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Jordanie novembre 2005, Grimpe et randonnées

Soumis par Fontaine Christian le mar, 15/11/2005 - 00:00

Pour ceux qui ne seraient pas encore convaincus, les soirées diapos conviviales de la section du Brabant aux écuries de la Maison Haute de Boitsfort nous font découvrir des paysages du désert aux beautés magiques et un intérêt pour un type de rocher, d'escalade ou de randonnée inconnus chez nous : des voies sur coinçeurs et friends, avec peu ou pas du tout d'équipement en place, un rocher friable, des itinéraires parfois complexes, tant à la montée qu'à la descente.

Il n'en faut pas plus pour rassembler autour de l'enthousiasme contagieux de Monique Borlée-Lombal un groupe de 18 grimpeurs-randonneurs, parfaitement équilibré 9/9. Découverte pour certains, redécouverte pour d'autres, le voyage permettra de répondre aux attentes sportives et culturelles d'un groupe à géométrie variable, véritable stoemp d'envies diverses. Il y a ceux dont les jours de congé sont comptés, et qui rentreront plus tôt, ceux qui ne veulent que randonner, ceux qui ne veulent que grimper, ceux qui veulent à la fois randonner et grimper, ceux qui veulent rajouter à leur programme déjà compliqué une ou plusieurs onces de découverte archéologique et touristique. Toutes ces envies différentes finiront par s'harmoniser.
Après avoir écumé les massifs du sud, le groupe quitte le désert et s'installe au camping du "resthouse", au centre du village de Rum. L'ambiance change, c'est le repas au resto, matin et soir, et le verre à la terrasse avec vue sur les massifs à proximité : le Jebel Rum à l'Ouest et le Jebel um Ishrin à l'Est.

La grimpe au Wadi Rum est éprouvante, voire dangereuse pour ceux qui, de manière présomptueuse, voudraient s'engager dans des voies en se fiant aux indications des topos, ou sur certains commentaires que l'on peu trouver sur internet. Elle requiert un apprentissage du rocher. Elle ne peut se comparer simplement aux voies super équipées que l'on retrouve sur nos rochers. L’escalade se fait sur coinçeurs, friends, cordelette sur lunule presque exclusivement (voir liste du matos conseillé par W. Colonna). On grimpe donc beaucoup plus chargé que dans une voie équipée : avec sac, lequel devrait idéalement, outre le pic-nic et l'eau pour la journée, comporter du matos élémentaire pour se tirer d'affaire en cas de problème (polaire, couverture de survie, maillons rapides, cordelette 7mm pour renforcer des relais ou des points de rappel, voire une corde de rab si on part à une seule cordée, frontale, etc...).

Le fait de devoir placer soi-même ses protections oblige à trouver à chaque fois des points de repos pour pouvoir fouiller dans le porte-matériel le coinçeur, l'hexcentrique, ou le friends idéal. Certains passages sont impossibles à protéger. Les crux ne sont pas toujours protégés, comme chez nous, juste à l'endroit où le risque est minime en cas de chute. Le coinçeur est souvent déjà quelques mètres plus bas!

Le rocher est de qualité variable, mais le plus souvent assez mauvaise. La base du massif du Jebel Rum est constituée d'une strate de granit, mais qui affleure à peine. Le reste est constitué de grès. De manière générale, plus il est foncé, plus il est solide. Des plaques dures noirâtres sont
cependant parfois accrochées à une couche rouge ou jaune plus meuble sous-jacente. Et si l'ont s'accroche trop franchement à ces plaques, elles se détachent de leur support. Parfois aussi le grès est incrusté de galets de tailles diverses. Porter son poids sur ces petits bourrelets désagrège
parfois le sable aggloméré qui l'entoure.

Si l’on dispose de peu de temps, il vaut mieux se concentrer sur les voies qui se trouvent à proximité du Rest House (Jebel Rum et Jebel Um Ishrin). Ce sont aussi, à mon avis, les massifs où le rocher est de meilleure qualité. Tous ces facteurs concourent à donner à l'escalade au Wadi Rum une saveur originale. Un seul conseil, allez-y, vous ne serez pas déçus. En annexe un « Best of » de voies moyennes, tenant compte des critères mentionnés ici.

Les massifs rocheux du Wadi Rum, s'étalent du nord au sud et de l'est à l'ouest du village de Rum. Ces massifs semblent surgir verticalement de la mer de sable rouge et sont traversés par des canyons tortueux ou "siq".

Nous avons quitté dès l'arrivée le village pour prendre nos quartiers au campement de nos guides bédouins Ataeq Aouda et son neveu M'Hammed, situé près d'un petit massif rocheux faisant face au Jebel Khazali (littéralement la montagne des gazelles). Chacun y monte sa tente, ou s'installe à l'intérieur de la tente bédouine pour les plus paresseux. les déjeuners, les repas du soir se prendront dans cette tente, ou autour du feu, instants de convivialité ou s'élaborent les programmes de grimpe, de randonnée, ou les récits de la journée.

Chaque jour les jeep nous amènent au pied des massifs situés au sud et à l'Est du campement: Jebel Burdah, et son arche rocheuse, Jebel Khazali, wadi Khushkhasha, Jebel Barrah et son canyon, Wadi al Maghrar et son "climber's restaurant". Les journées finissent immanquablement autour du feu après l'émerveillement des couleurs du "sunset": thé bédouin, repas préparé à l'étouffée sur les braises, les blagues et les chansons de notre cuisinier Salem, et pour les moins fatigués, papotage ou lecture jusque tard dans la nuit. Vous avez dit tard? A 5h du soir il fait déjà nuit noire, à 7h on mange, et à 8h certains sont déjà dans leur sac de couchage! A 10h, on se croirait déjà minuit passé. Les paillasses s'installent autour du feu pour ceux qui veulent admirer le ciel pendant les nuits sans nuages, ou compter les étoiles filantes.

Témoins de ces pièges possibles, qu'il faut avoir expérimenté pour bien en comprendre les dangers, notre corde de rappel coincée à la descente dans une fissure-cheminée de "Martha steps" dans le Jebel Khazali. Nous avions terminé la voie beaucoup trop tard (vers 15h), et l'obligation de devoir redescendre à 4 sur la seule corde restante (2 brins de 50 m noués) nous a obligé à être particulièrement prudents pour éviter un nouveau coincement de notre dernière corde. Un bon conseil : autant que possible, le dernier qui descend fait passer le nœud de jonction des 2 brins le plus loin possible vers le bas, et en tout cas en dessous des premiers rebords surplombants où il pourrait se coincer. Le grès est tellement friable que la corde creuse des sillons profonds. Le frottement est alors tel que le brin est impossible à ravaler.

Autre aventure qui est arrivée à une cordée de 3 espagnols qui se sont engagés assez tard dans la matinée (vers 8h30) dans la voie "Renée Van Hasselt" au Jebel Rum. Vers 4h de l'après-midi, alors que nous rentrions de Black Magic, nous apprenons que les espagnols ne sont pas encore au sommet de la voie et s'apprêtent à redescendre alors qu'en principe la descente s'effectue dans la voie "King Hussein" une fois le sommet atteint. La suite est presque une conséquence logique de leur imprudence. La corde de rappel se coince et la nuit est là. Impossible de monter ou de descendre, ils décident de bivouaquer dans une grotte sableuse, avec pour toute protection une couverture de survie pour 3. Nous apprenons par leur épouses qui sont en contact radio avec eux que le moral est bon, et qu'ils tenteront de redescendre le lendemain. Il fera 5 °C cette nuit-là au camping du resthouse, probablement encore mois là où ils sont. Le lendemain, effectivement, nous les retrouvons dans la voie "King Hussein" dans l'avant dernier rappel. Ils avaient réussi à décoincer leur corde et à rejoindre la voie de descente par un rappel pendulaire et une traversée dangereuse.

Le "scrambling" ou randonnée vertigineuse dans des sortes de canyons secs est soit pratiquée pour elle-même : ce sont les "voies bédouines" qui parcourent l'intérieur des massifs (par les "siq") et conduisent à leur sommet, ou bien constituent les voies de descente obligées de certaines voies d'escalade. Le « Must » dans le genre c’est le sommet du Jebel Rum (1754 m) par la voie « Nabatéenne » et la descente par la « Hammad’route ».
Les voies de descente peuvent-être aussi longue et paumatoires que la voie de montée, et il vaut mieux prévoir un horaire de course qui tient compte de ce facteur.
Comme une course en montagne, une voie au Wadi Rum se prépare à l’avance. Il vaut mieux étudier à fond le topo de Tony Howard, ainsi que les différentes sources internet qui sont nombreuses, repérer les massifs où l’on désire aller, tenir compte du trajet d’aller et de retour en jeep, et surtout de la nuit qui tombe très tôt, surveiller surtout la descente, et vérifier s’il est possible de taper les rappels dans la voie ou s’il faut obligatoirement redescendre par un autre itinéraire. Les horaires des voies du topo sont donnés pour des cordées réversibles et expérimentées.

PETRA ou le "Rêve de Pierre", la Mer Morte.
Pas de visite de la Jordanie sans passage à Petra, ancienne capitale des Nabatéens (VIIè s av JC - 106 ap Jc). Tous nous avons pu admirer les tombeaux dont le plus imposant "la Khazneh" se situe à la sortie du Siq, les anciens habitats troglodites, le théatre, les ruines de l'ancienne rue
commerçante, du temple du "Qasr el Bint" , les mosaïques de l'ancienne église byzantine.

Seul bémol tragique à ce séjour, les trois attentats simultanés réalisés par des kamikazes irakiens du mouvement Al Quaïda à Amman dans les hôtels de luxe de la capitale: plus de 50 morts, 200 blessés. Nous n'apprendrons que tardivement cet événement. Nous pensons à peine à notre sécurité, car ne comprenant pas l'arabe, et les émissions radiophoniques qui diffusent en
boucle un discours du Roi Abdallah, les attentats ont une certaine irréalité. Nos proches en Belgique sont plus inquiets que nous. Seuls éléments tangibles, l'inquiétude des policiers jordaniens lors des contrôles, et les commentaires de notre chauffeur de taxi, lors du retour à
Amman par la mer Morte.
Nous espérons que l'instabilité en Irak ne compromettra pas la tranquillité de cette région, dont le développement dépend en grande partie des ressources du tourisme, en particulier pour les bédouins du Wadi Rum dont nous avons pu connaître la gentillesse, l'humour et l'hospitalité.

Christian Fontaine

Le Groupe
Randonneurs: Rosette, Jacqueline, Milena, Christian L., Carlo, Christian S., Thérèse, Françoise, et Monique
Grimpeurs: Claus, Anne, Christian F., Francesca, Marc M., Serge, Sabine, Marc P. , Nicolas

Références: Le Grand Guide de la Jordanie, coll Bibliothèque du voyageur, Ed Gallimard 2001.
Tony Howard,Treks and climbs in Wadi Rum Jordan, Ed Cicerone press Milnthorpe, GB 3è ed. 1997
P. Ciparisse, Ardennes et Alpes, N° 143, I/2005, pp 5-10
Arnaud petit : Parois de légende, les plus belles escalades autour du monde, Coll Montagne-Randonnée, Ed Glénat Paris octobre 2005

L'érosion provoquée par la pluie, le vent et le grésil du sable sur le roc a sculpté des dentelles de lunules, de fissures, d'alvéoles. Ce sont là les seuls points d'ancrage possibles, mais dont la résistance est toujours incertaine. W. Colonna raconte que, ayant chuté sur un camalot, les cales
coincées à mi-course dans une fissure, l'expansion des cames dans le grès a provoqué l'explosion de la masse rocheuse et la fissure s'est désagrégée en sable. On retrouve par exemple comme commentaire sur la voie "King Hussein" que nous avons gravie en partie Nicolas et moi, qu'il s'agit d'une voie constituée en partie de "sable vertical". Il n’est pas rare de devoir « nettoyer » la voie en montant de tout ce qui est branlant.

Les protections sont parfois plus psychologiques qu'autre chose, comme dans la sortie de la grotte du 2è relais des "Rumeurs de la pluie", une cheminée surplombante impossible à protéger, si ce n'est un micro-friend dans une fissure peu profonde et sableuse.

Il vaux mieux se renseigner au mieux avant de s'engager dans une voie auprès des guides bédouins, si c'est possible, ou auprès de grimpeurs qui se sont déjà aventurés dans la voie.
Nous avons terminé la descente vers 9h du soir, à la frontale, et aidés dans notre progression pour trouver les relais de rappel par les phares de la jeep qui venait nous rechercher au pied de la voie !

Autre aventure qui est arrivée à une cordée de 3 espagnols qui se sont engagés assez tard dans la matinée (vers 8h30) dans la voie "Renée Van Hasselt" au Jebel Rum. Vers 4h de l'après-midi, alors que nous rentrions de Black Magic, nous apprenons que les espagnols ne sont pas encore au sommet de la voie et s'apprêtent à redescendre alors qu'en principe la descente s'effectue dans la voie "King Hussein" une fois le sommet atteint. La suite est presque une conséquence logique de leur imprudence. La corde de rappel se coince et la nuit est là. Impossible de monter ou de descendre, ils décident de bivouaquer dans une grotte sableuse, avec pour toute protection une couverture de survie pour 3. Nous apprenons par leur épouses qui sont en contact radio avec eux que le moral est bon, et qu'ils tenteront de redescendre le lendemain. Il fera 5 °C cette nuit-là au camping du resthouse, probablement encore mois là où ils sont. Le lendemain, effectivement, nous les retrouvons dans la voie "King Hussein" dans l'avant dernier rappel. Ils avaient réussi à décoincer leur corde et à rejoindre la voie de descente par un rappel pendulaire et une traversée dangereuse.

Témoins de ces pièges possibles, qu'il faut avoir expérimenté pour bien en comprendre les dangers, notre corde de rappel coincée à la descente dans une fissure-cheminée de "Martha steps" dans le Jebel Khazali. Nous avions terminé la voie beaucoup trop tard (vers 15h), et l'obligation de devoir redescendre à 4 sur la seule corde restante (2 brins de 50 m noués) nous a obligé à être particulièrement prudents pour éviter un nouveau coincement de notre dernière corde. Un bon conseil : autant que possible, le dernier qui descend fait passer le nœud de jonction des 2 brins le plus loin possible vers le bas, et en tout cas en dessous des premiers rebords surplombants où il pourrait se coincer. Le grès est tellement friable que la corde creuse des sillons profonds. Le frottement est alors tel que le brin est impossible à ravaler.

La réputation du Wadi Rum n'est plus à faire auprès des grimpeurs et randonneurs, témoins les articles récents des membres dans A&A et les bulletins ou sites internet des sections.

Wadi Rum