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Au pays du soleil de minuit - Groenland 1961

Soumis par MARTIN Lambert le 15 September 2015

A l’aide de témoignages, d’extraits de films historiques et de superbes nouvelles prises de vue tournées sur place, Jérôme nous fait revivre la dramatique aventure de l’ expédition belge au Groenland en 1961.
C’est aussi l’occasion de se souvenir avec les protagonistes de cette aventure.
Hubert Leclerq et Michel Tamigneaux nous racontent…
Lambert Martin

Comment le projet a t’il prit corps ?
Fin 1960, Guy Donnée présente au CA du Club Alpin Belge un projet d’expédition au Groenland dans une zone jamais explorée. Peu après, Jean Alzetta propose un autre projet d’expédition Belgo-italienne au pic Paiju un sommet de 6610m dans le Karakorum au Pakistan.
A cette époque, le CAB est en plein bouleversement. Les rochers belges sont fréquentés par un groupe de grimpeurs de haut niveau, où l’on retrouve notamment André et Monique Capel, Claude Barbier, Jean Bourgeois, Claude Burlot, Jean Lecomte, Dédé Van de Maele etc…
Quelques représentants de cette nouvelle génération ont investis le CA du CAB. André Foquet, Jean Alzetta et Michel Tamigneaux y siègent avec Joseph Marien, Pierre de Radzitzky et Xavier de Grunne.
C’est le projet de Guy Donnée qui est retenu mais peu après cette décision, celui-ci se désiste.
Le CA nomme Jean Duchesne chef d’expédition et sélectionne les participants qui sont disponibles : André Focquet, Jean Alzetta, Nadine Simandl, Hubert Leclercq et Michel Tamigneaux.
Georges Als, membre du Groupe des Alpinistes Luxembourgeois (GAL), qui est en contact avec le CAB propose la participation du bon grimpeur luxembourgeois Jules Faber.
Le médecin de l’expédition est le français Robert Marty, un compagnon de cordée de Jean Alzetta.
Le CAB commande au cinéaste Jean Harlez la réalisation du film de l’expédition.
A l’exception du cinéaste, tous membres sélectionnés sont des montagnards expérimentés. Jean Duchesne, André Focquet et Robert Marty sont membres du GHM, le célèbre Groupe de Haute Montagne, qui réunit les alpinistes français ou étrangers qui accomplissent régulièrement des ascensions difficiles en haute montagne.

Et l’expédition ?
L’expédition se déroule de fin juin à fin juillet 1961.
Le 25 juin, les 9 membres de l’expédition belge arrivent à Sonderstomfjord sur la côte Ouest du Groenland. Il leur faudra 4 jours et 2 bateaux pour transporter les 1800 kg de matériel et atteindre le camp base au lieu-dit « Nerdlerit ». Les côtes qu’ils ont longées pendant cette approche sont totalement inexplorées. Si les faces sud, formées surtout d’éboulis, présentent peu d’intérêt alpin, les faces nord, au contraire, présentent de grandes faces verticales de plusieurs centaines de mètres. Jean Alzetta aimerait choisir une de ces faces comme objectif mais le chef d’expé estime les approches trop dangereuses et préfère choisir la région vierge du Snepyramidem (2.236m) le point culminant de la presqu’île d’Akuliarusq. Ce choix allait celer leurs destins !
Située au-dessus du cercle polaire, cette région profite pendant les mois d’été du soleil de minuit, ce qui perturbe considérablement les habitudes, et bouleverse le rythme normal des journées. Les bivouacs en montagne prennent un tout autre sens et les horaires de départ pour l’escalade sont inhabituels : huit heures, vingt heures, minuit peu importe.
Le 30 juin par beau temps, Hubert L., Julot F. et Michel T. atteignent le sommet du Snepyramidem par la face ouest. Pendant ce temps, Jean D., André F., Robert M. et Jean H., remontent le glacier Reine Fabiola et atteignent un sommet de 1699m, pendant que Jean A. et Nadine S. gravissent les deux sommets bien visibles du camp de base (1179 m et 1794 m).
Les ascensions ont durés de 35 à 45h ! Les marches d’approche, partant du niveau de la mer, sont longues et pénibles avec le soleil 24 h sur 24 qui rend la neige molle dans laquelle on s’enfonce jusqu’à mi-cuisse.
10 sommets vierges vont être gravis pendant cette première période de beau temps, mais le 6 juillet le mauvais temps s’installe pour une semaine. Pluie au camp de base et neige abondante en altitude.
Le 14 juillet, une grande excitation règne, c’est le deuxième jour de beau temps et il s’agit d’entreprendre la dernière grande course avant l’arrivée de la baleinière qui doit venir rechercher l’expédition. Tandis qu’Hubert L., Julot F. et Michel T. partent en direction de la vallée de Qordlortorssuaq, les six autres vont gravir l’arête nord-ouest du Snepyramidem.
Après 20h de marche d’approche, ces derniers installent un mauvais bivouac au pied de l’arête nord. Le vent se lève et tous souffrent du froid surtout Jean H. qui n’a pas de sac de couchage. A 2h du matin, compte tenu de l’état de fatigue de Jean H., le docteur Marty redescend avec lui dans la vallée où ils retrouvent dans l’après-midi Hubert L., Julot F. et Michel T., qui rentrent après avoir atteint un sommet de 1870m. Les autres compagnons ne revenant pas, l’inquiétude grandit et deux cordées de secours s’organisent. Robert Marty et Hubert Leclercq partent en direction de l’arête nord-ouest du Snepyramidem , tandis que Michel Tamigneaux et Julot Faber prennent la direction de la seule voie de descente possible.
Le lendemain ils rentrent, épuisés après 70 heures de recherches infructueuses. Les traces aperçues par Hubert et Robert au pied de l’arête Nord ne laissent aucun doute sur le drame qui s’est joué. Les 4 compagnons ont attaqués l’arête nord-ouest. À mi-parcours ils ont obliqués dans la face nord. La neige étant trop mauvaise, sans doute ont-ils décidés de redescendre dans leurs traces. C’est à ce moment qu’une plaque à vent s’est détachée sous leurs pieds les emportant dans une chute mortelle de plus de mille mètres dans la face nord.
Les survivants accablés arrêtent les recherches et épuisés de fatigue, quittent le Groenland et rentrent au pays.
Le 27 décembre, une expédition italienne retrouvera les corps de André Focquet et de Jean Alzetta, qui seront ramenés et inhumés à Umanak.

Et après ?
Le Club Alpin Belge venait de perdre dramatiquement quatre de ses meilleurs grimpeurs dont le dynamisme allait surement lui manquer dans les années à venir.
En 1962, en souvenirs de leurs amis disparus, Michel Tamigneaux et Guy Donnée ouvrent à Freyr la voie « Les Groenlandais ».
Peu après, alors que Robert Marty et Michel préparent une expédition dans les Andes, Robert disparaît dans un accident d’avion. Ce tragique évènement met fin à leur projet.
Il faudra attendre 12 ans pour voir le CAB reprendre le chemin d’une grande expédition avec en 1974 l’expédition de Pierre Jongen dans la cordillère Blanche au Pérou.
Michel continue à faire de la montagne mais en diminuant petit à petit ses activités, pris par ses obligations familiales.
A cette époque Hubert Leclercq réalise un bon nombre de grandes courses d’envergures en montagne comme la face Est du Grand Capucin, la face Ouest des Drus et la face Nord du Piz Badile.
A partir des années 90, il participe à de nombreuses expéditions dans le grand Nord, en Terre de Baffin, au Spitzberg et en Yakoutie.
Grand sportif, Jule Faber continue à pratiquer l’escalade et la montagne au sein du GAL dont il est membre fondateur. En solitaire, il parcourt l’Europe à vélo de l’Ecosse à la Yougoslavie. En 1982, suite à un accident de ski, une mauvaise opération de la hanche le prive de son extraordinaire mobilité. Cela ne l’empêche pas de continuer ses autres passions : la photographie et la musique.
Fin décembre 2008, en préparation au projet luxembourgeois de retourner au Groenland pour faire un film sur les traces de l’expé 1961, Hubert, Michel et Julot, les 3 compères de la premières du Snepyramidem se retrouvent au local du CAB à Namur. Julot nous quitte deux ans plus tard au début de l’année 2011.
Le film de l’expédition de 1961 « Escalade au soleil de minuit » de Jean Harlez trouve un grand retentissement dans le monde de l’escalade. Jean arrêta là son expérience de haute montagne mais retourna plusieurs fois au Groenland pour filmer la vie des esquimaux.
Le 18 février 2014 dans le cadre d’une rétrospective de l’œuvre du cinéaste Jean Harlez au cinéma NOVA à Bruxelles, le film original de l’expédition est présenté en présence de Jean et Hubert.
Waterloo le 28 août 2015

LA PLAQUE DE LA TETE DU LION
Ami grimpeur ou randonneur, quand tu passes à Freyr, au pied de « la tête du lion » arrêtes toi un instant devant la plaque commémorative des disparus du Groenland, et souviens toi de ces alpinistes aventuriers qui ont marqués l’histoire de l’escalade belge et du CAB.

Le jeudi 17 décembre dans le cadre des soirées culturelles nous vous présenterons le beau film du luxembourgeois Jérôme Konen « SNEPYRAMIDEM »