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PATAGONIA DREAMS ACTE 2

Soumis par Ceulemans Philippe le lun, 20/02/2006 - 00:00

Son regard est fixé sur les vagues sortant de la mer, lesquelles s’écrasent ensuite contre le sable créant un chaos infini. Elle est fascinée par la beauté du spectacle ainsi que par la force de ces images dévorant la dimension du monde. Chaque vague semble posséder ses propres spécificités et caractéristiques captivantes. A l’instant même où nous nous sommes retrouvés en face de cette chaîne de montagne hallucinante, derrière le petit village de El Chalten, nous nous sentions comme la petite fille sur la plage de Diksmuide. De gigantesques aiguilles granitiques qui surgissent d’une mer de glace touchant le ciel bleu, et ces nuages dansant violemment autour des sommets.

Ces mêmes nuages qui, peu après, se transforment en masse volumineuse pour engloutir les montagnes…reste juste le petit village de El Chalten avec ses cafés, restos, auberges, hôtels, le camping gratuit, les paysages plutôt désertiques des environs…et les blocs! Ah merci dieu pour ces blocs… qu’aurions-nous pu faire sans les blocs? Pendant toute la première semaine après notre arrivée, le Fitz Roy à joué à cache-cache… la météo forçait les grimpeurs à redescendre pour passer leur temps en bas dans la vallée. Pour être vraiment honnête, un peu de repos était le bienvenu. Car comme la petite fille fatiguée du long voyage Bruxelles - Diksmuide, nos corps étaient encore fracassés et il restait du brouillard dans nos têtes, vestiges de nos aventures au Torres Del Paine, Chili. Et puisque on était à Chalten… pourquoi ne pas profiter de l’ambiance et participer à quelques fiestas…C’est dans un petit resto Argentin que nous retrouvons Philippe Ceulemans en train de se noyer dans un gros steak argentin. Arrivé cinq jours avant nous, il avait déjà réalisé une très belle performance en atteignant le sommet de l’aiguille Guillaumet : une splendide course en mixte passant par de belles crevasses carnivores !
Lentement mais sûrement, nous commençons à monter du matériel jusqu’au camp de base…campo Rio Blanco. Au village la rumeur court qu’un créneau météo de deux jours est sur le point d’arriver.

Après cinq heures de semi marche/escalade, nous arrivons à la nuit tombante au « paso superior », un col entouré de falaises abruptes et de mers de glace. Nous sommes forcés de creuser une grotte de fortune dans le glacier pour y passer notre première nuit. Au petit matin, on se réveille recouvert de neige. La météo est tempétueuse ! Nous en profitons pour agrandir notre grotte de fortune en un salon de glace. Il fait froid, mais creuser nous permet de rester chauds.
Le lendemain, le réveil sonne à trois heures, la météo est incertaine…On y va!! Parfois il faut tenter sa chance: la météo change très vite en Patagonie, que ce soit dans un sens ou dans l’autre. L’objectif de la journée: Cerro Mermoz par la voie «Red Pillar», 17 longueurs allant jusqu’au 7b.
L’approche glaciaire du Mermoz n’est pas facile dans le noir. On effectuera un long détour pour être sûr de ne pas passer dans des zones à risques. Un premier obstacle se dresse devant nous : 200 mètres d’une pente de glace raide et crevassée. Nous ne flairons pas tout de suite la bonne piste et devons à plusieurs reprises rebrousser chemin. Les passages délicats nous offrent de bons frissons gazeux, forçant le dépucelage en glace de Nico et Olive. Malheureusement, Mike, ne se sentant pas très bien, décide de rebrousser chemin.

Une décision difficile mais sage, car pour attaquer une paroi de cette grandeur, il faut être à 100%. Nous serons donc trois à continuer la progression sur cette paroi de glace vertigineuse à corde tendue, en sécurisant prudemment avec des broches à glace (propriété du CAB) les passages délicats. Dans la partie la plus raide - presque verticale - Oli glisse et se retrouve pendu à un seul piolet… on a eu chaud! Après une heure et demie de découverte, nous arrivons enfin dans le terrain de jeu que nous connaissons : la roche. Entre-temps, le soleil s’est levé et le temps est au beau fixe. Quelques longueurs pas facile à déchiffrer nous mènent au crux de la voie: deux longueurs en 7b suivant une splendide fissure serpentante sur un pilier rouge déversant. La qualité de la voie est exceptionnelle! Le plaisir total!
La suite reste encore très soutenue et tout aussi incroyable malgré les cotations plus faciles sur le topo.

Des longueurs entières où les mains disparaissent dans des fissures très homogènes. Souvent il faut d’abord enlever la neige et la glace avant d’enfoncer la main. Ca fait froid aux doigts! Nous effectuerons les dernières centaines de mètres à corde tendue, slalomant dans un chaos d’arêtes nous menant au sommet. La vue est splendide et nous savourons notre victoire avec un petit chocolat belge bien mérité. Des nuages soufflent sur le sommet et nous rappellent le danger permanent de la météo. Il est temps de redescendre. A minuit, nous retouchons la glace ferme. C’est l’anniversaire d’Olivier, nous fêtons ses 24 ans en enfonçant nos crampons direction le «paso superior», tels des bougies dans un sorbet glacé parfumé au Fitz Roy! Mais attention, ce n’est pas du gâteau!

Ce fut le dernier jour où nous avons croisé d’autres alpinistes au camp base du Fitz Roy. Après, à chaque montée, nous étions seuls, isolés, de tout petits points dans un décor gigantesque.
Plusieurs violentes dépressions semblent s’être installées, nous forçant à passer plus de temps dans la vallée de El Chalten que dans les montagnes. On attend le créneau en jouant au football avec des Argentins, en entraînant notre équilibre sur le slackline, en mangeant des pâtisseries et nous gavant de fiestas et barbecues. Entre les averses on essaye de garder la pêche en faisant du bloc ou de l’escalade sportive. Beaucoup considèrent la saison comme étant finie. Ne voulant pas nous laisser faire, nous avons quand même fait quelques tentatives bien gauloises. Quelques courts créneaux nous ont permis d’espérer atteindre les beaux sommets de ces magnifiques aiguilles qui nous sourient depuis El Chálten.

Au menu: la voie normale du Guillaumet, l’aiguille de la S, La Franco-Argentine et Royal Flush sur le Fitz Roy…ici c’est le temps patagonien qui décide! Les conditions étaient loin d’être au top: de la grosse poudreuse sur le glacier, nuages accrochés aux cimes, des faces plâtrées et des vents très violents. Grimpant sur les faces est, nous étions souvent protégés du vent, mais le bruit d’un F16 au sommet nous faisait comprendre que nous n’arriverions sûrement pas jusqu’en haut et que nous serions contraints de rejoindre le camp de base à quatre pattes tellement son souffle était fort. Néanmoins, nous revenions à chaque fois, enrichis de l’expérience et contents de l’aventure vécue.
Les trois dernières semaines le temps s’est dégradé de plus en plus. Des mètres de neige sont tombés et les faces devenaient de plus en plus blanches.

Chaque nuit nous allions dormir avec l’espoir d’une amélioration météo et chaque matin on se réveillait avec le bruit de la pluie sur la tente. Nous passions des jours entiers à attendre dans la tente, qui commençait à percer. Tout était trempé. Le moral encaisse… Néanmoins, dans cette période sombre et pesante, une petite lumière de motivation et d’espoir s’est allumée. Au camp de base du Fitz Roy nous étions seuls, mais du côté du Cerro Torre (Camp Bridwell) demeuraient encore trois équipes d’alpinistes. Tous ensemble, derniers grimpeurs vaillants, assoiffés d’action et d’entraînement, décidons alors d’organiser une compétition digne des meilleurs athlètes du moment: les Jeux Olympiques Internationaux de Bridwell.
Seront représentés: L’Allemagne (Thomas Huber), L’Autriche (Tony et Marcus) deux monstres!! des biceps de la taille des cuisses de Seán, véridique, La Suisse (Andy, belle bête également), la Slovaquie (Dodo), alpiniste hors pair qui a déjà connu le vrai danger à plusieurs reprises, les Etats-Unis (John, un géant), L’argentine (Aurélie et Anna, deux filles envieuses de représenter dignement le pays d’accueil), et enfin, les favoris pour le podium, la Belgique (presque disqualifiée car retardée par une fiesta de la veille)! Après la cérémonie d’ouverture, la flamme olympique, la Brabançonne et l’hymne du Cerro Torre, les athlètes sont prêts à affronter les épreuves barbares.
Le programme: le lancer du bloc de granit, le saut à pieds joints, le lancer de tronc, maintenir un bidon de 5 litres à bout de bras le plus longtemps possible (bonjour les épaules !), passer, sans appui au sol, le plus bas possible sous une corde tendue entre deux arbres, et la dernière épreuve : courir le plus loin en 30 secondes en emportant une grosse pierre volumineuse et pesante.
L’événement offrira un beau spectacle de gamelles originales, contrôle impeccable, force bestiale, motivation, hurlements, encouragements, larmes, sang et souffrance. Au final : chez les filles, c’est l’Argentine qui emportera la victoire. Pour les hommes, c’est la Suisse suivie de l’Autriche. Mike sauve l’honneur des Belges en partageant la troisième place avec Thomas Huber. La journée se terminera dans la cabane du camp Bridwell avec un repas délicieux, le discours de clôture, et une longue fiesta pour égayer le tout.

Sous leurs impressionnantes carapaces, ces grimpeurs hors pair nous ont touchés par leur accueil, leur sympathie et leur simplicité. Chacun a pu profiter de cette journée, content d’avoir pu se donner à fond sous des encouragements virulents. Cette journée inoubliable a redynamisé l’énergie et remonté le moral des survivants. On était de nouveau prêt à attendre le créneau et à attaquer dès que les signes seraient présents.

Mais les couches de neige n’arrêtaient pas de se rajouter, les journées devenaient plus courtes et la température descendait. Les vagues, tellement grandes, ne donnaient pas l’occasion à la petite fille d’aller nager… L’envie de bouger, grimper et découvrir le pays sous un soleil accablant se faisait sentir…Alors nous avons bougé la caravane vers le nord pour terminer notre dernière semaine d’aventure à Barriloche. Là, nous avons pu profiter des magnifiques aiguilles de granite de Frey, des voies sportives de «Valle Encantado» et de l’accueil exceptionnel que les argentins nous ont toujours offert. Les terres du bout du monde

Voici un petit aperçu de l’ambiance qui règne dans les contrées de Patagonie, avec le récit de quelques ascensions alpines et escalades en style alpin.
Début février 2006, je commence par une semaine de trekking sur les Torres del Paines en effectuant un reportage photo et vidéo sur l’ascension de « Riders on the Storm ».
J’avais l’esprit imprégné par ces faces mythiques et paysages d’une rare beauté. Ensuite, je découvre avec une joie immense, le parc National Los Glaciares et le village d’El Chalten avec ces sommets en flèches granitiques du Mont Fitz Roy, 3405 m et Cerro Torre, 3102 m.
L’image que je me faisais de ces montagnes devient réalité, une vallée grandiose et riche : des rivières aux eaux cristallines, des prairies et forêts magnifiques de Northofagus. (Hêtres à feuillage persistant ), des glaciers gigantesques et de splendides lacs bleu turquoise à perte de vue.
Les Andes de Patagonie sont situées à l’extrémité sud du continent américain, où règne un climat très changeant et où les vents peuvent atteindre des vitesses folles.

Je découvre avec une joie immense, le parc National Los Glaciares et le village d’El Chalten avec ces sommets en flèches granitiques du Mont Fitz Roy, 3405 m et Cerro Torre, 3102 m.
L’image que je me faisais de ces montagnes devient réalité, une vallée grandiose et riche : des rivières aux eaux cristallines, des prairies et forêts magnifiques de Northofagus. (Hêtres à feuillage persistant ), des glaciers gigantesques et de splendides lacs bleu turquoise à perte de vue.
Les Andes de Patagonie sont situées à l’extrémité sud du continent américain, où règne un climat très changeant et où les vents peuvent atteindre des vitesses folles.

L’aiguille Guillaumet 2579 m.
Départ du camping de Madsen le 9 février, nous chargeons 2 cavallos de nos 120 kilos de bagages! Mon équipier arrive enfin et ne devons plus perdre de temps pour profiter du créneau météo plus ou moins favorable.
Nous sommes partis pour 3 heures de marche jusqu'au Base camp Rio Blanco (solo escaladore),750 m. où nous installons notre camp de base pour une durée d’un mois. Nous découvrons deux vieilles cabanes caractéristiques, tout en bois, et une vingtaine d’alpinistes. Nous aurons enfin toutes les informations nécessaires sur les conditions de montagne.
Le lendemain, départ vers le « lac de Tres » à 1.170 m et nous arrivons sur les premières pentes du glacier. Le vent souffle à tomber à la renverse. Ça monte de plus en plus et nos sacs sont bien chargés (± 25/30 kg). Passages difficiles, rimayes, cascades, névés,... environ 4h30 jusqu'au Paso Supérieur (1.963 m), où nous creusons une grotte de glace à quatre pattes dans la neige... pour y installer notre bivouac.
Dodo à 23h et réveil à 2h40, avec un début d'approche de nuit sur le glacier très tourmenté du « Piedras Blancas », et très vite nous sommes confrontés à d’immenses parois de glace qui bloquent notre progression (certaines crevasses ont plus de 100 m de haut et 200 m de profondeur).

Maintenant, nous avançons dans une zone d’ombre, frontales allumées, avec un rayon d’action limité. C’est avec un certain malaise, que je sens peser au-dessus de nous ces masses difformes dont je ne distingue pas vraiment les détails. Il faut se frayer un chemin et nous sommes obligés de faire un gros détour et passer sur des ponts de neige très délicats à aborder... et il n’y a pas d’autre solution que de s'assurer mutuellement pour les franchir ! D’autre part revenir en arrière serait aussi dangereux qu’aller de l’avant !
Après 3 heures de marche, nous découvrons le lever du soleil à l’horizon, magique... Nous passons de l'autre côte de la face (NW) et remontons sur 300 m le long de la paroi, dans un couloir à plus 50 ° en mixte, les rochers sont instables et il faut assurer chaque pas de la progression jusqu'au premier névé en glace vive, avec piolet et crampons : ensuite commencent les hostilités en suivant le début de l'arête. L'aiguille Guillaumet ouverte par des Argentins, Edouard Brenner et Eddy Moschioni , le 21 janvier 1981 : un itinéraire de 600 mètres ( IV,V,VI, A2 et A1). Nous rentrons les grosses chaussures et sortons le matériel d'escalade, frends, nuts... Devant nous, un versant rocheux vertical avec des murs bien fissurés de bonne qualité où il faut rapidement engager et montrer les moustaches... Le cheminement est complexe à lire et nous devons être très attentifs. Je dois grimper avec un sac très lourd, les fissures sont d’une qualité exceptionnelle et ensuite Phil part dans la longueur clé en A2 et prend du temps sous des rouleaux de vent très violents... Après une longue traversée avec une ambiance très alpine et un vide incroyable... plus de 600 mètres, et un grand dièdre de 50 m en VI (6b) en escalade libre, nous revenons progressivement sur le fil de l'arête où les bourrasques se jettent avec une violence rare!!

Nous progressons, six heures durant, dans des longueurs très variées et d'une grande escalade aérienne. À présent, la paroi s’incline, puis il faut redescendre sur une arête sans protection et reprendre en « face est » qui nous protégera du vent très agressif. Le bruit terrifiant du vent qui s'engouffre au travers des blocs de granit coincés... Une ambiance bien patagonienne ... Devant nous un mur de granit immense surplombant et très « impressionnant », déconcertant ! Après une longue réflexion, je décide de longer sur la gauche un dièdre en rocher délité et chaotique …Je me retrouve rapidement seul, confronté à des choix d’itinéraires de plus en plus complexes, avec un tirage énorme de la corde ! Je m’interroge encore sur le bon cheminement de la voie et décide de couper tout droit, par une cheminée en partie enneigée (5c) ; j’arrive en bout de corde et suis obligé de faire un relais improvisé. Tout à coup, je n’y vois plus rien, des nuages et il commence à neiger… Quel sentiment d’incertitude et d’isolement! Maintenant, un vent violent dissipe ici où là le brouillard, laissant deviner parfois le sommet enfin visible. C’est ainsi que mon compagnon part sur le fil de l’arête tout en traversée dans une ambiance vertigineuse. La fatigue commence vraiment à peser !! Heureux, nous arrivons enfin au dernier névé sommital ! Avec une pente avoisinant les 55° sur environ 150 m, avec crampons et piolets… Un dernier effort jusqu’au sommet, la vue est imprenable. Nous arrivons à 19h et nous voici juste à côté du Fitz Roy, qui se laisse de temps en temps deviner entre les nuages, et toujours ce vent d’une puissance extrême, procurant un sentiment de grandeur... Le spectacle est incroyable, la joie nous enivre et nous fait oublier la fatigue !

La descente est difficile et dangereuse, il faut parfois grimper pour débloquer la corde coincée, avec une succession de rappels interminables et aléatoires, pour arriver en soirée au pied de la « Guillaumet » face est, sur une rimaye gigantesque et surplombante... de la folie furieuse!! Notre corde est trempée! Sur le chemin du retour, des problèmes d'itinéraire pour retrouver le bon chemin où on s'enfonce jusqu'à mi-cuisse, mes chaussures sont trempées, la fatigue de plus en plus forte. Heureusement la lune nous éclaire un peu entre les nuages, et ce fut encore 4 heures d'efforts interminables… Pendant la marche de retour, enfermés dans un labyrinthe de crevasses béantes, nous nous sommes effondrés de fatigue sur le glacier. Après 26 heures de course, nous arrivons complètement déshydratés vers 3h00 du matin au Paso Supérieur pour enfin nous installer dans notre bivouac.

Cerro Poincenot 3002 m.
Une superbe nuit avec des milliers d’étoiles où nous distinguons très distinctement les galaxies, du jamais vu ! Bien emmitouflés dans nos sacs de couchage, et coincés dans notre grotte de glace, nous réglons nos montres pour 3h et je ne sais pourquoi nous nous réveillons à 4h… Nous sommes en retard, nous nous préparons et partons au plus vite. Nous suivons les traces dans la neige en direction du Fitz Roy et arrivons au pied de l’aiguille, obligés de refaire de nouvelles traces, qui nous fatiguent beaucoup. Une approche plus longue que prévue…
Passage de ponts de neige qui font froid dans le dos… Puis les pentes deviennent de plus en plus raides, il faut redoubler d’effort, on s’enfonce profondément dans la neige, parfois jusqu'à la taille, chaque pas est un combat, nous sommes les premiers à faire les traces...
La neige est de plus en plus lourde et collante, ce sont les conséquences de ce dégel qui s’abat sur la montagne. Des morceaux de glace fusent d’un peu partout… Nous franchissons une barrière de séracs qui s’élève juste au-dessus de nous, dans la partie médiane du glacier. L’inclinaison est maintenant de plus de 70 degrés, les séracs sont très menaçants et il nous faut être déterminés et trouver la volonté d’avancer dans cet océan de neige où chaque enjambée est difficile, et où tous les 5 mètres nous retombons à genoux dans la neige épaisse. Le mental prend un coup. On n’a pas droit à l’erreur, la sanction c’est le gouffre… 700 mètres plus bas !

Nous arrivons près du couloir principal et la situation devient très délicate, nous avons maintenant des pentes de plus de 80 degrés et pouvons heureusement installer une broche à glace, après avoir creusé dans la neige pour trouver un peu de glace. D’abord un passage où il faut franchir une plaque de neige croûtée (plaque à vent !!) et légèrement fissurée au-dessus de moi, je retiens mon souffle, me dépêche et ça passe !! OUF !! Et j’arrive sur du rocher mixte où il y a une sorte de relais. Mon compagnon me rejoint et commence la longueur suivante où il faut sortir les frends (contrôler l’orthographe) et toujours les piolets en neige mixte, au moins un, le rocher est souvent mouillé !
Les conditions sont difficiles ! Le soleil frappe maintenant, et chaque longueur est engagée ! La progression dans ce couloir est complexe et le temps est contre nous ! Tous les relais sont décalés sur la droite, à cause du manque de neige, ce qui nous demande un effort plus grand et une perte de temps précieux, avec des sections sur rocher en piolets crampons, dans un niveau 5c/6a. Nous sommes proches du col, à la moitié de l’ascension, et il est déjà 14h30, altitude 2750m, à 257 m du sommet, à 3.002 m. Nous avançons péniblement, le visage marqué par l’effort.
Nous ne parlons plus, certaines longueurs prennent jusqu’à une heure, avec des passages entre glace et rocher, complètement trempés par les coulées de neige. L'erreur n'est pas de mise avec 3 malheureuses protections par longueur de 50 mètres.

A l'approche de la nuit, nous décidons de renoncer, vu le retard accumulé, le danger est trop grand…
Une ambiance à couper au couteau, le retour est encore plus complexe, par de multiples rappels en traversée, pendant plus de 3 heures, rien que le couloir. Ensuite, il faut repasser par le passage en glace pourrie, puis c’est une suite de traversées sur le glacier supérieur où nous progressons avec prudence, les deux piolets bien enfoncés dans la neige et les appuis bien ancrés. Nous franchissons la rimaye avec un passage très pentu! Et nous revoici sur le glacier principal en direction du Paso Supérieur, pour une marche de ± 1h30, heureux d’être enfin arrivés.
On fait fondre tout de suite un peu de neige pour le repas du soir. Et vers 21h30, le team belge nous rejoint. Le soir, tempête de neige, tout est enseveli, avec des températures de –5 à -7 degrés…et ce vent !… Enfin c’est le retour bien mérité, d’abord à Rio Blanco et puis El Chalten pour se reposer et se préparer pour le dernier objectif : le Fitz Roy par la Franco Argentine. Que bueno aqui !

Fitz Roy 3.405 m.
Après 5 jours d’attente à El Chalten. Avec le « groupo Belga » au complet dans une atmosphère caliente, autour de nous ça discute météo, pour le prochain créneau qui reste encore incertain ; avec Alex et Thomas Huber, Peter Croft, Steph Daves !!
Le temps presse et finalement nous décidons de monter vers « Camp Rio Blanco ». Depuis quelques jours nous nous préparons mentalement pour attaquer le Fitz Roy par la Franco-Argentine. Préparation minutieuse du matériel de montagne et des réserves alimentaires pour une autonomie de 3 à 4 jours. Nous partons demain, mercredi 1er mars dans l’après-midi, vers le « Paso Supérieur » et arrivons à 17h pour découvrir le Base Camp rempli de neige jusqu'à 50 cm ; toutes les grottes sont bouchées…Il faut dégager au plus vite et se restaurer, avant l’attaque de ce soir.
Les montres sont réglées à 23h30, départ à 00h30 par l’échelle le long de la falaise du col, pour rejoindre le glacier juste à son pied.
Nous sommes les premiers et il faut faire les traces, ce qui nous ralentit beaucoup ; il faut redoubler d’effort. La nuit vient de commencer, – 9°C : faire attention aux crevasses recouvertes de neige fraîche, puis passage sur une rimaye avec au milieu un peu de mixte à 60°.
Après une longue et pénible marche de 4 heures en direction du Fitz Roy, nous sommes bloqués par une crevasse gigantesque et la montagne prend maintenant une autre physionomie, je préfère attendre l’aube pour repartir. Avec les vêtements mouillés par la marche, nous attendons dans un froid paralysant. Bientôt nous perdons la sensibilité des pieds à cause du froid…Un travail intérieur est nécessaire pour résister à cette expérience.

Nous repartons à 6h15, en effectuant un détour d’environ une heure, dans une neige profonde avec le passage d’une crevasse très verticale, puis nous arrivons au pied de la brèche et devant nous, il y a les ombres d’une grande rimaye de 50m, verticale, en glace délicate dont j’entreprends l’escalade. Après une traversée sur la droite, nous rejoignons un couloir en mixte à 50°.
Dans le couloir, nous perdons du temps et nous nous rendons compte que les conditions changent de plus en plus vite au-dessus de nous. Des tourbillons de neige sur les terrasses supérieures chargent de poudreuse l’ensemble de la face sud, et le vent glacial gronde avec fracas…
Nous décidons d'arrêter l'ascension. Muets et tristes, nous entamons la descente. Une ascension de ce type demande courage, mesure et un certain contrôle intérieur, trois qualités qui nous amènent à une préparation entièrement raisonnée et consciencieuse. Et cela doit coïncider avec de bonnes conditions de montagne.

Le lendemain nous descendrons de la montagne, nos sacs chargés à ras bord ...Je ne vous raconte pas l'état des épaules... De plus une dépression gigantesque de furie nous est tombée dessus. Pour le retour, des vents d'une violence extrême, avec des rafales qui nous déséquilibrent jusqu’à nous agenouiller au sol !!! Nous sommes bien cassés, mais une fiesta avec "Assado" nous attend ce soir.

Philippe Ceulemans / Expédition Patagonie - Février & Mars 2006

Un tout grand merci à nos sponsors pour la confiance qu’ils nous ont accordée en nous aidant à réaliser nos rêves : Club Alpin Belge Aile Francophone, ADEPS, CABBAC, Club Alpin Belge section du Brabant, Stone Age, Entre Ciel et Terre, Bleau, Seeonee, Starpole, Imprimerie Leonce Deprez, Ets. R. Van den Bergh, Casio, Axa, Julbo, Five Ten.

C’est la marée basse à Diksmuide. Une petite fille de six ans est sur la plage. Elle est vêtue d’une longue jupe rayée avec des lignes verticales noires et blanches, et le grand chapeau qui la co