était morte après ça, ce que peuvent comprendre les personnes qui s’investissent durement pour atteindre leurs objectifs, sportifs ou non, quand on leur coupe l’herbe sous le pied « systématiquement » (je vous passe la liste des précédentes blessures !)
Merci à Aukje van Weert, Julien Van den Veyver et Cyril Lapka, mes compagnons de voyage, qui m’ont soutenu toute la semaine et ont supporté mes crises de joie après chaque nouvel enchaînement auquel je ne m’attendais pas.
La flamme est un peu revenue, on verra comment combiner ça avec mon emploi du temps de dingue, pour continuer à m’entraîner et à la faire brûler, cette flamme !

Razzia : pillage, fait de tout emporter. Ce terme peut apparemment aussi s’appliquer à un séjour de grimpe…