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Petite Chronique d'Eric et consorts

Soumis par Van Crombrugge Eric le lun, 12/01/2015 - 00:00

Beau temps mais trop de vent, l’aiguille du Midi fermée, on s’est tourné vers le Montenvers, à suivre la colonie de Chinois que j’aime beaucoup certes mais qui sont lents dans les escaliers vers la mer de glace !

Super-Marine.
Un nouvel amour naît chaque fois que je pars en montagne.
Comme lors de ma première fois dans la Vallée Blanche, malgré le mauvais temps et la visibilité limitée : soudain, entre les nuages, le soleil a éclairé la face Est du Mont Blanc du Tacul. Là-bas, elle se dressait, la fille de Zeus, longue et fière. Une figure impressionnante. Quel rêve ! Je connaissais déjà son nom : Supercouloir.
Un rêve formidable comme ça demande à être partagé. Et cette année, papa-Eric, mon sensuel suspect usuel, était prêt à m’accompagner. Mais Zeus, têtu comme d’habitude, n’était pas content, et il a envoyé le vent pour la protéger…
Déçus, comme tous les amoureux qui manquent leurs amours ou ratent leur coup, nous errions à la base de la Mer de Glace. Tout à coup un seul cri jaillit de nous, un petit miracle. Elle avait demandé à sa petite sœur de nous rencontrer ! Elle portait trois longueurs faciles en glace, un plein plaisir. Une voie bien improvisée, mais une grande leçon de montagne aussi, nous vous présentons ce nouvel amour : elle s’appelle Super-Marine.
Giorgos
C’est le résultat d’insistants pilonnages après une semaine de glace folle en Oisans, en février 2015, avec Florian Castagne, Giorgos Athanasopoulos, Pierre Preumont, Gaëtan Massau, Béatrice Leclerc, Marie Souquet, Lorène Wilmet, et Eric Van Crombrugghe

Suaire Froide.
« Qu’est-ce qui est bleu, gros comme un cabillaud, et qui se balade toujours en banc ? »
C’est une avalanche de blocs de glace, qui nous tombe dessus. Il y en a 50 pièces au moins. Une stalactite en troisième longueur qui vient de partir, dans cette zone où la cascade s’est choisi une morphologie liquide.
Giorgos est lui, en début de cascade, début de vie, bien dans l’axe. Comme moi, il aperçoit son destin, il crie à la mort. Pilonnage dans la vire de neige, des blocs en pluie, chacun sa cible, le choc dans la neige est propre, le projectile n’en rebondit pas, aucune traînée. Parmi tous ces missiles, un seul destiné au Grec, 2ème cri, long. Cri de vie, et de douleur. Bonheur que cette douleur… son bloc est tombé à plat sur l’omoplate, chair meurtrie rien de plus.
Pisse Froide, St Christophe en Oisans.
Eric

Prussik, un nœud, pas une cordelette.
On est environ à 2400m d’altitude, le Vallon du Fournel est en pleine grisaille. Le grésil est tombé la nuit, au moins 10cm, rien de très lourd quand ça dégueule en silence dans le couloir.
Après avoir sorti la fine goulotte de Sourire Kabile, on est « déjà » au 1er relais de Baiser de Lune, citadelle de glace qui se termine par un minaret de 50m, une carotte divine au feuillage pris dans un puissant surplomb. Il est 16h, hors timing pour une cordée hors-pair. J’assure Lorène, les bottines bien stables dans la neige. Soudain une piqûre au pied, non, c’est plus foudroyant encore, une coupure, au niveau de la cheville, puis c’est tout le pied qui est pris ! De l’eau ! Je suis passé à travers une poche d’eau, rareté exceptionnelle… ou chance ?
Lorène arrive. On est unanime, le vent s’est levé, la luminosité a baissé, la température a chuté, des amas de neige s’effondrent. On n’est plus dans le domaine de l’humain. Retraite. Rappels. D’abord Lorène, je lui dis de placer son prussik, elle me dit que c’est le nom d’un nœud, et puis de toute manière elle n’a pas de cordelette… Je défais l’Abalakov de sécu, ‘un tiens vaut mieux que deux tu mourras’, et lui place son prussik. J’ai le pied gelé, les doigts qui partent aussi, il nous reste 200m de descente. Elle me dit alors comme ça, innocente, presque désintéressée : « Et le reverso, je le mets comment ? »
Eric

Vroum !
Stop après une belle nuit de route, fesses endolories. Sous les gros flocons, les sacs se terminent sur le parking. Il y en a des choses à monter là-haut pour aller tâter la glace. Le convoi de 7 se met en marche, ouvrant la trace dans le vallon du Fournel. En plus des sacs, nous tirons deux traîneaux bien chargés. Je me sens un peu comme ces explorateurs des pôles tirant leurs énormes pulkas !
Vroum ... VROUM ! ? ! Dans cette vallée silencieuse où seul le bruit du vent et de nos respirations gênées par le poids du sac sont audibles, nous faisons connaissance avec Pascal. Un gars du coin qui joue avec sa grosse moto-neige. C’est ainsi que je me retrouve embarqué avec quelques gros sacs assis derrière lui, lancé à toute allure. Je jette un regard sur Eric qui tire une sale gueule à l’arrière. Il surfe assis sur la luge qu’on a attachée à la moto-neige et tente de ne pas tomber à la renverse. Un ski de chaque côté, il peut profiter directement des gaz d’échappement. Il tient un bon quart d’heure comme ça, ouf la corde n’a pas cédé !La moto ne passe plus, nous pouvons continuer à pied.
Encore quelques heures et oh bonheur, nous apercevons à la lumière des frontales la cabane qui nous servira de camp de base pour 4 jours, isolés dans cette vallée aux cascades enchantées !
Florian

Cultiver son jardin
« C’est un peu comme quand on fait du jardinage en falaise » me dit Gaëtan, et effectivement, Gio galère pour trouver de la glace dans la première longueur de Brindilles, au nom évocateur. Je me dis que c’est marrant, en falaise aussi, je finis toujours par tirer vers la ligne herbeuse, les qualités de lecture du piètre grimpeur...
Deuxième longueur et heureusement plus de glace, mais une grosse croûte posée sur de la neige à faire sauter. C’est à moi de sortir la bêche !
Pierre

Rencontre du 3ème type
Arrivés sur le parking, soleil et tarmac, un léger décalage après 4 jours sans voir un chat. On vient d’arriver et on étale notre brol au milieu de la route sous prétexte de faire du rangement. On casse la croûte et arrive un couple de françaises qui fait les yeux ronds en nous voyant assis au milieu de notre terrain de poubelles. S’entame un drôle de dialogue de sourds, « est-ce un stage ? », « euh, non rémunéré... », « On a une salle d’escalade à Bruxelles »... difficile de se comprendre, on se marre tandis qu’elles restent guindées... On semble parler des mêmes choses, mais pas la même langue...
Pierre

L’heure du dodo
C’est la course, on redescend du refuge de la Selle, ça fait maintenant une semaine qu’on est en montagne et on arrive tout doucement à l’épuisement, mais impossible de s’y résigner. Comme des gosses à l’heure du dodo, on a une dernière bouffée d’énergie, on refuse d’aller se coucher, de reprendre la route. Et après un café en vallée, on court vite faire la dernière cascade. Tel un enfant épuisé qui trébuche, Gio frôle de justesse l’accident en esquivant les blocs de glace. Ouf, on fera tous dodo dans la voiture ce soir.
Pierre

Dernier jour
C’est notre dernier jour au Vallon du Fournel.
On cherche une belle cascade à grimper.
Pierre et moi voyons la même ligne : « Brindilles ». On décide rapidement d’essayer ensemble.
Je commence. Il y a peu de glace dans la première longueur et c’est difficile à protéger. Après un long combat, j’arrive au relais. Heureusement, la seconde longueur est bien formée et Pierre progresse bien.
En même temps, Eric, Lorène, Flo et Béa essaient la goulotte de « Sourire Kabile » sur notre gauche. Ils apprécient la grande carotte au-dessus d’eux (Baiser de Lune)
Plus tard, les deux papillons locaux nous ont dit que cette voie est en conditions une fois tous les 20 ans.
C’est le mystère de la cascade de glace.
Parfois pas formée. Parfois fine. Parfois très dure. Parfois sorbet. Parfois risqué. Parfois rare. Mais toujours unique.
Giorgos

Giorgos Athanasopoulos, mon partenaire de cordée grec,... a poussé la plume en français après notre sortie Chamoniarde. Projet de faire le super Couloir sur Tacul…