Aller au contenu principal

Samedi 21 mai 2016 7h30 8848m!!!

Soumis par MARTIN Lambert le lun, 02/05/2016 - 10:02

lUNDI 30 /05/2016
Paul et Sofie sont arrivés ce lundi a 18h a Zaventem accueillis par bon nombre de sympathisants....la fin d'une belle aventure!

MARDI 24 mai
C’est bientôt fini de devoir passer la nuit dans le froid glacé des tentes. Cette nuit, notre 40e nuit à -4 au camp de base, -10 dans le CBA, -18 au Camp 1, -22 au Camp 2 etc.
Les suites de la haute altitude pour tous les grimpeurs mais à des degrés divers : quintes de toux, mal de gorge, aphtes, brulures à la langue, lèvres fendues et gercées, blessures par brulures et gelures autour de la bouche, fourmillement dans les doigts et orteils, nausées, épuisement…
A part les aphtes, je souffre de tous ces maux. Quant à Sofie, seuls les problèmes aux lèvres l’épargnent. D’ici quelques jours nous aurons oublié et digéré toutes ces misères mais que cela soit clair : on peut se permettre quelques petites visites à ce qui, selon les Tibétains et les Népalais constitue la résidence des dieux, à savoir l’Himalaya mais ce n’est pas un endroit pour l’homme.
Paul

LUNDI 23 mai
Du CBA au camp de base, 21 km de descente et 1500 m de différence d’altitude dont 1100m heureusement en dénivelée négative.

DIMANCHE 22 mai
Il neige toute la journée et le vent mordant souffle des cristaux de neige dans la tente. La seule partie de mon corps non couverte – mon visage – est saupoudrée en permanence. Très propice pour passer une bonne nuit... Mes chaussures restées sous le haut-vent de la tente me semblent complètement ensevelies sous la neige. Une chouette corvée pour démarrer la journée. Bien que réveillés dès 6h, ça nous prend chaque fois deux foutues heures pour tout mettre en ordre. Idem le soir. C’est très difficile d’expliquer à quel point c’est fatigant et difficile de se préparer pour se lever ou à se coucher quand on est dans une petite tente à haute altitude.
Je quitte finalement le camp à 7700 m sans oxygène. Mais à une bonne centaine de mètre du C1, j’en paie le prix. Nous devons remonter sur une dizaine de m à partir du Col Nord. Bien que j’entre-aperçoive de temps à autres les tentes du Camp 1 à travers les nuages, ce dernier obstacle en est un de trop. Je suis obligé de m’allonger. J’absorbe mes dernières gorgées d’eau et suce à fond deux gels énergétiques. Ça commence à faire de l’effet au bout de quelques minutes. Je me redresse et me hisse avec peine sur cette butte comme s’il s’agissait de la tour Eiffel elle-même. Le Camp 1 est quasi méconnaissable sous 1 m de neige fraiche. Entretemps, Neema a quelque peu dégagé notre tente et fait fondre de la neige pour faire de l’eau potable. Sofie a été plus maligne. Dès qu’elle s’est sentie attraper des « jambes de coton », elle a poursuivi la descente avec de l’oxygène. Il nous restait encore la belle descente escarpée du col Nord, rendue dangereuse par la neige, pour nous retrouver vers 14h30’ en relative sécurité aux abords du CBA. Entretemps, notre kitchen boy nous avait encore fait la surprise de nous rejoindre à « crampon point » avec du Cola. J’ai rarement tant gouté à une boisson.

SAMEDI 21/05/2016 MAGIC DAY
Paul et Sofie sont arrivé au sommet à 7h30’ par l'arête Nord-Est côté Tibet. Ils y sont restés entre 15 et 20 minutes avant d’entamer la longue descente jusqu’en dessous de la “deathzone”: camp 2, 7700m.

le récit...
Paul:
Mercredi 18 mai: en route pour le camp 1 à 7100 m (le fameux Col Nord). Journée réussie. Temps splendide. Partis à 9 h, arrivés au col à 15 h (Sofie à 15h30’). Gagné une heure par rapport à la fois précédente, alors que nous étions plus chargés. L’ensemble de l’équipe est arrivée 2 h plus tard. Espérons que le temps reste inchangé. Ce serait fantastique. Ça fait déjà des semaines que je me débats avec des douleurs au dos et à la nuque et cette tente est tout sauf idéale pour ce genre de chose. Pour la première fois, j’ai pris de l’Ibuprofen contre la douleur car je sais qu’ici, dormir est crucial pour avoir des chances de succès les prochains jours.
Vendredi 20 mai, partis dès 8h30’ pour le Camp 3 à 8300 m où, grâce à un débit additionnel de 1,3 litre d’oxygène, nous sommes arrivés, 6 h plus tard, après une escalade continue sur rochers escarpés et neige. Sofie me semble encore plus fraiche à l’arrivée. Nous essayons de nous reposer quand même quelques heures sous la tente avec un débit de 1 litre d’oxygène. Il y a toujours un méchant vent et nous espérons de tout cœur qu’il va sérieusement se calmer. Le vent fait monter exponentiellement la sensation de froid et augmente le risque de perte d’équilibre et de chute. La mère des dieux (Sagarmatha, le nom Népalais de l’Everest) veille sur nous et, si nous repartons vers 22 h ce soir, le vent devrait en grande partie s’être calmé.
J’essaie de prendre un bon rythme sur la voie raide à cheval sur l’arrête nord mais je n’y arrive pas. Je me sens instantanément vidé et épuisé. Mon estomac gargouille et je sens la chiasse arriver. Je me maudis d’avoir, durant notre repos sous la tente, ajouté de la neige fraiche à l’eau de fonte bouillante pour boire une fois de l’eau « fraiche ». Est-ce ça qui me joue des tours à présent ? Après 2 h, je ne tiens plus et dois demander l’impossible à mon sherpa : m’aider à pouvoir déféquer alors que je porte un survêtement complet en duvet et un harnais. Sofie ne se rend pas compte de ce qui se passe. Elle pense que je fais une petite halte sur le rocher pour boire un coup. Ce sera bien la première fois, mais certainement la dernière, pendant cette ascension qu’elle verra vu mon cul ! Par la suite elle passera devant.
Samedi 21 mai: La nuit et le chemin vers le sommet de l’Everest (8848 m) sont encore longs. Les yeux remplis de chagrin, je regarde Sofie et Dawa (son sherpa) prendre de la distance. Je ne peux tenir le tempo, me sens nauséeux, et commence à me rendre compte que ce n’est pas vraiment mon jour aujourd’hui. Par deux fois, je suis pris d’une crampe à la main gauche que je n’arrive à récupérer qu’en m’aidant de la main droite. Il m’apparait clairement que quelque chose ne tourne pas rond. Si je reste aussi faible et si je continue à avoir de tels spasmes, je dois redescendre. Pendant l’ascension, j’arrive tout au plus à encore m’appuyer sur cette main gauche ; à chaque mouvement de traction, la crampe revient. Neema me pousse à aller plus vite. Entretemps, un groupe qui était parti une heure après moi nous rattrape. Je ne peux rien y faire et dois le laisser passer, ce qui fait que je perds complètement la trace de Sofie. Elle fera certainement en sorte de ne pas se laisser dépasser pour ne pas se retrouver dans la file au moment des passages techniques. Fou de jalousie, je me rends compte que les membres des autres groupes montent avec un débit d’oxygène réglé à 3,5 litre alors que le mien l’est à 2,5. Comme ça je peux aussi aller plus vite, me dis-je. Peu de temps après nous arrivons au premier « step », le premier passage technique rocheux que nous devons vaincre. Alors que devant, dans un groupe, quelqu’un s’écrie qu’il n’est pas « Spider-Man », je parviens à le rejoindre. Ça me redonne du courage…En route pour le second « step » à 8500 m. Si je perds à nouveau du terrain dans les pentes « normales », je récupère du terrain dans les passages techniques. Je grimpe comme si j’étais au niveau de la mer car la nuit cache toute sensation de hauteur. Le soleil apparait vers 5h30’ et nous apporte une vue splendide sur la pyramide sommitale du Makalu qui pointe au-dessus des nuages.
Un bref instant magique...La sensation qui domine reste cependant de devoir lutter contre l’épuisement. Alors que je gravis un dernier monticule de neige, je pense être tout près du sommet et m’accroupis contre un bloc rocheux pour souffler mais Neema me relance…on est encore à une demi heure ! Tu parles d’un effet stimulant…mon « monticule » n’est une corniche qu’il faut gravir pour, ensuite, via un couloir rocheux et une dernière pente de neige pouvoir atteindre le sommet. Après un bon 9h30’ de grimpe, Sofie était là depuis au moins un quart d’heure à m’attendre. Pas d’émotion excessive; surtout la conscience qu’il nous faut encore tout redescendre, affronter le froid (il fait – 30) car ici, le vent est à son max ; il y a aussi un groupe de grimpeurs venant du versant sud qui occupe quasiment le sommet, nous empêchant de prendre de bonnes photos…Un instant au sommet du monde…et nous repartons !
Et là commence le plus excitant. La descente en quelques heures et en pleine lumière du jour de toute la traversée de la face Nord de l’Everest. Une vision à couper le souffle sur des vides inouïs…Avons-nous vraiment grimpé tout cela cette nuit ? Encore heureux qu’on n’y voyait rien. Les passages techniques semblent tout sauf être évidents à descendre. Les passages non techniques donnent l’impression d’être en équilibre sur des rochers recouverts de glace et munis de cordes restées des années précédentes, dans lesquelles on se prend les crampons et qui peuvent prêter à confusion ; partout des gouffres vertigineux…Non, ce versant nord est vraiment plus technique et dangereux que nous ne l’avions pensé. Bien qu’il nous soit offert des vues incroyables, nous n’osons ni Sofie ni moi prendre de photos, nos poches contenant les cameras étant de toute façon complètement gelées.
En somme, nous fonctionnons en mode survie. Par malheur il nous arrive régulièrement de tomber nez à nez avec des témoins réduits au silence pour l’éternité qui, à moins de vouloir rester auprès d’eux nous obligent à rester concentrés. Par respect nous ne les photographions pas non plus. Nous comprenons maintenant encore mieux qu’avant qu’il est si facile de faire un faux pas. C’est clair qu’il y aura encore dans les années à venir d’autres témoins pour l’éternité. C’est inévitable car même les super-sherpas ne peuvent rien faire pour vous aider à ces altitudes. D’ailleurs, Dawa, le sherpa de Sofie est tombé deux fois et n’a pu être sauvé que grâce à son assurage à la corde fixe. Bien qu’il soit très bronzé, il avait l’air plutôt pâle. Je suis, à mon tour, brusquement surpris par la chute d’un grimpeur. C’est un jeune qui est survenu derrière moi et qui s’est détaché de la corde ; il tombe juste à côté de moi et dévale vers le bas. Heureusement juste sur une pente neigeuse d’une dizaine de mètre, pas trop raide, mais qui se termine par un abîme de 2500 m. Il arrive à s’arrêter juste avant le rebord ! Je lui fais comprendre que cette montagne n’est pas une plaine de jeu mais manifestement ma communication ne passe pas. Plus tard, je le vois faire encore d’autres gestes peu subtiles. Trop jeune…ou affecté par l’altitude, qui le dira ?
Nous sommes de retour vers 13h30’au camp 3 à 8250 m. Il est un fait qu’on aimerait bien y rester coucher éternellement. Mais je me rends bien compte que ce n’est en aucun cas une bonne idée. Chaque heure passée au-dessus de 8000 m est une heure de trop. C’est surtout Sofie qui a besoin de beaucoup de persuasion pour poursuivre la descente mais à 16 h nous arrivons tout de même, à force de volonté, à partir vers le camp 2 (7700 m) que nous rejoignons couverts de neige à la nuit tombante. Nous n’arrivons même plus à prendre un peu de neige à faire fondre pour le diner.

Sofie:
C1: je me lève ce matin en ayant relativement bien dormi la nuit et pourtant, je n’ai aucune énergie dans les jambes ; faut-il que je monte ainsi au C2 ? Ça ne promet rien de bon ; jusqu’à ce que Dawa (le sherpa qui va m’accompagner durant l’ascension) m’applique le masque à oxygène sur le visage et insert la bouteille dans mon sac à dos déjà bien rempli. Malgré le lourd poids du sac, je sens immédiatement la différence ; instantanément j’arrive à faire davantage de pas avant de devoir m’arrêter et je tousse moins ; ça se présente bien. C’est la première fois que j’utilise de l’oxygène et je perçois maintenant la différence. La montée au C2 est belle avec vue sur le sommet et, à droite, le glacier de Rongbuk mais la monotonie de la pente neigeuse la rend aussi un peu ennuyeuse jusqu’à ce qu’on atteigne les rochers où l’on continue à zigzaguer en grimpant jusqu’à l’arrivée au C2 à 7700 m.
C2: le vent soutenu malmène la tente dans laquelle nous essayons de nous adapter à l’altitude sans recourir à l’oxygène; nous nous forçons à boire et manger en suffisance. Je téléphone encore rapidement pour avoir la météo et c’est feu vert ; il ne devrait pas y avoir trop de vent et aucune chute de neige. Ce qui est assez palpitant c’est quand on doit aller à la toilette le matin, c-à-d sur un petit rebord avec vue à la verticale 2500 m plus bas…
Ça dure une éternité avant d’être prêt et le simple fait d’enrouler un sac de couchage est tout bonnement épuisant mais, bien emmitouflés, nous partons en direction du C3. Le parcours est très changeant ce qui est procure une agréable sensation de variété mais le temps s’est quelque peu dégradé. De nombreux nuages et du vent nous empêchent d’apprécier la vue et nous donne déjà un avant goût du niveau de froid extrême qu’il peut faire sur l’Everest. C’est une vrai performance d’arriver avec nos grosses moufles à manipuler le matériel de grimpe attaché tout autour du sac, comme on le fait avec les petits enfants.
C3: le camp le plus élevé dans lequel notre sherpa installe la tente encore le plus haut possible avec une vue inouïe sur tout l’environnement ; waouh, on est à quelque 8200 m. Quand je coupe l’oxygène, je me sens comme un poisson sur le quai…c’est plutôt angoissant (quid si on tombe à court ?). Il ne faut pas vraiment compter sur beaucoup de repos; faire fondre de la neige durant des heures, manger (on n’a plus vraiment faim) et boire. Les nerfs commencent à se faire sentir ; dans peu de temps il faudra y aller, tout est préparé pour ça : j’enfile sous mon pantalon deux sous-vêtements thermiques et 4 couches pour le haut ; de même une paire de sous-gants dans les moufles et un balaklava pour garder ma petite tête au chaud.
Summitday: Nous sommes déjà réveillés à 21 h quand Neema vient nous annoncer qu’on part à 22 h. C’est à nouveau toute une aventure pour arriver à nous préparer. Le temps d’enfoncer deux petites bouteilles sous ma veste pour pouvoir m’hydrater et de mettre dans mon sac de nombreuses rations de gel énergétique dont j’aurai bien besoin et nous voilà partis. Paul prend la tête avec Neema et ça monte fort. Les pas sont grands dans la neige et je dois adopter une cadence régulière pour ne pas hyper-ventiler. L’air qu’on respire est si sec qu’il donne mal à la gorge; avaler est pénible. J’écarquille les yeux dans le noir et aperçois de petites lumières à ma droite quand tout à coup, je me rends compte qu’on est arrivé sur l’arête. C’est un soulagement car je ne voyais pas la fin de cette montée escarpée. Paul s’est arrêté et, au moment ou je veux le dépasser par en-dessous, je tombe nez à nez avec deux fesses belges…oups, ce n’était donc pas une halte pour boire .
On longe le bord supérieur de l’arête et je suis impressionnée par cette corniche de neige tortueuse qui marque le bord de l’arête Nord. La voie se réduit ici par moment à une fine lame jusqu’à ce que je tombe brusquement sur une paroi rocheuse sur laquelle des cordes fixes s’élèvent à la verticale; je suis arrivée au Premier Step.
C’est de la vrai varappe et c’est amusant de pouvoir une fois “réfléchir” à comment passer efficacement car, croyez-moi, tout effort implique ici de longues pauses pour pouvoir récupérer. Passé cette étape, je vois arriver derrière moi une ribambelle de petites lumières et je vais tout faire pour rester devant jusqu’au Second Step car j’en ai déjà beaucoup entendu parler et je n’ai vraiment pas envie de me retrouver bloquée dans une file...
La route se poursuit près de l’arête et Dawa me montre l’autre côté; j’aperçois des lumières sur l’arête sud ; ça c’est formidable !! On grimpe sur ce géant par deux côtés et voilà qu’on se voit mutuellement; c’est une sensation toute particulière et en plus on se rend compte alors de la taille énorme de cette montagne. Je reste en arrêt, le temps de bien assumer cet instant…
Je n’ai pas de montre et pas d’idée de l’heure qu’il est mais, en arrivant à “mushroomrock”, je sais ou je suis. C’est l’endroit où on peut échanger les bouteilles d’oxygène, ce qui signifie qu’on n’est plus loin du Second Step. Stef m’avait dit, quand tu arrives au second step, tu n’es plus loin du sommet ; ça m’encourage, je sais que j’arriverai au sommet !
Après l’échange de bouteilles, le temps de boire un coup et d’avaler un gel énergétique, on repart car la caravane des grimpeurs est de nouveau en vue. A un moment, ma frontale darde son faisceau sur une petite échelle, je crie à mon sherpa : second step ! J’ai beaucoup entendu et vu de choses à propos de ce pas mais cette vision est vraiment décevante : une échelle branlante pleine de cordes et des rochers glissants tout griffés par le passage des crampons…Quelle misère !
Je m’élève en poussant des jurons à travers cet enchevêtrement d’échelles qui brinqueballent dans tous les sens contre les rochers (ça ne ressemble vraiment à rien) pour arriver à une longue échelle, solidement fixée mais aussi encombrée de plein de vieilles cordes (ça ressemble un peu à Khan Tengri).
Une fois arrivé en haut, je sais que le sommet n’est plus loin ! L’aube pointe et petit à petit je commence à voir ce que je voulais voir: le Makalu, 8463 m, superbe ! Je m’arrête et l’admire longuement ; l’année dernière nous y étions et Jean-Luc y est à nouveau alors que moi je suis ici. C’est quand même comique comme les choses peuvent ainsi évoluer…
Et puis, il y a encore le 3eme step, une petite partie de plaisir en rocher mais pas sans danger ; quelques grimpeurs font dévaler tout un amas de pierre qui, heureusement pour nous, filent dans l’abîme, gloups.
Une fois le 3eme step passé, j’aperçois le pseudo-sommet enneigé que beaucoup prennent pour le vrai sommet mais je sais à quoi m’en tenir. A partir d’ici, la voie tourne à droite dans un couloir rocheux et on arrive alors sur une arête de neige pentue qui mène au sommet…encore un peu de patience donc. J’ai beau savoir que le sommet n’est vraiment plus loin, j’agonise sur cette pente de neige. Je n’ai plus aucune énergie, le coup de pompe et il me faut faire un énorme effort mental pour poursuivre dans cette neige qui se dérobe sous mes pieds. Heureusement cette éternité n’est qu’en pensée car après ce passage on se retrouve sur les rochers et, après les rochers, on arrive sur la dernière arête de neige, enfin !
Le sommet devient visible, de nombreux drapeaux à prière suspendus à une corde s’agitent dans le vent et je vois les gens s’agiter…je fais les derniers pas.
Je n’ai aucune émotion et en suis consciente...je soliloque; te rends-tu compte d’où tu es ? tu es sur le toi du monde ; combien de personnes peuvent vivre ça ? Et ces pensées m’arrachent quelque chose, les larmes s’écoulent…je regarde autour de moi et contemple le panorama comme je l’ai déjà vu en photo mais pas dans la réalité, c’est inimaginable.
Je trouve un petit coin pour m’assoir car il y a beaucoup de grimpeurs qui arrivent du versant sud. Je téléphone à la maison pour crier que je suis debout sur le toit du monde et me remets à pleurer. Tu l’as réalisé aussi et c’est merveilleux ! Quelle sensation unique, indescriptible, il faut y être pour comprendre 
Dawa prend quelques photos et j’aperçois des grimpeurs arriver par le versant nord; l’un d’entre eux à une doudoune de même couleur que la mienne; Paul est là !

Un instant plus tard nous nous retrouvons ensemble à partager ce bonheur mais il fait glacial. Il est difficile de prendre des photos car on a les doigts qui gèlent et filmer à 360° est impossible vu l’affluence. C’est donc un court moment jubilatoire suivi d’un long adieu .
J’attache le petit fanion de Stef à la corde des drapeaux de prière. C’est grâce à ton soutien, ton amour et tes mots d’encouragement que je suis ici, je ne peux t’être suffisamment reconnaissante, mon cœur. Se retrouver ici est un moment qu’on ne peut oublier et c’est ce genre de chose qui rend la vie si belle et pleine de valeur. Pour cela, il faut beaucoup s’entrainer, renoncer, y consacrer beaucoup de temps et mordre sur sa chique…il faut de l’abnégation, pouvoir s’abstraire du froid et de la douleur, avoir de la patience et supporter des situations…être flexible et garder un mental d’acier…et surtout ne pas oublier pourquoi on fait tout cela. Toujours s’émerveiller, se laisser surprendre en regardant de tous côtés ce paysage qui est magnifique ; de gigantesques formations glacières, un immense ciel étoilé, des tourbillons de neige poudreuse, les lumières dansantes des grimpeurs dans le lointain ; il y a tant de belles choses de par ce monde et la seule façon de les vivre c’est en y allant !
Honnêtement, je pense que je n’ai jamais du faire preuve de temps de renoncement que durant cette ascension mais cela en valait vraiment la peine. Cette façon de grimper n’était pas la plus réjouissante car, à dire vrai, je préfère grimper sans oxygène avec mes propres forces mais un 8000 a une énorme pouvoir d’attraction…il y a de quoi réfléchir.
Fie,

VENDREDI 20/05/2016…bienvenue au plus haut camp du monde !
Bienvenue au plus haut camp du monde ! Sofie et Paul sont arrivés au Camp 3, à quelque 8250 m,…il n’existe pas d’autre camping aussi élevé ! Il faut s’imaginer…une petite tente plaquée contre la face nord de l’Everest, sans dessus-dessous, dans laquelle on peut se reposer quelques heures, manger et penser à l’assaut final. Ils sont partis par vent froid et tenace mais ces dernières heures le temps s’est remarquablement amélioré et est même devenu agréable. Des dizaines de grimpeurs seraient arrivés au sommet (des chinois et des membres du 7SummitsClub), ce qui implique que les cordes fixes ont été installées…c’est pas trop tôt ! Malgré l’altitude extrême, ils sont enthousiastes et alertes. L’appétit est au rendez-vous et ils sont même parvenus à bien dormir la nuit dernière. Il n’y a pas beaucoup de grimpeurs qui peuvent en dire autant à une telle altitude . Une petite réserve cependant : Sofie s’est fêlé une côte à force de tousser et ça la gène très fort en respirant et en toussant. Il s’agit là d’une complication fréquente à cette altitude mais rien qui soit susceptible de l’empêcher de tenter le sommet. Des mois de préparation, des semaines sur la montagne, des jours à haute altitude,…et cette nuit, le résultat ! With passion… nothing is impossible…

JEUDI 19/05/2016...so far, so good !
Sofie et Paul viennent, il y a une petite heure (14h30’ heure locale) d’arriver au Camp 2 à 7700 m. L’ascension à pris 6 heures mais fut ralentie par des haltes camera et des vues superbes sur le Kala Pattar, le Pumori, le Cho Oyu et le Shishapagma…tous bien visibles et ensoleillés. Ils ont encore pu profiter du spectacle aujourd’hui. La dernière partie à travers les rochers était assez difficile en raison de la raideur, de l’altitude et d’un foutu vent qui est apparu vers midi. Ils en sont à présent au rituel journalier de commencer à faire fondre de la neige ce qui va les occuper encore un bout de temps. Fatigués mais très satisfaits, voilà l’essentiel de la journée.

MERCREDI 18/05/2016…du CBA vers le camp 1, 7050 m
Update à quelque 7000 m, Camp 1 : Sofie et Paul sont arrivés au premier camp d’altitude après une étape calme et régulière de 5 h. Ce fut un peu dur sur le flanc du col Nord mais ils avaient le temps et…les conditions météo étaient optimales : une belle journée ensoleillée ! Le grand groupe de grimpeurs qui se trouve au CBA semble s’être bien dispersé car au-dessus d’eux il y a déjà des dizaines de grimpeurs qui sont partis aujourd’hui vers le Camp 2 (les Chinois ?). D’autres partent demain et après-demain pour tenter le sommet après le 21 mai.
L’appétit est au rendez-vous avec d’abord une petite soupe et ils se lancent dans la préparation d’un solide repas. A titre d’info : pour obtenir un litre d’eau, il faut compter une petite heure pour faire fondre la neige…A vous de calculer le temps qu’il leur faut à deux .
N’attendez plus de photos d’eux dans les jours qui viennent car le laptop reste au CBA. Je mets ici et là quelques photos datant de 2007 : photo 1 : Col Nord, parois de 450 m sous le col ; photo 2 : vue de la voie vers le sommet depuis le Camp 1. Demain, nos deux grimpeurs monteront sur l’arête de neige à gauche jusque juste en dessous de la partie rocheuse où se trouve le Camp 2.
Namaste !

MARDI 17/05/2016
Ces derniers jours, Sofie s’est transformée en madame météo pour plusieurs expéditions. C’est tout de même surprenant que tant de groupes ne disposent pas de prévisions. L’amateurisme, le manque d’expérience de certains grimpeurs, même ici sur le versant nord à parfois de quoi surprendre. Sachant qu’on est souvent à plusieurs sur la même corde, on s’attendrait tout de même à un minimum de connaissance. Non, ils partent du principe que leur sherpas (souvent 2) s’occupent de tout. Une situation dangereuse. On dirait bien que certains se sont dit comme ça, un beau dimanche, que ce serait peut-être une chouette idée d’aller gravir l’Everest…
Durant notre dernier jour de préparation au CBA, nous nous sommes attelés à tester nos appareils à oxygène, à répartir nos rations de vivres pour les camps d’altitude et à régler les derniers détails ; nous avons aussi pu prendre notre dernier repas du soir (par rapport aux cinq prochains jours) avec un confort relatif.
Paul

J’ai passé ce dernier jour au CBA à vérifier la pharmacie, l’appareil photo, les vêtements, le matériel de grimpe, ce qu’il faut prendre ou ne pas prendre. Moins on en a, mieux cela vaut car chaque kilo va peser lourd les prochains jours. J’ai la route en tête et suis très curieuse de voir à quoi elle va ressembler dans la réalité. Le temps sera-t-il favorable ? Va-t-on jouir de belles vues ? Quel sera le niveau de difficulté ? Et quelle température ? J’en ai beaucoup entendu parler, beaucoup lu et même vu mais tout ça n’est rien par rapport au fait de le vivre soi même. Quelle chance unique de pouvoir réaliser tout cela et d’en être capable ; je pense qu’une fois au sommet, l’impression doit être écrasante…palper le toit du monde et le voir…ça parait irréel et pourtant nous y allons dans 4 jours, wauw !
Sofie

LUNDI 16/05/2016 ready ? set,...go !
La tension et la frustration sont au top. Tous les groupes sont presque arrivés au CBA et chacun veut absolument monter à présent. On s’échange les prévisions météo et on spécule sur les dates pour faire le sommet car tout le monde veut éviter les goulots d’étranglement durant l’ascension mais ça parait impossible. La fenêtre météo favorable du 19 au 22 mai n’est pas seulement courte mais elle doit d’abord permettre aux Chinois d’aller au sommet. Nous espérons y aller le 21, ce qui veut dire que nous partons après demain. Les chinois semblent s’être préparés aujourd’hui pour partir demain.
Paul

Par plusieurs sources (internet) nous avons confirmation de ce que nous disent depuis quelque temps Sofie et Paul: l’expé. Chinoise s’occupe de ses affaires sans aucune concertation et ne permet aucune participation. Ça semble être aussi la raison pour laquelle certaines grandes expéditions préfèrent éviter le versant nord et ce, malgré qu’il soit objectivement plus sur et peut être plus beau. Il en résulte que les cordes fixes seront « probablement » installées le 19 mai, je répète, le « 19 MAI » et que ce n’est qu’après le passage des Chinois que la voie sera libre pour les autres grimpeurs. J’ai tout de même pu déduire de leurs discussions par téléphone qu’ils sont en excellente condition et qu’ils sont impatients d’atteindre leur objectif. 1 jour de repos et 4 jours d’ascension les sépare encore du point le plus haut de la terre : 8848 m, rien de moins !
Yak

DIMANCHE 15/05/2016 Climbing is Fun ! yeah right...
Ce fut une nuit misérable: tant Sofie que moi-même avons l’air miteux ce matin, un peu dépressifs aussi; cette longue attente, cette vie sous tente depuis des semaines avec tout son inconfort et par des températures glaçantes, la nourriture monotone ; ça commence à laisser des traces physiques et mentales. Moi-même je n’ai dormi tout au plus que 3 ou 4 heures à cause d’apnées. C’est curieux que cela revienne après tant de semaines passées en haute altitude. Sofie, quant à elle, se sent plutôt fébrile. C’est donc d’une humeur plutôt fraiche que nous nous sommes mis en route vers 10 h pour aller jusqu’au pied du Col Nord (6600 m). On commence en avoir marre de tout le temps passé à monter et descendre pour maintenir notre condition et notre acclimatation. L’avantage, par contre, est qu’il y a des parties du chemin que nous pourrons gravir sans problème par mauvais temps ou même de nuit. Après une heure de grimpe, la sensation nauséeuse fait peu à peu place à un sentiment plus joyeux. Sofie et moi avons pour nous seul la vue sur tout le col nord. Personne aux alentours 
Sensationnel ! on a songé un instant à continuer...En fin de compte c’est tout de même pour ça qu’on est ici ! Mais nous savons qu’il faut rester raisonnable. Dans l’après-midi les pensées négatives ont fait leur retour. On est en route depuis le 25 mars déjà et nos proches commencent à nous manquer sérieusement. A présent qu’on est si près du but et que nous devrions être des plus enthousiastes, on se dit tous les deux : « que ça en finisse le plus vite possible », que ces foutus Chinois terminent leur travaille sur la pente sommitale afin que nous puissions aussi nous y mettre avant que nous ne devenions malades d’attendre.
Paul

SAMEDI 14/05/2016 another day at the office
Un jour de repos bien mérité à 6325 m avec un délicieux petit soleil et presque pas de vent; un délice après une nuit froide par moins 10 °C sous la tente. Nous avons passé la journée à lire ou, pour ma part, dans la matinée, à réinstaller la cuisine avec les sherpas ; creuser des tranchées, déplacer des blocs de pierre et bricoler pour faire des sièges. Sur la photo, on voit le CBA depuis la tente, vue sur l’Everest et le Col Nord, vue sur notre tente mess avec les petites tentes individuelles pour dormir et la cuisine (rénovée). Demain nous irons étirer nos jambes jusqu’à la paroi du Col Nord sur laquelle nous pouvons encore grimper pour nous acclimater car le jour de l’ascension finale se rapproche. Si tout se passe comme prévu, voici comment se présentent les prochains jours:
15 mai: acclimatation
16 mai: repos
17 mai : C1, 7050m
18 mai : C2, 7700m
19 mai : C3, 8300m
20 mai : summit day
Pour l’heure, il n’y a pas encore vraiment de stress mais, à partir de demain la petite bête va commencer à nous grater : choix du matériel pour le sommet et discussion quant à la gestion des prochains jours de grimpe ; en un mot : ça commence à chauffer
Sofie

CBA : pendant que Sofie aidait à réaménager la cuisine, je dévorais « No way down ». Le récit du drame qui s’est déroulé le 1/8/2008 sur les flancs du K2 et où 11 grimpeurs ont trouvé la mort. Je me souviens très bien que, ce jour là, je suivais les nouvelles de minute en minute sur le website de l’expédition Néerlandaise. C’était la première fois qu’on pouvait suivre « live » pour ainsi dire, ce qui se passait sur la montagne. Ayant moi-même, il y a deux ans passé une journée au camp de base du K2, je pouvais beaucoup mieux suivre le récit. Bon, ce n’est pas vraiment la lecture idéale quand on va soi-même quelques jours plus tard pénétrer dans la « dead zone » mais ça permet de se confronter à ses propres motivations et, surtout affirmer notre détermination de ne pas terminer ici sur une « plaque commémorative » ; ça n’en vaut vraiment pas la peine. On ne maitrise bien sûr pas le sort mais il est tout de même possible d’éviter beaucoup de ces risques. Entretemps, j’apprends que Jelle Veyt, un confrère Belge, est arrivé hier au sommet de l’Everest par le côté sud. Un énorme proficiat !! Il a même encore l’intention de refaire l’ascension mais cette fois, sans oxygène. Ici, sur le versant nord, nous espérons que les chinois atteindront le sommet le 19 mai de telle sorte que le 20, nous ayons notre chance.
Paul

JEUDI 12/05/2016...let the Games gegin...
Demain on y sera enfin; on va pouvoir partir pour le camp de base avancé (CBA). Il y a déjà si longtemps que je n’ai plus vu cette taupinière de près ni pu y mettre les pieds. Si il y a bien une chose qui m’a déçue dans cette expédition, c’est bien le peu de temps que j’ai effectivement pu passer sur la montagne. Tout cela vient du fait que nous avions planifié d’être plus rapidement au sommet mais tout cela est tombé à l’eau à cause des Chinois. J’espérais plus d’action et maintenant je reste à glander en attendant de pouvoir à nouveau petiner la neige avec mes crampons. Demain j’aurai toute la journée le sourire aux lèvres car nous pourons enfin réaliser ce pourquoi nous sommes venu ici : gravir le grand E. Cela va-t-il vraiment se passer ainsi ? Respirer cet air si rare et si froid qui te déchire les poumons, les nuits sans dormir passées dans les camps d’altitude, le craquement des séracs, les extrémités des doigts qui perdent toute sensibilité en raison du vent glacial, le soleil qui étincelle sur la neige ; j’aspire à pouvoir vivre tout cela jusqu’à ce que je puisse voir le soleil apparaître après une longue et froide nuit et que je sache alors que je suis presque au sommet…Demain nous serons au pied de ce géant, attendant la fenêtre météo qui rendra tout cela possible ! Je suis impatiente.
Sofie

JEUDI 12 mai: dernier jour au camp de base, jusqu’à nouvel ordre...
Un dernier entrainement (quelque 2 h jusqu’à un petit sommet latéral à 5630 m), un dernier rasage et lavage pour finir ensuite les dernières lectures : Spion in Tibet de Sydney Wignall et The Living Goddess d’Isabel Tree. Deux livres qui ne vous rendent pas vraiment joyeux quant au rôle joué par les Chinois au Tibet et au Népal. Cette expédition est malheureusement une leçon sur l’arrogance et l’hypocrisie des Chinois dans ce domaine mais j’y reviendrai.
C’était aujourd’hui le premier vrai jour ensoleillé. Un signe favorable pour notre départ demain ? C’est un fait que, depuis quelques jours, il fait plus chaud au camp de base. Tout n’est plus gelé le matin sous la tente. Ainsi, ce matin, il y avait -1 dans la tente, ce qui tombe bien. Ce qui est surtout ennuyeux, je trouve, ce sont les ouvertures du sac de couchage qui gèlent ; très agréable lorsqu’on tourne la tête. Mais demain commencent les choses sérieuses. Pour les dix prochains jours, ce sera tout ou rien.
Paul

MERCREDI 11 mai update par Paul
Camp de base: Avec Sofie j’ai reparcouru à titre d’entrainement et j’espère bien pour la dernière fois, le chemin aller-retour vers le camp intermédiaire. Nous espérons bien après-demain pouvoir le parcourir une dernière fois jusqu’au camp avancé afin de pouvoir y attendre le moment propice pour la tentative sommitale. Nous visons actuellement le 20 mai. Comme on peut le constater, cette date recule continuellement. Nous restons cependant tous deux en bonne santé (bien qu’on ait constamment l’impression d’avoir des jambes en coton) et ça c’est l’essentiel. Cet après-midi on a ramassé les habituelles chutes de neige ainsi que les – presque tout aussi habituelles - mauvaises nouvelles de l’un ou l’autre décès parmi les alpinistes partis sur un des 8000. A présent ce sont de nouveau 2 sherpas qui se trouvaient au camp 2 du Makalu – que notre ami Jean-Luc Fohal tente de gravir – qui sont bêtement morts d’étouffement sous leur tente. Il semble que celle-ci était insuffisamment ventilée. Il semble aussi qu’à notre camp de base un chinois ait aussi succombé mais ce n’est pas confirmé. Son groupe était ici pour faire une autre ascension. Ils sont repartis hier. On a aussi des meilleures nouvelles en provenance de 2 Tchèques pris par une avalanche sur une voie non classique du versant sud et qui ont pu être sauvés.

MERCREDI 11/05/2016 – le calme avant la tempête…
Si tu suis quelque peu toutes les expés, tu te rends vite compte que…c’est le silence radio. Tous ont bouclé leur tour d’acclimatation, certains comme prévu, d’autres avec peine et d’autres encore ont dû décrocher…
Contrairement à ce qui se passe les autres années (normales), on ne profitera pas de la première - courte et plus froide – fenêtre à moins qu’il y ait une tentative sommitale aujourd’hui ou demain. Tout le monde parle d’une fenêtre plus stable autour du 19 mai, même Paul et Sofie. Quelque ait été leur envie de quitter le CB pour entamer la montée, les conditions et les préparatifs logistiques ne l’ont pas permis. Ça fait 10 jours qui se sont écoulés au CB à 5200 m ; 10 jours pendant lesquels ils ont essayé de trouver l’équilibre entre effort dosé et repos. Mais l’objectif est toujours au rendez-vous et il est toujours réalisable (c’est un euphémisme !). Un de ces prochains jours, Paul et Sofie s’en iront vers le CBA et il n’y aura plus qu’à attendre le feu vert !
Salutations, Yak

LUNDI 9/05/2016: another day at the office
Encore une journée passée au camp de base. Et quant aux spéculations sur les infos d’hier, il ne reste pas grand-chose. Les Chinois ne semblent toujours pas avoir atteint le camp 3 et se reposent. Pas question de passer devant eux…Et ils vont sans conteste rater la première « fenêtre » pour atteindre le sommet. Selon les prévisions météo, ça ne s’annonce pas terrible avant le 20 mai…Les Chinois et leurs 8000 finiront par me traumatiser.
J’ai passé la matinée à m’entrainer dans la neige. Cet après-midi lecture pour moi et poker pour Sofie. Pour le reste, j’ai trouvé le temps nécessaire pour réparer mes mitaines. Ce soir, nous sommes invités sous le Dôme des Russes pour une « party ». Tant qu’à faire, nous devons de toute façon glander.
Paul

DIMANCHE 8 mai: camp de base
Un drôle de jour de repos durant lequel nous pouvions constamment passer du T-shirt à la doudoune au rythme des éclaircies et des rafales de neige venteuses. L’envie d’aller s’entrainer frisait le néant. Aussi bizarre que cela paraisse, c’était le jour idéal pour relire d’une traite « revival » de Stephen King tandis que Sofie se perfectionnait au poker avec notre sirdar.
LA nouvelle du jour : on allait repartir plus haut mardi ou mercredi, si tant est que les prévisions météo ne viennent pas tout chambouler dans les prochains jours. Le but étant de tenter le sommet le 15 ou le 16 mai. Mais tout cela est hautement spéculatif. La nouvelle c’est simplement qu’il y a manifestement…du neuf.
Paul

SAMEDI 7 mai : camp de base
Ce matin, Sofie est partie 2 heures faire du jogging en direction du camp intermédiaire. De mon côté, je me suis balader quelque 3 heures durant. Ça fait déjà une semaine que nous sommes « coincés » au camp de base. Ça pourrait encore durer quelque temps avant que nous puissions à nouveau monter plus haut. Priorité aux Chinois…Et des prévisions météo pas des plus réjouissantes. Le mot d’ordre : être patient et essayer de rester en condition ! C’est pas donné à tout le monde. Dans une des autres expéditions, un australien a carrément perdu la boule. Il vient d’être reconduit à Shigatse, à une journée de voyage d’ici, pour récupérer. Un nombre non négligeable de participants des expéditions plus onéreuses font de même et sont partis pour quelques jours afin de profiter d’une chambre d’hôtel chaude avec lit, douche et TV. Même les sherpas de l’expédition Chinoise le font. C’est un fait que vivre dans le gel permanent, sur des pentes venteuses et demeurer coucher sous la tente, ça laisse des traces mais bon, ça fait partie…
Il faut nous excuser du fait que cette dernière semaine on ait eu quelques problèmes à transmettre des photos. On n’y arrivera probablement pas avant d’être à nouveau dans des camps plus élevés. C’est un peu paradoxal.

MERCREDI 4/05/2016 :
Je suis couchée dans ma tente après le lunch de midi, le soleil a disparu, le vent joue avec la tente et d’ici peu le temps va fraichir et il devrait neiger légèrement. Les jours au camp de base se ressemblent presque toujours. Aussi bizarre que ça ait l’air, il est difficile de se détendre. Il y a tellement de questions et d’incertitudes. Combien de temps devons-nous attendre ? Si ça dure trop longtemps, nous allons perdre notre acclimatation. La décision ne dépend pas de nous. L’équipe chinoise responsable du placement des cordes fixes sur le versant nord doit tenir une réunion le 8 mai. A ce moment sera décidé qui peut monter et quand ; tout cela sans compter la météo ! Quand s’ouvrira la meilleure fenêtre qui nous donnera une chance d’aller au sommet ? Des mois de préparation, d’entrainement, d’organisation ont passé, des semaines de voyage, des journées de grimpe et maintenant, des jours à attendre. La patience est très importante, l’acceptation de tous les facteurs externes sur lesquels on n’a pas prise et, en même temps, être prêt, mentalement et physiquement. Donner du repos à mon corps et lui permettre de reprendre vigueur. C’est ça grimper en expédition ; à tout moment trouver le juste équilibre et être prêt à aller de l’avant, pour asséner un dernier coup épuisant…Je te vois trôner tous les jours, imposant et impressionnant. J’aspire à escalader tes flancs et à découvrir ce que c’est que se retrouver si haut sur le toit du monde. Encore quelques jours de patience, peut-être quelques semaines et on y sera. J’emporte toute mon expérience, toute ma force de volonté, tous les soutiens, tout l’amour jusqu’au plus haut sommet et retour. Quel chance j’ai d’avoir un gentil homme à mes côtés, d’avoir mes parents et tous mes amis qui me soutiennent ! C’est ça vivre, c’est découvrir et apprendre, jouir, donner et prendre.
Sofie

MARDI 3/05/2016 – Update depuis le BC
Dimanche 1er mai; de retour au camp de base et malgré la fête du travail, nous ne sommes pas resté à chômer. Partis vers 8h45’ pour une longue descente dans la poudreuse sur un terrain glacière très irrégulier. Nous devons vous signaler que nous avons localisé la maison du Yeti mais il n’y était pas de sorte que – une fois encore – toute preuve fait défaut. Nous feront analyser les photos de la grotte de glace par des spécialistes. Après 7 heures de marche incluant une courte pause pour le lunch, le camp de base était enfin en vue. La neige avait entretemps fait place à une discrète apparition du soleil.
Bien qu’il fasse y froid, c’est tout de même autrement agréable ici que là haut. Notre corps se sent tout de suite mieux. Ça nous surprend tout de même un peu de voir à quel point une grosse semaine passée à plus de 6000 m affaiblit notre corps. On s’attend à de nombreuses chutes de neige dans les trois jours qui viennent… Le repos nous fera du bien.
mardi 2 mai: camp de base
Etonnamment, le premier jour de repos débuta avec du beau temps. Profitant du soleil, nous avons fait, Sofie et moi, notre lessive et pris une « douche » oh combien nécessaire. Vers midi mes caleçons étaient tout raides…malgré le soleil, il gèle donc apparemment toujours ; venant 2 jours plus tôt de -22 degré au col Nord on se sent agréablement au chaud ici.
Le lunch terminé, nous nous sommes retirés sous la tente. Après avoir approfondi la question de la première guerre afghane, j’essaie à présent de comprendre un peu mieux l’énigme de la Chen Kumari, la déesse népalaise vivante ainsi que sa vie sur le Durbar Square à Kathmandu. Je ne suis pas arrivé très loin aujourd’hui. J’ai un sérieux besoin de sieste. Sofie, quant à elle, s’est maintenue éveillée avec Stephen King.

MARDI 3 mai: camp de base
Ce deuxième jour de repos a commencé par beau temps ce qui me permet d’en profiter pour aller à la reconnaissance d’une vallée latérale en remontant la rivière gelée. Un peu « chaud » ! Quelques sympathiques exercices de grimpe en rocher s’offrent à moi mais après un examen plus rapproché, ces rochers m’apparaissent bien trop dangereux de par leur forte érosion. En outre, avec tout notre matériel de grimpe au camp de base avancé ou au camp 1, il n’est pas possible d’entamer quoi que ce soit ici. Ce petit trek me rappelle aussi que j’ai besoin de récupérer. Je me sens toujours vidé. Pour la même raison, Sofie ne m'a pas non plus accompagné cette fois ci et en outre elle souffre de diarrhée.
Tandis qu’il s’est mis à sérieusement neiger cet après-midi et que Sofie s’affaire dans la cuisine (comme une femme enceinte, je suis en attente d’un poulet façon grand-mère), j’ai lu pour la première fois depuis des années le journal Humo d’un bout à l’autre. Je suis à présent parfaitement au courant de tout ce qui se trame à la TV flamande. Très utile ici.
NB : après cette expé, doit s’ouvrir à Bertem « Comme chez Sofie » avec des plats typiquement belges. Une clientèle d’Indiens et de Tibétains est déjà assurée.
Paul

LUNDI 02/05/2016 Update
Sofie et Paul sont arrivés hier au CB après 7 h de descente. Aujourd’hui petit coup de nettoyage : tant du corps épuisé que des couches de vêtement qui, ces derniers jours, le protégeaient du froid. L’air « épais » fait du bien. On aspire avec impatience chaque molécule d’oxygène. La météo aussi suit le programme prévu…légères chute de neige, nuageux mais plus chaud et peu de vent. Les « sumitters » essaient aujourd’hui encore de transmettre quelque chose de personnel.

SAMEDI 30/04/2016 – Update par Paul
Vendredi 29 avril: montée au camp 1 (7000 m).
C’est un peu comique : le camp 1 se trouve à la hauteur de la plupart des derniers camps des autres 8000. Dans la réalité il s’agit tout de même de notre troisième camp après le camp de base mais le fait que la numérotation commence si tard donne bien une idée de l’échelle de l’Everest.
Nous sommes partis à 9 h en direction de la face nord que nous avons atteinte vers 11 h. Alex était déjà hors de vue depuis longtemps de même que Aparna et Rohul mais eux, c’était en regardant derrière nous. Nous recevons encore quelques conseils gratuits de Kary Kobler alors que nous sommes en route vers le col Nord. Kary est une légende suisse de l’Everest, 16 fois au sommet avec ses clients si je ne me trompe (et lui-même 5 fois) et un des plus importants organisateurs d’expéditions (de luxe). A 62 ans il rayonne encore de santé. Il trouvait que nous étions trop chargés et que nous devrions laisser en bas nos piolets et quelques autres accessoires. C’est compréhensible dans une perspective orientée purement « client » dans laquelle on se soucie de tout. Mais sans son matériel, Sofie n’aurait pu, il y a deux jours, venir en aide à un grimpeur qui rencontrait des problèmes et moi-même, sans mon piolet j(aurais perdu mon appareil photo aujourd’hui.
Il est un fait, bien évidemment, que Sofie et moi devons tout hisser nous même à l’exception de la tente, du gaz et de l’oxygène. Ceci donne déjà un tout autre éclairage mais les clients de Kobler ne portent pas grand-chose de plus qu’un vêtement de jour supplémentaire et leur boisson.
L’ascension présentait déjà tout ce à quoi on pouvait s’attendre en termes de parois de glace et de neige avec de temps à autres de splendides parcours sous les séracs et entre les crevasses. Toujours raide avec quelques sections à 70 ou 80 degrés. Plutôt beaucoup de glace vive et peu de neige. Nous étions partis, Sofie et moi, pour tenir un relativement bon rythme. Ça veut dire 5 à 10 pas suivis d’une respiration. On suivait en fait la trace de Kary Kobler et ne devions dépasser personne. Nous sommes arrivés vers 14h40’. Les derniers 100 m s’effectuèrent dans la profonde. Amusant qu’il faille encore 5’ pour parcourir les derniers mètres qui nous séparent de la tente sous les encouragements d’Alex. Il devait bien être arrivé à 12 h lui ! un peu hors norme mais je pense qu’il faut bien l'être quand on ambitionne de gravir l’Everest sans oxygène. Il nous a encore fallu attendre jusqu’à 17h30’ pour voir arriver Aparna et Rahul. Juste à temps pour plonger sous la tente avant la tombée de la nuit et se réchauffer un peu. En atteignant le camp 1 ils ont tout de même fait preuve de caractère.
Sofie en tant que meilleure chef de l’endroit avait entretemps déjà fait fondre de la neige et servi un potage minute. Impossible pour moi d’avaler plus de trois cuillerées. Après chaque lampée de cette soupe aux nouilles fort épicée il me fallait avaler un bonbon aigre-doux pour faire passer le chilly. Menu plutôt original. Nous ne sommes pas parvenus à absorber un de nos menus préparés faute d’appétit.
C’est une nuit “inoubliable” qui nous attendait. Le matelas de Sofie et le mien carambolaient continuellement l’un contre l’autre en raison du sol irrégulier de la tente. En outre, il gelait si fort que cela craquait de toute part sous la tente. La plupart du temps je ne porte quasi rien dans mon sac de couchage mais, à présent, 2 polars suffisaient à peine et garder les doigts hors du sac était synonyme de doigts gelés. Sofie toussait sans arrêt et je n’arrêtais pas de me retourner à la recherche d’une position de sommeil confortable. Le fait que la bouteille à pipi fut déjà gelée à peine une heure après un premier usage n’arrangeait rien bien évidemment. Il fallait à chaque fois essayer de la dégeler suffisamment sans risquer de réveiller le compagnon de tente.

SAMEDI 30 avril : camp 1 et retour à l’ABC
Après une nuit “rafraichissante” et après avoir chassé toute la neige entrée dans la tente (tout était gelé), nous avions initialement l’intention de grimper plus haut encore quelques heures mais, vu qu’il n’y avait encore aucune corde installée au-delà du camp 1 et que les Chinois ne voyaient pas d’un bon œil que d’autres s’en chargent, nous sommes donc redescendus. Toujours au camp 1, et juste avant de partir, nous avons encore sursautés en entendant nettement un « craquement » venant d’en-dessous. La descente fut un plaisir avec plein de rappels. Arrivés sur le plat du glacier nous nous sentions tout de même déjà bien vidés. Ce n’était peut être pas plus mal que nous ne soyons pas montés plus haut ce matin.
Ça fera du bien de laisser nos corps quelque peu se reposer de tous ces efforts en haute altitude. Demain nous redescendons au camp de base car on annonce du mauvais temps. Nous sommes ainsi arrivés à la fin de notre seconde période d’acclimatation. Il est temps de soigner cette toux, cette peau desséchée, cette langue râpeuse et tous les autres petits maux dont nous souffrons avant d’entamer peut-être la phase finale !

VENDREDI 29/04/2016:
Advance Base Camp (AVC) vers Camp 1, 7010 m
Bref update via téléphone satellite : Sofie et Paul sont arrivés au C1, 7050 m, sous des conditions météo resplendissantes. Ils font fondre de la neige pour pouvoir cuisiner. Ils vont examiner tout à l’heure les conditions plus haut pour demain car, pour le moment, il n’y a pas encore de cordes fixes installées au-dessus du Col Nord. Le temps devrait rester stable jusque dimanche midi et le vent se calmer. On prévoit par contre un paquet de neige pour la semaine prochaine. Paul

JEUDI 28/04/2016,
longue journée au camp de base avancé (ABC)
On attend des conditions moins venteuses. Durant les 3 jours qui viennent nous montons au camp 1, ensuite au camp 2 avec retour immédiat au ABC et de l’ABC probablement vers le camp de base. Après plus d’une semaine au-dessus de 6250 m nous allons pouvoir à nouveau nous « réchauffer ».
L’Everest garde provisoirement ses portes fermées. Le vent et le froid ont empêché quiconque jusqu’à présent de fixer des cordes fixes au-dessus du camp 1 (7100 m) sur le versant Nord. Du côté Sud, il est provisoirement impossible de dépasser le camp 2 (6500 m) à cause d’une avalanche venue de la face nord du Lhotse.
La montagne apparaît splendide mais je dois reconnaître qu’avec le vent actuel je n’ai pas la moindre envie de monter. J’ai rarement eu si froid. J’ai rarement rêvé si fort que ma tente n’était pas assez robuste pour tenir.
Il faut espérer que cela ira mieux demain. Ce soir le temps à l’air de se calmer.
J’ai surtout passé la journée à lire et rêver tout éveillé ; par vraiment inspirant. Je lutte un peu contre l’ennui et les idées noires. Grâce à Alex on a tout de même tous trois pu visionner un film sur une petite tablette Samsung ; ça rompt quelque peu la monotonie ! Paul

MERCREDI 27/04/2016
Acclimatation vers le Col Nord
Pour certains c’est le but ultime, à savoir gravir un sommet de 7000 m. Pour nous, c’est un pas de plus dans notre acclimatation. Un pas qui pour moi n’a pas été un succès. Je trouve que mon matériel m’a un peu foutu dans la « m ». La montée jusqu’à « crampon-point » s’est en soi bien déroulée malgré le vent violent mais depuis le début j’avais froid aux extrémités des doigts. Je portais pour la première fois mais gants normaux goretex mais ils sont inefficaces. J’avais laissé à la maison ma paire précédente trop usée mais cette paire-ci est une catastrophe. Même mes gants fins sont meilleurs. Au CPP (NDT : crampon-point ?), je n’ai rien pu faire d’autre que de mettre temporairement mais moufles pour ramener mes doigts un peu à la vie et parvenir à mettre mes crampons. C’est la première fois que ça m’arrive à une telle altitude. Même la combinaison Goretex plus gants fins n’a pas donné de résultats alors que le vent continuait à augmenter. Régulièrement nous devions rester arc-boutés en position d’arrêt pour ne pas être soufflés en bas de la montagne. Entretemps je me retrouvais bien en arrière par rapport à Alex qui était arrivé au pied de la paroi nord. Bien qu’il y eût 6 personnes sur la paroi, je commençais personnellement a sérieusement douter de la réussite possible de notre ascension du jour. Lorsqu’Alex, rapidement revenu du pied de la paroi, m’annonça que le vent était simplement trop fort pour poursuivre en sécurité, je suis redescendu avec lui. Sofie, accompagnée de 2 sherpas restèrent quelque 200 m derrière nous. Elle pensait que ce n’était probablement que temporaire et elle a vraisemblablement eu raison. Elle est du reste toujours en chemin alors qu’il y a déjà une heure et demie que je suis de retour au ABC. Lorsque j’y suis arrivé, j’ai dû en outre me rendre compte qu’un de mes verres solaires avait disparu. Envolé…Il me semblait bien que je voyais flou ! « M » alors !
Je vais devoir poursuivre l’ascension avec mes lunettes ordinaires et mes lunettes de ski. Ah si je les avait testées comme les fois précédentes même si cela devait me donner un air ridicule.
Quant à la problématique des gants, il va falloir que je la résolve autrement. L’un dans l’autre donc, une journée à l’eau pour moi et, espérons le, un grand succès pour Sofie mais je pense que la décision de redescendre était la meilleure pour moi sachant que mes doigts me font toujours souffrir et, connaissant l’expérience d’Alex…, pour le même prix, le vent aurait pu encore prendre davantage de vigueur. La route vers le sommet est encore longue. Sofie arrive vers 15 h dans la tente mess après une lutte de 6 heures contre les éléments. Elle est arrivée à une heure du C1 à 6850 m. Excellente prestation et un plus pour son acclimatation. Plus elle montait plus faible était le vent ; du tout bon donc. Histoire de me remonter le moral ce soir, elle a attaqué le jambon, bon appétit! Paul

Ce matin j’avais mis mes lourdes chaussures de montagne dans mon sac à dos et il me fallait donc davantage de temps à “Crampon Point” pour être prête pour la marche sur glacier. Paul, Neema (sherpa) et Alex étaient déjà sur le glacier. Le vent tentait déjà de nous renverser et nous nous retrouvions parfois sur la glace vive de sorte que je ne regrettais pas le piolet. Lorsque Paul, Neema et Alex me croisèrent (ils faisaient demi-tour en raison du vent) je pris la décision, en accord avec mon sherpa, de poursuivre jusqu’au pied de la voie. Nous pouvions nous aider d’une corde fixe qui se balance au vent et, avant même de nous en être rendu compte - moi en tout cas – nous nous retrouvions un bon cran plus haut le vent s’étant quelque peu calmé. Nous décidons alors de poursuivre en fonction de celui-ci ; s’il augmente, nous redescendons. Il fait magnifique, le soleil étincelle sur la neige blanche et nous avons plaisir à pouvoir grimper. Superbe séracs, de temps à autre une crevasse à traverser ; une route très variée. Mon sherpa a un contact avec le camp de base avancé (ABC) et il est décidé de ne pas aller jusqu’à C1 pour ne pas revenir trop tard. Nous prenons des photos, filmons et profitons à 200 % malgré l’usure physique (pour info : mon contrôleur de rythme cardiaque indique 149 en moyenne avec des pointes à 158 ; tout baigne !) Arrivé en un point de dépôt (6850 m), nous nous arrêtons pour manger et boire un coup avant d’amorcer la descente vers l’ABC et ce, sans un souffle de vent ! Quelques instants plus tard apparaît le frère de sherpa Dawa qui redescend et nous décidons de poursuivre ensemble. Tout cela va très vite jusqu’à ce que nous rencontrons un grimpeur qui est complètement hébété, ne sait plus comment s’y prendre, tombe, perd un crampon et reste, sans aide, pendouiller à la corde. Avec l’aide des deux sherpas nous arrivons à le ramener sur le plat du glacier mais il apparaît clairement que cet homme devrait s’acclimater encore un peu à plus basse altitude !
Je suis vraiment satisfaite de cette journée et je vais prendre demain une journée de repos pour ensuite définitivement grimper au C1 et passer une nuit à 7050 m.
Sofie

Après avoir réussi le Gasherbrum II sans oxygène  en 2014, Paul Hegge frappe fort…il est arrivé avec Sofie ce samedi matin a 7h30 au sommet de l'Everest! Ils nous racontent...