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RANDOS, SUSHI ET KANJIS AU PAYS DU SOLEIL LEVANT

Soumis par MARTIN Lambert le 19 November 2017

 

Fin de l’année 2016, Régine nous propose de découvrir le Japon pendant les grandes vacances, une île mystérieuse à l’autre bout de la planète.  Grande voyageuse, elle a déjà été 3 fois au pays du soleil levant et étudie le japonais depuis plusieurs années.  Gros avantage, car au Japon l’anglais est peu utilisé, à l’exception des grandes villes, et encore !! Dans les gares, les magasins et les restos, tous les affichages sont en « kanjis » la fameuse écriture japonaise,avec parfois, en tout petit, et quand on a de la chance et de bons yeux, la traduction en anglais.
Avec les jeux olympiques de 2020 cette situation devrait s’améliorer avec l’apparition de nombreuses traductions.
À l’aéroport international du Kansai à Osaka : Régine, Gisèle, Babeth et moi sommes immédiatement plongées dans la démesure du Japon. L’aéroport est construit en pleine mer sur une île artificielle, un pont métallique de 3 km le relie à la terre ferme.
Régine nous a concocté un programme ambitieux  pour trois semaines : une semaine à Kyoto de tourisme/rando, une semaine de randonnée dans les alpes du Sud et une semaine de tourisme à Tokyo avec ascension possible du mythique volcan, sommet du Japon, le mont Fuji.  ???

SHINKANSEN
A l’évidence, les Japonais se déplacent beaucoup en transport en commun et nous avons rapidement été séduits par la qualité, la rapidité et l’efficacité  de ceux-ci, que ce soit en train, métro, bus ou bateau. Le Shinkansen est le train à grande vitesse qui traverse le Japon de long en large.
Dans les gares, qui sont parfois gigantesques, la difficulté principale est de trouver le bon quai, le bon train et la bonne sortie ! Notre précipitation nous a valu quelquefois des situations amusantes: un départ dans un mauvais sens ou un express dont le premier arrêt est à 40 km alors que nous devions prendre un omnibus qui devait nous déposer à 5 km !  A ces petits inconvénients une parade infaillible: Régine nous avait pris un  « Japan rail pass » pour une durée de 20 jours avec un accès illimité sur la plupart des trains, bus et métro…qui permet, non seulement de repartir en arrière si nécessaire, mais aussi de voyager un peu partout très rapidement.

KYOTO ET LES RANDOS SHINTO
Grâce à son patrimoine culturel,  Kyoto, capitale impériale du Japon de 794 à 1868, est une des rares grandes villes japonaises à ne pas avoir été bombardées par les américains en 40-45.
La monumentale gare de Kyoto est la porte d’accès principale à la ville. Le hall, d’une hauteur de 70 m, est bordé, d’un côté par les quais, et de l’autre par un complexe de restaurants, magasins, hôtels de 11 étages. Un escalier magistral et des escalators mènent de part et d’autre vers des jardins en toiture avec vue panoramique.
Les collines qui entourent Kyoto sont recouvertes d’une végétation luxuriante qui se développe sur des coteaux raides, aux noms enchanteurs de «mont de la Sagesse» «mont de la Grotte d’Amour», «la cité des Ruisseaux de Cristal», «la cité des Montagnes Violettes». De belles occasions pour les randonneurs.
Difficile à Kyoto de séparer la randonnée de la religion, les deux sont intimement liées, les randonnées étant souvent des lieux de pèlerinage.

Fushimi-Inari Taisha, le sanctuaire shinto aux 10.000 toriis
Pour nous mettre en jambe, Régine nous fait découvrir au sud de Kyoto le plus grand sanctuaire shinto du Japon, construit en 711 et dédié à Inari la déesse du riz, un lieu très fréquenté.  Après la visite des temples, nous nous engageons dans une randonnée  qui monte sur une colline à travers bois en empruntant des marches sous des milliers de torii, portiques en pierre ou en bois peint en rouge.
Rapidement la pente se redresse, la foule et les toriis se clairsèment, une belle vue sur Kyoto à un détour de chemin et nous entamons la boucle qui conduit à un petit temple shinto qui marque le sommet « Inariyama 233 m ». A la descente on est inspiré par une trace à droite qui nous écarte sensiblement de notre point de départ. Le temps de se rendre compte de notre erreur, nous sommes déjà au pied de la colline et, une gare plus loin, nous avons doublé le temps de la rando.

Shan no Bian na Dao
Une balade de 15 km dans la campagne au sud de Nara, sous un soleil de plomb et pas le moindre petit arbre pour nous abriter. Les parapluies sortent du sac.
De Kyoto en train jusqu’à Tenri en passant par Nara.  De la gare nous traversons l’agglomération vers l’Est pour recouper le chemin historique « Shan no Bian na Dao ». Après un premier lieu sacré, le chemin quitte rapidement la forêt qui nous abrite du soleil  pour  descendre plein sud  dans la campagne japonaise en passant par une succession de petits faubourgs entrecoupés de temples, tombes royales et cimetières jusqu’à la gare de Makimuku. Le chemin est dans l’ensemble bien balisé et très peu fréquenté.
Daimonji Yama 450 m

A L’Est de Tokyo, l’ascension du mont Daimonji est l’occasion de se préparer aux alpes du sud. Au départ du Pavillon d’argent, une rude montée par des escaliers dans la forêt débouche sur une terrasse avec un temple shinto et un beau panorama sur Kyoto dans la brume matinale. Un petit escalier très raide donne accès à une longue arête boisée qui même au sommet…juste une pierre levée et une vue dégagée. Pour la descente, nous  traversons la colline et,  par un chemin raide passant par un cimetière de pierre levée,  nous rejoignons le célèbre « chemin de la philosophie ».  
Nous remontons le long d'un canal qui permet de rejoindre à pied les temples Eikan-do Zenrin-ji et Ginkaku-ji (le Pavillon d’argent). C’est la balade Zen de Kyoto.
En 1483, l’empereur Yoshimasa ayant pris sa retraite fait construire le Pavillon d’Argent et ses jardins suivant les enseignements de la philosophie Zen.

Atago Yama 924 m
Pour clôturer notre entraînement, Régine nous propose une bonne journée de rando avec l’ascension de la montagne Atago et la remontée de la rivière Qing Long Chuan. Train et bus nous déposent au village de Kiyotaki. Marche et végétation luxuriante sont à nouveau de la partie. Plus on monte, plus les signes religieux se succèdent : torii rouge, escalier large et allée bordée de toro (lanterne de pierre). Nous sommes presque seuls dans ce décor magique. L’arrivée au sommet est tout aussi surprenante : pas de vue panoramique mais un escalier monumental donnant accès à un grand sanctuaire shinto ! Un moine vaque à ses occupations tandis que quelques randonneurs visitent les lieux en silence.
Marqué par un petit torii, une trace entre les arbres marque le chemin de descente. Suivant d’abord une crête, le tracé plonge tout à coup dans la ligne de pente en direction de la rivière 900 m plus bas. Remontant celle-ci sur environ 7 km, un bon chemin et quelques ponts  nous amènent au petit village de Takao. Une dernière montée rude et nous trouvons un arrêt de bus bienvenu qui nous ramène à la maison.

NARA
Nous prenons une journée de détente pour visiter Nara la capitale impériale du Japon de 710 à 784. Le parc de 502 ha inscrit au patrimoine mondial de l’humanité,  propice à la rando, abrite des temples et palais impériaux remarquables et….des cerfs apprivoisés en liberté !

LA MAISON JAPONAISE
Avec « Airbnb », nous vivions dans des maisons « Japonaises » où il est indispensable de se déchausser et de laisser ses souliers à l’entrée. Les pièces ne sont pas très grandes, peu éclairées et séparées par des portes coulissantes légères. Une pièce de vie équipée d’une table basse et de quelques coussins et les chambres sont pourvues de Tatami et Futon. Quelquefois la pièce de vie et les chambres se confondent; il suffit alors de pousser la table dans un coin et de sortir les matelas d’une armoire cachée.
Toutes les pièces sont équipées de conditionnement d’air sophistiqué avec mode d’emploi en japonais bien difficile à déchiffrer. Les japonais font preuve d’une ingéniosité remarquable pour équiper la salle de bain dans un espace minuscule! Le WC est équipé d’une planche chauffante, jet d’eau, musique au choix etc. et bien sûr mode d’emploi en kanji.

KOYA-SAN
Avec armes et bagages nous quittons notre logement de Kyoto pour une semaine dans les alpes du sud. Monsieur Mitsuo notre hôte, qui a été charmant toute cette semaine, nous dépose une dernière fois à la gare.
Avant de quitter la région de Kyoto, nous faisons un détour par Koya-san  pour passer la nuit dans un temple/auberge. Ambiance garantie, kimono et pantoufle obligatoire, méditation et jardin japonais, repas traditionnel et bien sûr les fameux onsen, les bains de source d’eau chaude.
Perché en pleine forêt sur un plateau à 800 m d’altitude au pied de 8 sommets, Koya-san est un haut lieu du bouddhisme Shingon comprenant 117 temples. On accède à ce sanctuaire très touristique par un spectaculaire train à crémaillère à partir de la station Gokurakubashi. Le lendemain nous quittons Koya-San sous la pluie et 600 km plus loin, après une journée complète de train, nous arrivons à Kofu ou nous préparons nos sacs de rando pour le lendemain. C’est là que Babeth constate avec horreur qu’elle a oublié ses souliers de rando à l’entrée de l’hôtel de Koya-san !!

LE KITADAKE ET LES ALPES DU SUD
Qu’à cela ne tienne, elle décide de partir en sandales ! Après plusieurs heures de bus sur une route aérienne à flanc de coteaux, nous débarquons au début de l’après-midi  au pied du mont Kita. Culminant à 3.195m, le Kitadake est le 2me sommet du Japon. Les alpes du sud qui s’étirent sur une dorsale de 38 km de long et sont équipées de nombreux refuges et sentiers bien balisés (en japonais) permettent de belles randonnées de plusieurs jours. Dominant le Japon, 56 km au Sud-Est, le cône parfait du Mont Fuji culmine à 3.776m. C’est sous une pluie battante que nous entamons la rude montée d’une crête boisée qui nous conduit au 1er refuge 730 m plus haut à 2.250 m. Les mains s’accrochant à des racines ou des échelles branlantes sont nécessaires pour franchir certains passages. Heureusement la pluie diminue d’intensité et disparaît à l’approche du refuge où nous sommes chaleureusement accueillis. Les refuges sont assez semblables à nos refuges européens, à quelques exceptions près!
Le lendemain, nouveau départ sous la pluie pour monter au second refuge qui se trouve 150 m sous le sommet à 3.040 m. Après avoir dépassé une prairie avec un petit lac, la pluie s’arrête et le chemin se redresse dans une végétation clairsemée, laissant de-ci de-là apparaître des langues de neige glacée. Encore un grand névé avec de bonnes marches, et un vent violent nous cueille sur l'arête sommitale. Une longue crête de roche et de pente herbeuse permet d’atteindre le petit refuge blotti au pied du sommet. Le vent redouble d’intensité et le ciel plombé laisse filtrer de temps en temps un rayon de soleil. Babeth fait sensation avec son bermuda et ses pieds nus dans les sandales auprès des quelques randonneurs que l’on croise. Il faut dire que ceux-ci sont très bien équipés: soulier Népal Top extrême, guêtres, piolet, crampons et veste duvet…ils montrent du doigt les pieds de Babeth en rigolant… !
Cerise sur le gâteau à l’arrivée au refuge, le ciel se dégage un court moment et juste en face de nous, le Fuji sort des nuages en noir et blanc dans toute sa splendeur.
Je profite de la sieste des dames pour voir la suite, le sommet rocheux domine le refuge. Plus de vrai chemin mais une trace dans des amas de bloc, il me faut plus d’une heure pour atteindre le sommet en plein brouillard. Juste le temps de redescendre pour retrouver le refuge et son  poêle à pétrole qui chauffe à fond. Redoutant la descente, Babeth et moi décidons de redescendre demain par le même chemin. Régine et Gisèle comptent traverser le sommet et poursuivre jusqu’à un autre refuge.
Une violente tempête nous secoue une bonne partie de la nuit. Au petit matin, les conditions ne sont pas très engageantes et nous redescendons à quatre au 1er refuge. Nous évitons la descente finale par les échelles et racines en empruntant une belle trace le long d’un torrent sauvage.  En fin de journée nous débarquons à Tokyo un jour trop tôt. Régine nous trouve deux chambres dans un hôtel qu’elle connaît…un vrai lit !!

Pendant notre séjour dans les Alpes du sud nous n’avons pas croisé d’autres européens, les Japonais un peu surpris nous demandaient souvent notre nationalité ! on répondait «  belugi » et ils s’exclamaient « ah chocolate »

TOKYO
Traversé par le fleuve Sumida, Tokyo capitale du Japon, est le centre de la mégalopole japonaise. Dans les centres on trouve des ensembles de gratte-ciels dont certains sont remarquables, comme par exemple le Metropolitan Building du Japonais Kenzo Tange à Shinjuku et l'Asahi Beer Hall du Français Philippe Starck à Sumida. D’une hauteur de 634 m, la Tokyo Sky Tree, une tour de diffusion numérique, accueille chaque jour des milliers de visiteurs. Dissimulés dans de grands parcs, des temples et palais remarquables se dissimulent aux regards.

SUCHI ET TEMPURA
Non ! Nous n’avons pas mangé de sushis tous les jours !  C’est un plat  assez cher que l’on réserve pour les bonnes occasions. Par contre la nourriture est très variée avec l’absence de sucre et de pain. Le bento, un petit plat préparé que l’on trouve partout dans les grandes surfaces, est une solution facile quand on veut manger sur le pouce en rando ou à la maison. Les autres fois nous avons toujours trouvé des petits restaurants au hasard des rues, nous régalant de sachimi  (poisson en tranche), tempura (beignets de poissons et légumes frits), et autre teppanyaki (grillade sur plaque chauffage) accompagnés de bières bien fraîche, de riz, de soupe miso et du traditionnel thé vert matcha (thé vert sans sucre).

LE MAÎTRE DES LIEUX
Qu'il soit shintoïste ou bouddhiste, en raison du symbolisme religieux qu'il représente, le mont Fuji constitue pour les Japonais une destination touristique populaire, et nombreux sont ceux qui le gravissent au moins une fois dans leur vie pour voir le lever du soleil.
Nous avons une semaine pour visiter Tokyo et je reste le seul candidat pour le Fuji. Grand amateur de volcans, je voudrais profiter de cette opportunité. La météo n’est pas terrible: pluie et nuage le matin – orages l’après-midi tous les jours, juste une petite fenêtre de beau temps le samedi de 2h à 8h du matin.
Me voilà en route pour les 2h30’ de voyage en bus, le socle du Fuji est visible mais la grande partie du cône est dans les nuages. Le bus quitte la voie principale pour emprunter une route qui monte en lacet jusqu’au parking de la 5me station à 2.305 m…l’espace est noir de monde et à peine descendu du bus, je suis entraîné par la foule vers un entonnoir qui marque le départ.
L’ascension du Fuji est incomparable, le chemin large limité par des cordes, monte en zig zag le long d’énormes paravalanches ce qui n’est pas très excitant. Les nombreuses stations hétéroclites qui le jalonnent n’améliorent pas le paysage. Ce qui est exceptionnel, c’est le nombre et la diversité des participants qui se regroupent pour un rituel cosmique ! Il y avait bien sûr beaucoup de Japonais mais aussi beaucoup d’autres de diverses nationalités.
Afin de me donner plus de chance pour voir le lever du soleil, je monte jusqu’à la station 8.5 à 3.440 m, la dernière avant le cratère. Vent, bruine et brouillard m’accompagnent et je trouve une petite place pour me reposer quelques heures

Samedi 8 juillet : "Celui qui gravit le Mont Fuji une fois est un sage, celui qui le fait deux fois est un fou."   Proverbe japonais

Depuis minuit, le refuge est en effervescence. Je me mets en route vers 2h30’ pour entamer les derniers 300 m. Le spectacle est hallucinant: quand je regarde vers le bas, je vois un ruban continu de lampes frontales qui part des stations inférieures. L’arrivée est marquée par un grand Torii et des escaliers… Le ruban continu se disperse sur les grandes terrasses nivelées. Il fait froid, l’attente est longue pour certains, le ciel rougeoie, la foule est silencieuse, un demi-cercle rouge apparaît soudain au-dessus de la brume, la vue est dégagée, les premiers rayons réchauffent les corps transis….un moment magique.  
Le vrai sommet du Fuji se trouve ± 100 m plus haut de l’autre côté du cratère où trône une petite station météo. Je passe au-dessus des cordes pour faire le tour. C’est  la plus belle partie. Il y a plusieurs névés à traverser. J’aperçois le Kitadake qui perce la brume et les nuages qui montent de la vallée. Il ne me reste plus qu’à descendre les monotones 1.500 m qui me séparent du monde d’en bas.

                                                                                                                     Lambert

Participant : Régine Armbruster et Gisèle Kusters, Babeth Surny et Lambert Martin

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