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Les derniers témoins de l'existence des montagnes..

Soumis par Lepot Monique le 1 March 2007

Mais où est-il ce groupe d’humains dont on m’a dit qu’ils étaient les derniers à avoir l’esprit de la montagne d’antan, cet esprit qui survit à mon insu jusque dans mon casque d’assistance permanente au cerveau ? Je vais peut-être les trouver grâce à mon décodeur à laser optique. Ah les voilà, les membres du Club Alpin… Eh ! Mais ils sont vivants. Oh pauvres, mais que vous êtes maigrichons ! Il est vrai que vous vous êtes démenés tant et plus pour voir les vallées verdoyantes de pâturages et de sapins où descendaient des torrents murmurants avec ça et là des beaux petits chalets de bois, le tout encadré de montagnes aux sommets rocheux et enneigés.

Oui, vous les avez explorées ces montagnes, conquises et reconquises d’âpre lutte mais dans une incroyable jungle de libertés individuelles, de ruées enthousiastes parfois un peu brouillonnes par des moyens de fortune. Vous en avez eu du courage !
Mais j’entends dans mon casque qu’au siècle passé,vers 1960, on avait commencé à mettre de l’ordre, à rédiger des topos super précis avec des horaires et des notes de style… aussi bien pour faire le tour des montagnes que pour les traverser ou même les gravir. Cette nouvelle éthique alpine a duré une quarantaine d’années avec un matériel de plus en plus sophistiqué, de moins en moins lourd mais de plus en plus coûteux. Ce fut une période de grandes rivalités, de courses aux Seven Summits ou aux 14-8000 qui fit énormément de victimes. Franchement que de risques inutiles.
Nous, plus vraiment besoin d’équipement… Le string minimum ! Seulement un décodeur à laser optique et un casque d’assistance permanente au cerveau. Très léger notre matos ! Pour faire de la montagne, nous jouons, il nous suffit de jouer à Play Static. Play Static, c’est fantastique car nos simulateurs d’escalade électronique sont tellement perfectionnés que l’on peut vivre sans effort les ascensions les plus célèbres avec l’agrément de les vivre en solitaire, à notre propre rythme en choisissant nos conditions météo. Ce qui fait que les plus doués à ce jeu peuvent se faire par exemple une Tour de Mustagh par une belle journée claire de juin ou un Fitz Roy sans vent. Ça ce sont des exploits ! Yess ! C’est génial ne trouvez vous pas ?!
Nous avons atteint ce niveau de performance suite à une succession de nouveautés apparues déjà vers 2010, lorsque les montagnes connurent des conditions climatiques nouvelles en même temps qu’une sur-fréquentation.

Première innovation : le permis de grimper. Il s’agissait d’une carte magnétique à introduire dans une machine de contrôle au bas de voies d’escalade et au début de chaque sentier. Ensuite, des milliers d’itinéraires par massif furent répertoriés, jalonnés de sondes thermosensibles reliées à un ordinateur central capables de détecter les conditions de la voie et celles des grimpeurs : conseils, encouragement, mises en garde, félicitations. Et sur tous les parcours étaient prévus des photos points, des pipis cacas points ainsi que des distributeurs de Red Bull.
C’était encore mieux que l’idée des guides-robots utilisés tout un temps car leur conversation étaient d’une rare courtoisie et d’une patience qu’on ne trouvait plus chez les guides professionnels. Quel accueil et quelle sécurité ! Plus d’angoisse ! Un seul accident à déplorer, provoqué par un type qui, pour un pari stupide, a décidé de faire une longueur les pieds d’abord et la tête en bas. Ce n’était pars prévu au programme, il a provoqué une erreur logicielle, le disque dur s’est scratché si bien qu’une centaine d’alpinistes incapables de grimper responsable perdirent la vie.

Oh mais il faut que je vous raconte que quand certains voulurent refaire des premières, ils se mirent à dynamiter ces voies toutes tracées et sécurisées pour avoir le plaisir et les sensations d’avant sur un rocher vierge. Ils firent ainsi 29 premières à l’aiguille Dibona. Plus captivant encore devenait le jeu quand on pouvait faire une dernière. Il s’agissait de réussir une ultime ascension juste avant que la montagne ne s’écroule complètement.
Il y eut aussi l’époque des Verts, les Ecolos qu’on les appelait. Ce fut une période très courte car très peu amusante. Il était interdit de skier sans éliminateur de traces à l’arrière. Quant à l’escalade, aucun moyen qui ne soit naturel n’était autorisé. Plus de pitons ni friends ni coinceurs. On devait grimper à la Brown, en coinçant des cailloux dans les fissures. Ils finirent par interdire la corde, le piolet et même pour les randonneurs les chaussures et les chaussettes. Retour à Stone Age ! Ce n’est pas une pub pour la salle d’escalade !

Le massif du Mont Blanc était devenu parc naturel, on avait tendu devant la chaîne une énorme toile peinte d’un paysage maritime pour éviter les tentations. Plus que des blaireaux à Chamonix Plage ! Et peu à peu, à cause du phénomène réchauffement de la Terre, les montagnes devinrent très dangereuses et perdurent de leur attrait magique. Quelques grimpeurs s’accrochèrent encore en se lançant dans l’escalade des façade de cinéma, des basiliques et certains des plus hautes tours de béton du monde mais finalement ils se rallièrent à notre système Play Static, le jeu d’alpinisme qui rend fort, très très fort, de plus en plus fort et sans effort !
C’était très émouvant pour moi de vous rencontrer ce soir, vous les derniers témoins d’une époque héroïque…

Et avant de vous quitter, j’ai encore deux petites choses à vous dire : d’abord que je fus guidée et inspirée ce soir par une dame de la montagne, écrivain qui s’appelle Anne Sauvy et que ce qui m’a décidée à venir c’est que… et bien, il y a très longtemps, j’étais encore bien jeune, à un réveillon de nouvel an, nous campions à Fontainebleau et des copines de la section m’avait désignée pour faire un strip- tease. Mais il pleuvait très fort ce soir-là et je n’avais pas envie de me mouiller… C’est là que je fus traitée de dégonflée. J’ai voulu vous montrer le contraire.
Merci. Monique Lepot – une extra terrestre gonflée

PS : références « Les flammes de pierres » de Anne SAUVY 

Mais que c’est instructif, cette visite au musée de l’alpinisme. Je l’aime bien cette mission de reconnaissance.