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Ti ti pas tu la fé : une traversée de la Réunion - septembre 2017

Soumis par MARTIN Lambert le 11 April 2018

 

Ti ti pas tu la fé : une traversée de la Réunion -  septembre 2017

 

Texte et photos : Marie-Anne Marchal et Véronique Binet

Participants : Pol Racot, Michel Van Beecelaere, Jean-Claude Mareschal, Marie-Anne Marchal, Bernadette Dupont, Véronique Binet

Nous voilà en route pour l’île de la Réunion sous la conduite de Michel, qui nous a concocté une jolie traversée pédestre sur les traces de la diagonale des fous ! Nous : Michel, Jean-Claude, Pol, Véronique, Bernadette, Marie-Anne, une bonne bande d’amis du Cab/Namur.

 

Atterrissage à l’aéroport Roland Garros, notre taxi nous attend et nous dépose dans le centre de Saint-Denis, la première ville de l’île.

Une jolie balade nous fait découvrir le charme des maisons créoles de la rue de Paris, nous traversons le joli parc de l’Etat et nous voici sur la côte bien balayée par le vent et inondée de soleil. Nous nous dirigeons vers le Barachois et ses « canons » tournés vers le large, afin de déguster dans un des camions bars, la Dodo, bière locale appelée la Bourbon et la Cot, la limonade réunionnaise  …

Ensuite, sac au dos, nous rejoignons le départ du GR R2 mais .. seulement pour le régal des yeux car Michel nous a préparé un itinéraire plus costaud qui partira de Grand Îlet pour rejoindre le Pic de la Roche, écrit par le kilomètre vertical.

Nous reprenons notre taxi qui nous fait découvrir les particularités de la région par d’interminables routes sinueuses. Nous découvrons les bambous majestueux et les fabuleuses chutes d’eau du Voile de la mariée.

 

Nous arrivons à Grand Îlet dans le cirque de Salazie où nous découvrons notre premier gîte, un sympathique lodge « La tourte dorée », où nous apprécierons tant l’accueil que la cuisine réunionnaise ! Après un plantureux repas composé de riz, lentilles, cari de poulet et de saucisse - il s’agit d’un ragoût aromatisé,  le rougail, condiment épicé est servi à part dans une « ti ti marmite », heureusement pour nos palais, le tout précédé d’un gratin de courges et suivi de gâteaux à la farine de maïs et, bien entendu, de rhum arrangé - nous serrons nos sacs et plongeons dans un sommeil profond afin d’être sur pied pour notre traversée de l’île par le GR R2 et ses variantes.  Le lodge se trouve à côté de la station de trail qui propose 14 parcours, il s’agit de s’entraîner avant d’attaquer le grand raid de la diagonale des fous,  graal de tout traileur, sur 167 kilomètres.

 

Départ pour le Pic de la Roche écrite à 2277m, 1000 m de dénivelé droit en haut, le fameux « km vertical » et hop, la petite bande s’évade gentiment et chacun à son rythme découvre les merveilleuses vues sur les cirques de Mafate et Salazie ! Nous rejoignons le gîte de la plaine des Chicots et nous constatons malheureusement la chute de température … quelle différence entre la chaleur de la journée et la sensation humide et froide du soir … et nous commençons à comprendre que le riz/lentille/cari, repas typique, nous accompagnera tout au long de notre rando !

 

Nous quittons le gîte des Chicots dans une forêt merveilleuse qui nous mène à Dos-d’Âne par un sentier en ... dos d’âne, à travers une diversité de végétation dense avec des troncs d’arbre aux silhouettes fantomatiques. Nous montons vers le Cap Noir et la Roche Vert Bouteille avant de basculer sur Dos-d’Âne où nous faisons des ti ti courses pour le pique nique dans un ti ti magasin. Nous entamons ensuite la longue descente vers la rivière des Galets que nous retrouvons régulièrement tout au long de notre périple. Que de marches que de marches .. quatre passages à gué … ti ti pas tu la fé et té à Aurère et dans Mafate pour quelques jours !

 

Aurère, un magnifique îlet* perché à 930 m au milieu de nulle part entre le canyon du Bras Bémale et le piton Cabris,… un coin de paradis, un accueil extraordinaire, une ambiance particulière, une vie riche. Le facteur court ces marches et apporte le courrier tous les 15 jours; Aurère organise même un festival de musique chaque année : ambiance cool sur musique reggae et autres joyeusetés … Nous aurons un beau moment d’échange avec le facteur de Mafate sur un de ses champs de haricots dans une pente vertigineuse !

 

Nous quittons Aurère par une passerelle qui franchit le Bras de Bémale, pour l’Îlet à Malheur en direction de l’Îlet à Bourse. Toute l’histoire de l’île dans ces noms : les cafres* retrouvés étaient pendus à Malheur et leur propriétaire récupérait les sous à Bourse … Un beau parcours comme nous le connaîtrons tous les jours, up and down, et que d’escaliers …

 

Nous passons la nuit au gîte du Pavillon à Grand Place, qui offre une vue magnifique sur un paysage dominé par des rochers en « pain de sucre », piton Cabris, piton Tortue et piton Diable.  Rhum arrangé, riz, lentilles, « rougail saucisse » et polaires de rigueur sont encore au menu du soir. Nous faisons connaissance avec des randonneurs que nous retrouvons d’étape en étape, joyeux mélange de nationalités.

 

Le lendemain, nous descendons vers la rivière des Galets par les sentiers de Messe et Cimetière; nous rencontrons une promeneuse solitaire, l’infirmière de Mafate !  Nous montons vers les Orangers sous une chaleur écrasante en traversant des gorges magnifiques; un vrai paradis perdu, un Eden ! Heureusement « la Dodo lè la » dans une sympathique petite buvette où nous mangeons notre baguette vache qui rit-saucisson quotidienne, agrémentée de Cot, la limonade locale et de Cilaos, l’eau pétillante du coin. Le chemin est parsemé de petites potales et chapelles garnies de fleurs; la Réunion est une île où cultures et croyances cohabitent harmonieusement mais les statues de la Vierge et de différents saints veillent sur les trekkeurs au détour de chaque chemin…. Nous arrivons en milieu d’après midi à Roche Plate par un joli chemin forestier après avoir passé le col du Maïdo, 1985m, qui offre une vue magique sur le cirque de Mafate.

 

Le vendredi 15, nous quittons le cirque de Mafate, par le col de Taibit, 2080m, qui offre une vue époustouflante sur le cirque de Cilaos. Une longue descente qui ne fait pas de bien à nos genoux déjà bien malmenés par les marches nous mène à  Cilaos, une petite ville agréable qui fait un peu penser au Touquet … Lassés de la vache qui rit et du saucisson, nous nous ruons sur le supermarché pour reconstituer nos stocks. Le soir, souper au resto où nous goûtons l’espadon grillé particulièrement savoureux. Le petit marché couvert nous permet de découvrir des fruits locaux comme les « bibasses » (en fait des nèfles) et d’acheter les bananes que nous pensions naïvement pouvoir cueillir le long des chemins; nous sommes à la fin de l’hiver et les fruits mûrissent tout doucement …

 

C’est sous un ciel couvert que nous entamons la montée vers le refuge de la Caverne Dufour qui permet l’ascension du célèbre Piton des Neiges culminant à 3070m. La montée est assez raide et rendue difficile par le temps très humide et les escaliers. L’ambiance est très conviviale : marcheurs et traileurs se croisent et les Réunionnais n’hésitent jamais à nous encourager : « ti pas, ti pas, nou lé fé »…Nous arrivons au refuge vers 13 h et après le pique nique, décidons d’attaquer le sommet l’après-midi plutôt que le lendemain matin comme initialement prévu. Nous arrivons donc seuls au sommet, un privilège pour cette montée incontournable de la Réunion. Le paysage lunaire et minéral est encore magnifié par la lumière de fin d’après-midi. Nous sommes à la genèse de l'île, le volcan originel .. Après une descente toujours bien « casse-genoux », nous dévorons le riz-lentilles-thon avant d’aller rejoindre notre dortoir où règne une ambiance aussi sympathique qu’internationale puisque s’y côtoient notamment Hollandais, Suisses et Russes sur trois étages de couchettes ….

 

Le dimanche, nous entamons une très longue descente vers la Plaine des Palmistes dans un paysage d’abord marécageux puis à l’allure très jungle. Nous ne serions pas étonnés de voir débarquer Indiana Jones et devons particulièrement faire attention aux racines et pierres très glissantes qui nous feront chuter quelques fois. Un long chemin forestier agrémenté de « fanfans », les fougères arborescentes locales nous emmène vers le col de Bélouze puis vers Petite Plaine. Nous passons une merveilleuse soirée avec le propriétaire du gîte des sables qui ne tarit pas d’histoires sur son pays et sa culture, le tout dans un français teinté de créole plein de charme.

 

Petite plaine vers le gîte du Volcan, une montée dans un climat chaud, humide et un paysage  style Jurassic Park, nous mène doucement, par une variante du GR, vers un monde bien plus minéral : celui des terres volcaniques du piton de la Fournaise ! Après une nuit salvatrice au gîte de Bellecombe, pas question de se contenter de la vue depuis le pas de Bellecombe, nous entamons notre progression vers le fameux volcan ! Nous suivons le balisage marqué de points blancs sur le plateau de lave refroidie; des petits cratères rythment notre progression sous un soleil cuisant dans un décor qui fait retentir à nos oreilles la musique de Richard Strauss ouvrant le film de Stanley Kubrick: l’odyssée de l’espace … Quelle merveille de géologie, une beauté infinie et silencieuse dans des couleurs ocres .. Le magma en fusion n’est pas loin sous terre, la Fournaise se réveille souvent ! Le cratère s’offre enfin à nos yeux … sans mots, trop d’émotion pour nous tous … Retour vers Bellecombe avec des images plein la tête ..

 

Nous rejoignons Basse Vallée pour notre retour vers la côte … une balade à plat ! la première de notre équipée nous permet d’admirer tant et plus le site de la Fournaise ... Ensuite une bonne descente d’abord dans les cailloux de lave qui roulent puis dans la forêt humide et glissante. ..Tout cela nous vaut quelques chutes sans gravité, ponctuées de gros fous rires ...  Le brouillard nous entoure et nous retrouvons le gîte le plus humide de notre séjour, il nous rappelle qu’il pleut beaucoup à la Réunion, ce qui explique toute cette verte nature, ces cascades majestueuses, ces sols marécageux … Mais bonheur : depuis le début nous bénéficions d’un soleil généreux !

 

Dernière descente de notre séjour pour atteindre le littoral; petite halte à Basse Vallée où nous découvrons de jolis objets chez les artisans du coin et la récolte de la canne à sucre qui arrive par camions entiers afin d’être transformée en mélasse. Et nous retrouvons la nationale où nous avons rendez-vous avec notre taxi qui nous déposera à Saint Gilles pour le retour à la civilisation !

Jolis coups d’oeil sur l’océan indien, avec ses vagues qui claquent avec force sur les rochers, avec des trous/souffleurs qui rejettent la mer et avec la circulation routière …

 

Installation à Saint-Gilles-les-Bains, la principale station balnéaire de l’île, très fréquentée par les « zoreilles » les touristes de la métropole ... on trouve tout autour d’une large marina et d’une rue commerçante… Pas simple de se transformer en touristes après une virée sac au dos dans la nature sauvage, alors direction la lagune et baignade de rêve dans l’océan indien et balade le long des Roches Noires - attention requins baignade interdite à cet endroit … Nous prenons le bus pour une visite de Saint-Paul, ancienne capitale de l’île et son marché artisanal très coloré et, ô joie, une baleine se profile dans l’océan … nous en aurons au moins vu une !

 

Le taxi nous ramène vers Saint-Denis avec un petit détour par le belvédère pour admirer l’étendue de la ville; nous patienterons également un moment le long de l’océan, dans l’espoir de voir les baleines mais en vain cette fois … L’avion nous attend, nous quittons déjà avec regret cette île enchanteresse avec l’espoir d’y revenir !

 

Avec ses 900 km de sentiers balisés, la Réunion est une destination incontournable pour les randonneurs avertis. Île métissée, épicée et contrastée, elle ne peut que séduire par la variété de ses paysages, la chaleur de son accueil et la gentillesse de sa population qui, dans un créole savoureux, n’hésite jamais à encourager les pauvres «zoreilles » transpirant sur ses sentiers escarpés dont elle est si fière.

 

Cirques volcaniques et lunaires, paysages minéraux de début du monde, forêts primaires ou jolis balcons de type vosgiens, les chemins qui serpentent parmi des sites aussi variés que grandioses nous ont entraînés dans des ambiances magiques. Et même s’ils furent parfois de véritables casse-genoux et si la réalité économique et sociale de l’île ne correspond pas toujours à son image de carte postale (30% de chômage obligent hélas de nombreux jeunes à rejoindre une « métropole » moins chaleureuse mais perçue comme un véritable Eldorado), cette destination est un véritable paradis pour les marcheurs et traileurs de tout bord.

 

Merci à Michel pour son organisation et au groupe pour tous ces moments passés ensemble : marche (et marches !), émerveillement, encouragements, fous-rires, chutes et apéros au « r’um a’angé"  furent quelques ingrédients d’un très beau voyage.

 

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îlet : un petit plateau ou le village qui l’accueille

cafre : personne de race noire, descendant des esclaves

Date de revue

REUNION