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Trek népalais dans la Tsum Valley, Tobsar Peak et Rupinala Pass

Soumis par MARTIN Lambert le 12 March 2018

 

Octobre – Novembre 2017

Un trek au Népal ... plus de trois semaines … un challenge, une promesse de belles découvertes ... c’était la proposition de nos amis trekkeurs expérimentés que sont Eric et Michelle.  Une balade dans la vallée de Tsum avec en prime l’ascension du Tobsar peak: c’est décidé, nous partirons mi- octobre; il nous reste 9 mois pour nous préparer.

Séances de fitness, aqua bike, longues marches, jogging, trail pour parfaire notre forme physique.  Visites dans les magasins de matériel de montagne pour compléter notre équipement et nous voilà aux taquets !

L’organisation de notre aventure a été confiée par Eric à une agence locale YATRI TREKKING (voir info en fin d’article) qui a déjà prouvé toute sa compétence lors de précédentes expéditions organisées par nos mêmes GO’s.

Pour la formule, nous logerons sous tente et serons accompagnés d’une équipe de guides, cuistots, et porteurs.

Notre groupe est composé de 11 participants.  Photo 1

A l’arrivée, nous passons deux jours à Katmandou dans le quartier touristique de Thamel, question de remplir les formalités administratives et aussi de prendre les odeurs, couleurs et la température locales.  Il fait encore très chaud à cette période, le soleil brille , c’est un bon début.

 

Nous visitons Patan, Swayambhu, le village des ébénistes Bungamati; nous rencontrons tous ces Népalais accueillants, curieux de tout, souriants, répondons à leurs Namaste respectueux avec un sourire et échangeons quelques mots en anglais dès que possible.  Presque tous nous demandent si c’est notre premier voyage au Népal, je leur réponds que oui (pour ce qui concerne Alain et moi). Je comprendrai plus tard pourquoi cette question.

 

Nous quittons Katmandou pour un long voyage en bus au petit matin.  L’aventure commence fort : durant la nuit du bitume liquide a été répandu sur les rues poussiéreuses de tout le quartier ; nous traversons une mer noire, collante et odorante pour rejoindre notre bus déjà bien rempli par tout le matériel et nos accompagnants.

Sortir de la ville par le ring road complètement saturé, défoncé aussi est une expérience en soi.  Nous atteignons péniblement une piste, sinueuse, étroite, extrêmement poussiéreuse à laquelle aucun véhicule même 4x4 ne résisterait ; au bout de 10 heures d’un voyage cassant pour les hommes et le matériel, nous arrivons au bout de la route à Soti.

 

Après une première nuit qui sert de test à notre matériel (ouf tout est au point) notre équipée se met en route.  La répartition des charges entre mules, porteurs, assistants cuisine et guides n’est pas une mince affaire. Il y a même une échelle qu’il faut emporter pour passer les crevasses du glacier menant au sommet du Tobsar.  Pendant plus d’une semaine cette échelle sera sur le dos d’un porteur, le plus grand de tous! photo2

Les journées sont bien organisées et nous sommes choyés par toute l’équipe.

Le thé au réveil vers 6 h, avec le sourire népalais est suivi du petit déjeuner à l’anglaise copieux et varié. A midi un lunch cuisiné par l’équipe qui nous aura dépassé au pas de course nous est servi .  En fin de journée le tea time traditionnel précède de peu un repas reconstituant, incroyablement confectionné dans des conditions souvent précaires à même le sol. Les cuistots ont fait des miracles : nous avons même eu droit à plusieurs reprises à des gâteaux décorés pour les occasions. Photo 3

 

Le trajet que nous empruntons de Soti Khola à Lokhpa longe la rivière Budhi Gandaki.  Nous traversons des ponts suspendus, empruntons des passerelles accrochées à la paroi abrupte, surplombant la rivière toujours turbulente.  Nous montons et descendons des centaines de « marches », le sentier est parfois périlleux mais notre guide Bise (prononcer Biché) et ses assistants veillent sur nous, prêts à nous rattraper par la peau du sac à dos en cas de faux pas. De nombreuses mules lourdement chargées nous forcent à  nous plaquer au rocher.

 

Nous traversons de nombreux villages sur ce tronçon commun au tour du Manaslu, les villageois viennent souvent à notre rencontre toujours bienveillants. Quel dépaysement !

Les paysages  sont à nul autre lieu pareils, la végétation luxuriante change à chaque tournant du chemin, de nombreuses cascades et torrents nous apportent un peu de fraîcheur bienvenue dans cette chaleur étouffante sous l’effort.

A Lokhpa, nous empruntons « notre » vallée préservée, la majestueuse et mystérieuse vallée de Tsum. Peu de touristes viennent ici.

Les murs de manis guident nos pas, les chortens nous accueillent, les mâts de prière nous indiquent que nous sommes en terre bouddhiste, peuplée principalement de Tibétains bien différents des autres ethnies croisées auparavant. Photo 4 et 5

Les visages sont plus fins et délicats, les pommettes saillent, le teints est plus clair, mais le sourire ne change pas. Les habits traditionnels tissés et feutrés sont la tenue de travail des femmes aux champs.  Photo 6 et 7

C’est une large vallée aux terres fertiles que les hommes ont pu apprivoiser pour qu’elle nourrisse cette population vivant en autarcie, par la force de l’éloignement de la route. De nombreux animaux  partagent la vie des habitants au sein même des villages.

Les petits enfants jouent joyeusement dans des habits de récupération souvent crasseux, toujours curieux de venir vers nous. Nous faisons de merveilleuses rencontres, sans mots, juste avec les yeux et les sourires. Photo 8 et 9

Les villages s’enchaînent le long de la rivière Shiar khola : Ripchet, Lamagaon, Chhule, Nyile nous laisseront tous de magnifiques souvenirs.  Des singes se régalant de la récolte de betteraves sous l’œil attendri des cultivateurs, des équipes d’ouvriers construisant de magnifiques maisons de pierre en nous faisant de loin de chaleureux signes de bienvenue, jusqu’aux nonnes qui nous font visiter leur monastère de plus de 60 âmes au milieu d’un vallon aux couleurs d’automne - splendide !

Les jours passent, nous montons de plus en plus haut et  l’hiver approche. Les plus hauts sommets nous entourent à présent, enneigés et majestueux; nous pouvons admirer tous les sommets du Ganesh Himal.

A Mu Gompa notre groupe se scinde en deux : une partie ira tenter le sommet du Tobsar peak, l’autre continuera sa progression vers le nord-est en direction de la frontière tibétaine. Quelle organisation : il faut tout scinder : la cuisine, les porteurs, le matériel … De main de maître notre guide Bise Gurung règlera cela en peu de temps. 

Didier, Eric, Guy, Jean-Michel, Yves et Alain s’élancent vers le camp de base du Tobsar Peak, situé à 4700 mètres. A leur arrivée, ils sont tous surpris de la performance réalisée : 1000 mètres de dénivelé positif en moins de 2h30’.  Tous sont en excellente condition physique et confiants pour attaquer le sommet (6100 mètres), dans deux jours.

Hélas, la météo en a décidé autrement. Le lendemain matin, au lever, les mines sont moroses. Le temps est mauvais ; il a neigé toute la nuit. Ils tentent une approche vers le glacier, mais bien vite il faut se résigner à redescendre. La météo à Katmandou confirme la persistance du mauvais temps pendant au moins 48 heures. Même Jean-Michel n’a trouvé aucun tour dans son sac de magie pour leur ramener le soleil.   

Photo 10 et 11

Mon groupe (Katalin, Marthe, Michelle, Jean-Pierre et moi) parti en direction de la frontière tibétaine, s’enfonce dans la vallée toujours plus sauvage. Les glissements de terrain rendent notre progression dangereuse, le chemin n’existe plus, il s’est transformé en un tas de gravillons qui ne demandent qu’à rejoindre la rivière, plusieurs centaines de mètres plus bas.  Nos guides nous dégagent un passage au piolet et une chaîne de mains nous aide à franchir ces passages délicats. Nous arrivons sur une large plaine à 4200 mètres où nous établirons notre camp de base pour deux jours.

Au petit matin nous constatons avec regrets que la neige a recouvert notre camp et avons une pensée pour nos compagnons sur la montagne juste en face. Photo 12

Nous nous dirigeons sur un chemin gelé vers le col; l’univers est minéral et glacial. La neige arrive encore, il faut rebrousser chemin à 4800 mètres.

Mais pas sans avoir étendu un chapelet de drapeaux de prières qui flottera longtemps au vent, je l’espère.

Les prévisions météo n’étaient pas fiables, il fait beau les jours suivants. Nous sommes déçus mais pas le temps de se démoraliser, il faut reprendre le chemin,  un autre défi nous attend: le Rupi Nala pass. Et la neige est tenace, le froid devient piquant, tout est gelé le matin au réveil.

Il est temps de cumuler toutes les couches de vêtements emportés, lorsque nous ne marchons pas bien sûr !

Lors de notre descente, nous repassons à la confluence des rivières Syar Khola venant de la Tsum Valley et la Budhi Gandahi qui descend du Manaslu.  C’est l’endroit le plus magique de notre trek : l’eau grise et l’eau verte se mélangent lentement, dans un écrin de végétation luxuriante accrochée aux flancs abrupts et vertigineux des montagnes bercées par le doux vent qui s’engouffre dans les pins majestueux; un panorama des plus romantiques. Photo 13

 

La remontée vers Nyak Phedi n’est pas une mince affaire, la suite non plus. Le chemin que nous empruntons surplombe la Chilung Khola, quasiment à la verticale.  Mais cela vaut le détour : nous avons pu approcher de près les habitants de ce village de 50 âmes, que nous avons surpris en plein travail. C’était la fin des récoltes et il fallait se dépêcher de rentrer les produits avant l’hiver.  Les labours étaient en cours, le millet était éventé, nous avons même trié les haricots multicolores, produit de base du plat de la famille népalaise le Dal Bhat (riz et soupe de haricots ou lentilles) photo 14

J’ai eu le privilège de pouvoir m’asseoir au coin du feu dans une maison. J’étais frigorifiée car je m’étais lavé les cheveux, et le soleil ne brillait pas pour les sécher. Un de nos porteurs a eu pitié de moi: il m’invite à entrer dans une maison perchée et me voilà entre trois générations de villageois surpris mais accueillants : deux bébés tout sourire à ma gauche et un papy un peu étonné par cette étrangère aux cheveux clairs et mouillés qui débarque de nulle part. J’ai un peu de mal à distinguer mes hôtes car la pièce est sombre et enfumée. Il n’y a pas de cheminée dans les maisons et on s’assoit à même le sol pour éviter de suffoquer (moi j’ai reçu un petit tabouret). Certains membres de notre équipe profitent aussi de ce feu providentiel, sur lequel l’alambic bouillonne. Je goûte aux deux stades de préparation du fameux Rakchi.  Une macération de millet et épices qui fermente (sorte de bière un peu acide) et qui est passée à l’alambic pour donner un alcool léger, fumé qui est bu chaud. Tout cela a achevé de me réchauffer, le cœur aussi. Merci Nyak. Photo 15

Le sentier vers le col sinue entre des montagnes magnifiques couronnées par le Bouddha  Himal, que personne ne peut gravir. photo 16

Nous ne rencontrons que quelques rares bergers, plus aucun trekkeur à l’horizon.  Les étapes entre les camps sont de plus en plus longues car peu d’endroits dans cette vallée permettent un bivouac pour 38 personnes; c’est l’eau qui est indispensable en quantité.  Des porteuses nous ont rejoints à Nyak car il est impossible aux mules d’aller au col de Rupi Nala. Les sourires indéfectibles de ces jeunes femmes, toutes menues et peu équipées pour faire face aux conditions rudes et sauvages que nous rencontrerons, resteront longtemps dans ma mémoire.

Nous arriverons à la frontale à deux reprises; quels souvenirs ! La forêt de bambous et rhododendrons géants gorgée de l’humidité de l’automne déjà bien installé n’aura pas raison de notre détermination. Ni de celle de notre guide Bise, qui  fera preuve dans ces circonstances exceptionnellement difficiles d’une capacité incontestable à gérer des situations de crise. C’est un véritable général des armées en opération.

Nous nous arrêtons épuisés par une dizaine d’heures de marche au bord d’un torrent en furie, il n’y a pas de place pour tout le monde sur une berge; il faut donc installer les cuisines d’un côté et les trekkeurs de l’autre. On nous servira un dîner chaud en devant franchir sur une planche et dans l’obscurité ces flots déchaînés. Nos guides et porteurs nous installeront à la frontale, un camp de fortune plus loin et  plus haut; ils nous allumeront un feu d’enfer pour nous réchauffer et nous sécher: une prouesse dans ce milieu, on ne peut plus humide.

Tout le monde aspire à retrouver la chaleur de son duvet après une telle journée !

Un défi de taille nous attend ce 31 octobre : gravir et dépasser le Rupi Nala pass à 4750M. photo17

Nous démarrons avec difficulté, la neige tombée en fine couche a tout recouvert et le gel intense a rendu le tout glissant...mais le soleil arrive...il faut continuer.  Nous nous frayons un passage dans les plantes basses et les cailloux, suivant le cours d’un torrent pour ne pas nous égarer. Enfin un chemin se distingue et notre lente ascension commence.  Nos pas sont lourds, le souffle est court. La neige fond au soleil ce qui ne facilite pas notre progression. Vers 13 h nous atteignons le col…Quel émerveillement, quelle vue. De l’autre côté du col c’est une mer de nuage qui s’offre à nous et seulement les plus hauts sommets en émergent, une merveille. Photo 18

Nous installons rapidement un ruban de drapeaux de prières et il est temps de descendre.  C’est périlleux, ça glisse. La descente sera longue, très longue mais, majestueux, le Bouddha Himal veillera sur nous jusqu’à notre arrivée, le surlendemain, au lodge à la frontale encore une fois.photo 19

 

Ce dernier campement d’altitude à Mumche nous offrira la vue la plus mémorable au réveil, sous un soleil naissant et une lumière orange, un panorama à 360° sur les plus hautes montagnes et « notre » Rupi Nala pass.

Il est temps de dire au revoir à nos porteuses qui repartent dans leurs villages et d’entamer notre descente vers Barpak (épicentre du tremblement de terre de 2015, complètement reconstruite) puis Ramlung, où un bus viendra nous reprendre.

Et c’est reparti pour un voyage chaotique et poussiéreux sur une piste défoncée ... mais ça vous le savez déjà, c’est comme au début !

 

Merci à mes compagnons de voyage, Eric et Michelle, initiateurs de cette aventure, Guy, Katalin,  Yves, Marthe, Jean-Michel, Jean- Pierre et Didier, et mon tendre chéri Alain sans qui je n’y serais pas arrivée. J’ai  passé des moments inoubliables en votre compagnie.

Merci aussi à tous nos amis népalais qui nous ont donné le meilleur d’eux-mêmes et sans qui rien n’aurait été possible : Bise, Samir, Hubilal et Bir (prononcer Birré) pour avoir guidé nos pas, nos cuistots inventifs dont Ratna et Chajesh qui nous ont nourris pas seulement de leurs sourires, et nos porteurs qui nous ont encouragés lorsque nous avions du mal, Pemba que je garderai dans mon cœur et Sanjay et tous les autres que je ne peux nommer sous peine de vous lasser.  MERCI

Et j’allais oublier de répondre à la question si souvent posée : c’était mon premier voyage au Népal, oui,  mais je reviendrai, c’est promis.

 

Danièle De Keersmaeker

 

 

YATRI TREKKING (P) LTD

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Telephone: 00977 1 44 26 081, 40 01 021

Email: yatritrekking@wlink.com.np

Website: www.yatritrekking.com

Skype:    iman-yatritrekking

 

Petite annonce :

Si vous partez à Katmandou, et que vous pouvez emporter un sac, dites- le moi. Je souhaite envoyer des vêtements à un orphelinat que j’ai envie de soutenir : Lotus Children’s Home.

Merci pour les enfants. Contact :  daniele.dekeersmaeker@gmail.com

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