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Ami Joseph, tu crois que ça ira?

Soumis par Scohy Chantal le mar, 20/02/2007 - 00:00

Cette phrase, c’était lui immanquablement ! Puis je voyais le bonhomme, le béret vissé sur la tête, la veste de montagne ou la chemise à carreaux, à la ville comme à la montagne, il était reconnaissable entre mille.
Je fais partie des très nombreux débutants que Joseph a pris sous son aile pour un bout de chemin. Car il avait le sens du mot parrainage en lui, et au-delà de l’apprentissage technique, il avait le souci de faire découvrir à ses protégés tout l’Alpinisme avec un grand A, cet alpinisme qu’il vivait presque comme une religion.
Avec lui j’ai découvert Freyr et les premières voies : ah, il fallait le voir, dans la dalle des Buses, déplier son échelle magique, qui réglée au millimètre près lui permettait de mousquetoner le clou de sortie !
Avec lui j’ai découvert le camping à Freyr, hiver comme été : sa place c’était sous les trois bouleaux. Comme il y venait chaque WE, l’herbe avait renoncé à repousser, et sa place était nettement marquée. Il fallait voir l’organisation du petit déj’, avec le café à couper au couteau accompagné d’autres gâteries qu’il avait gentiment prévues pour partager avec nous.
Avec lui j’ai découvert Fontainebleau, où il nous a expliqué comment poffer les prises proprement ! Il a aussi voulu me faire découvrir le Saussois, massif de référence de son époque.
Avec lui, l’hiver, j’ai découvert lors de longues randonnées en peaux de phoque, les Vosges mais aussi les Fagnes du temps où aucune restriction n’existait car rares étaient les personnes les fréquentant à ce moment de l’année.
Moi, ce qui me passionnait aussi, c’était les histoires de Joseph : Il a largement contribué à me faire connaître toute une génération d’anciens du club alpin, à travers toute une série d’anecdotes qu’il adorait nous faire partager. Et puis il avait aussi vécu : la campagne de 1939 en tant que jeune soldat, puis le travail forcé en Autriche, et le service militaire en Angleterre, ses premières escapades dans les Ardennes avec son frère, ses courses en montagne, Chamonix, et plus tard le Ruwenzori et le Pérou, et plus tard encore ses voyages. La pipe vissée, souvent une bonne bouteille de vin plantée entre nous, les soirées au bivouac ou au refuge passaient bien vite ainsi.
Puis j’ai pris mon envol, et j’ai eu l’occasion de l’emmener faire des courses en montagne, avec encore une série de souvenirs: le Corno Stella, dans les Alpes Maritimes, réalisé dans des conditions hivernales, ou lors de cet orage spectaculaire que nous avions encaissé alors que nous réalisions l’ascension de la Cougourde, à Saas-Fee, où nous avions mis à notre actif quelques 4000 dont le Nadelgrat et le Rimpfishorn, ou encore lors de la traversée des aiguilles de Chambeyron.
Car même s’il ne se vantait pas beaucoup, Joseph avait à mes yeux une qualité importante pour un alpiniste, celle de rester calme et optimiste en toute circonstance! On entendait bien parfois quelque juron mais cela n’allait jamais plus loin même si la situation était parfois limite…
Et comme bien de ses amis, j’ai aussi des anecdotes drôles à son sujet, comme par exemple le truc que nous avions mis en place pour bien dormir en refuge : en effet Joseph avait une capacité de ronflement assez épouvantable. Lors de l’attribution des couchettes, nous nous arrangions pour dormir chacun aux antipodes du dortoir, ce qui nous garantissait à tous deux une excellente nuit. Le matin, nous devions rire des commentaires qui ne manquaient pas de parvenir à nos oreilles! Mais le truc marchait du tonnerre !
Alors voilà, Joseph, je voulais te remercier pour avoir su me parrainer dans le sens authentique du mot, lors de mon arrivée au club alpin. Ainsi que tu l’as fait pour beaucoup d’autres, tu m’as appris l’alpinisme dans sa dimension « philosophie de vie » ainsi que tu l’as pratiqué jusqu’à la fin de ta vie. Tu l’as fait en toute gentillesse, en toute simplicité, en toute générosité, à travers les différences de générations, ce qui a donné à ton approche cette richesse de la transmission de l’histoire de nos prédécesseurs.
Tu étais un chouette ami Joseph ! Merci pour nous tous, ça ira !

Chantal SCOHY

« Tu crois que ça ira ? » Cette phrase, je pouvais l’entendre n’importe où....je cherchais aussitôt Joseph des yeux.