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Alpamayo 2008

Soumis par Leners Roland le 20 July 2008

N'ayant pas le temps de m'occuper moi-même de l'organisation, et également pour rassurer mes proches, je me suis inscrit à une expédition commerciale dans la Cordillère Blanche au Pérou, avec les sommets de l’Alpamayo et le Tocllaraju comme objectifs majeurs. Fin juin je m'envole pour Lima, après une semaine d'acclimatation dans le Valais et une relecture attentive de Tintin et le temple du soleil en guise de préparation. J'ai rendez-vous à Lima avec les deux autres participants, Aline et Alain, et ensemble nous prenons le bus de nuit pour Huaraz, la ville principale au cœur de la Cordillère Blanche. Nous y retrouvons le restant de l'équipe, à savoir Abel et Manuel, uide et aspi, Bernardo le cuisinier et Maximo le porteur d'altitude.

La vallée principale de Huaraz, vallée du Río Santa, est orientée nord-sud et toutes les vallées latérales qui amènent vers les camps de bases et les sommets montent de l'ouest vers l'est. Ce sont des fonds plats à des altitudes de 4000 à 4200 mètres desquels les parois rocheuses montent de façon abrupte. On peut marcher des heures sans perdre ou gagner plus de 10 mètres. Les sommets qui ferment les fonds de vallée comportent des arêtes extrêmement cornichées, sculptées par le vent et les précipitations de neige en provenance de la forêt amazonienne qui s'étend sur des milliers de kilomètres à l'est de la cordillère. L'ensemble forme un spectacle époustouflant dont on ne se lasse pas.

Le lendemain de notre arrivée à Huaraz nous partons en trek d'acclimatation dans deux vallées peu fréquentées la Quebrada Rurec et la Quebrada Rajucolta au sud de Huaraz. Le passage entre les deux vallées est à plus de 5000m et je dois avouer que cette entrée en matière musclée me met à rude épreuve, malgré ma mise en jambes dans le Valais de la semaine précédente. De retour à Huaraz, nous apprenons que l'accès à notre premier objectif le Tocllaraju est extrêmement crevassé et fortement compromis. Nous nous mettons finalement d'accord pour tenter notre chance auprès de son voisin, le Ranrapalca. Ce changement s'avère très heureux puisque c’est une course plus variée que le Tocclaraju et son style tranche davantage avec celui de l'Alpamayo. Avant de nous attaquer au Ranrapalca, deux courses de préparation à partir du CB dans la vallée de l'Ishinca sont prévues (Urus Este et Ishinca). Nous profitons de la descente de l'Ishinca, laquelle passe à l'emplacement du camp d'altitude du Ranrapalca, pour faire un premier dépôt de matériel (vers 5300m). Nous y remontons le lendemain, lourdement chargés, pour tenter le sommet le jour suivant. La voie se compose de trois parties : la première est un cheminement complexe à travers des barres de séracs, vient ensuite une large pente qui se termine en butée contre une barre rocheuse qui peut être franchie à deux endroits, vient finalement le plateau sommital avec le sommet au bout (6126m). Nous partons vers 1h du matin en deux cordées (une de 2 et une de 3). Nous nous égarons un peu dans les barres de séracs et devons effectuer quelques manœuvres scabreuses pour en sortir. Mon premier de cordée (Abel) se paie même une chute de quelques mètres dans une crevasse à la suite de l'écroulement d'un pont de neige. La première fois que je dois retenir une chute, à l'épaule de surcroît! Abel s'en sortira avec des bleus, certes douloureux. Il mord sur sa chique et continue. Lorsque l'aube pointe, nous sommes assez haut dans la pente et commençons à approcher de la barre rocheuse et des sections de mixte. Notre cordée débouche sur le plateau sommital vers 10h et nous touchons le sommet vers 11h, malheureusement dans les nuages. Le temps fait mine de se dégrader mais finalement il tiendra bon toute la journée. La descente de la pente de neige se fait en rappels, en grande partie sur des pieux à neige. A la fin nous devons franchir la rimaye de manière assez acrobatique afin d'éviter de nous engager à nouveau dans le dédale de séracs comme au petit matin. Après beaucoup de chipotages dans les rappels, nous arrivons finalement au camp d'altitude un peu avant 17h. Trop fatigués pour démonter les tentes et rentrer au CB, nous décidons de passer une nuit supplémentaire au camp d'altitude. Pendant la nuit je me réveille avec des douleurs inhabituelles aux doigts de pied. Il est vrai que pendant la journée j'ai eu assez froid aux pieds, avec des pertes momentanées de sensation. Mais rien d'inhabituel en comparaison avec une sortie hivernale dans les Alpes. Cependant à en juger par la couleur de mes orteils et de mes ongles, j'ai bel et bien attrapé quelques engelures. Je passe le restant de la nuit à masser mes doigts de pied (et à me convaincre du caractère bénin des lésions!). Finalement les dégâts se limiteront à la perte de trois ongles et à une sensibilité réduite qui durera quelques mois.

Après avoir réussi l'ascension du Ranrapalca, nous démontons le camp et redescendons à Huaraz pour une journée de repos. J'en profite pour consulter un médecin (un ORL de passage dans l'hôtel!) pour mes pieds et pour louer une autre paire de chaussures. Nous devons également négocier un peu pour que Bernardo reste avec nous. Il nous mijote de ces plats, nous n'en revenons pas. Comme il est promis à une autre expé, nous devons user de tous les arguments (honorables) pour le retenir. Nous partons finalement en minibus vers la Quebrada Llanganuco qui partage les massifs du Huandoy et du Huascaran. C'est une des rares pistes carrossables qui traversent la Cordillère Blanche. Elle passe un col de près de 4800m et rend facilement accessible le cœur de la Cordillère Blanche. Il suffit d'accepter d'être malade dans le bus. On jouit d'une vue imprenable sur les sommets du Huandoy et en particulier sur la face sud du Huandoy Sur, théâtre d'une voie incroyable signée René Desmaison. Cette piste se trouve donc dans la plupart des guides touristiques. Nous avons même rencontré un VTTiste. Cette approche par la Quebrada Llanganuco nous permet d'approcher le CB de l'Alpamayo en 2 jours par l'est (via le col Punta Unión) et de rentrer par l'ouest (via la Quebrada Santa Cruz). Le passage par Punta Unión offre encore un de ces panoramas magnifiques, notamment sur le Taulliraju, une des montagnes les plus difficiles de la cordillère. C'est donc avec plein de belles images dans nos boîtiers (et têtes) que nous arrivons au CB de l'Alpamayo. Je m'attends à une forte affluence étant donné la célébrité de la montagne (elle fut élue "la plus belle montagne de la terre" à une exposition photographique à Munich en 1966). Toute proportion gardée, le camp d'altitude doit être à la Cordillère Blanche, ce que le refuge du Goûter est aux Alpes. Je ne suis pas moins surpris quand, le lendemain, nous nous retrouvons seuls au camp d'altitude. Des petites chutes de neige semblent avoir refroidi les ardeurs de certains. Finalement une cordée anglaise et leur guide péruvien montent en fin de journée et nous nous retrouvons donc à 3 cordées pour l'ascension. C'est plus que assez car les voies sont des couloirs raides entre flûtes de glace où l'on se fait copieusement asperger de morceaux de glace et autres projectiles par les cordées qui précèdent. Vous vous y retrouvez à 5 cordées et c'est le carnaval de Rio! La voie classique (dite Ferrari) n'est pas praticable cette année car un sérac monstrueux barre l'accès à l'arête sommitale à l'aplomb de la voie. Nous choisissons donc la Voie des Français (dite Renault), plus raide et plus longue, mais qui, outre d'être plus sûre cette année, a l'avantage de déboucher directement au sommet. Comme pour le Ranrapalca, nous démarrons à 1h du matin. Nous grimpons en duvet car il fait un froid de canard dans cette face (orientée sud-ouest). A nouveau beaucoup de chipotages à l'installation des relais, ce qui nous ralentit fortement. Nous arrivons au sommet qu'à 9h, heureusement sans un pet de vent. Nous musardons un peu au sommet et attendons que la cordée anglaise y arrive avant de nous engager dans les rappels. Je dois dire que la politesse ne nous est pas rendue par leur guide, parce qu'ils s'engagent rapidement derrière nous et ouvrent un feu nourri de glaçons dans notre direction. Après les ongles bleus du Ranrapalca, je ramène donc des bleus sur les épaules et les bras de l'Alpamayo. Ceci ne nous a cependant pas empêché de sabrer le Pisco Sour tous ensemble au CB. Lors du retour dans la vallée, une patate douce a raison de ma couronne dentaire. Aline, une des participantes et par hasard dentiste, voit arriver sa chance d'enfin pratiquer de la médecine de campagne. Elle prétend avoir emporté du mastic de l'armée américaine (!) qui peut être utilisé pour un recimentage. Il suffit de nettoyer un peu au couteau (suisse) et désinfecter au pisco (péruvien). Heureusement elle a oublié le ciment à l'hôtel et j'évite le pire. Je me fais finalement soigner à Huaraz et je peux vous garantir qu'un dentiste péruvien n'est pas très différent d'un dentiste belge.

Différentes cotations des deux courses peuvent être trouvées dans la littérature. Cependant je n'ai pas trouvé de cotations à double entrée, système de cotation qui me semble le meilleur pour ce type de courses. Je coterais la face NE (voie normale) du Ranrapalca IV D et la Voie des Français à l'Alpamayo IV 2. L'engagement se répartit différemment sur les deux jours à partir du CB. L'accès au C1 du Ranrapalca est une course de neige facile, par contre la face est longue (800m) et compliquée. L'accès au C1 du Alpamayo est déjà une belle course de glace technique, mais la face est assez courte (la face nord de la Tour Ronde en plus raide) avec un itinéraire évident. Dans les deux cas, l'engagement est limité par le fait que les itinéraires de montée et de descente sont identiques. J'ai bien aimé le topo-guide "Classical Climbs of the Cordillera Blanca" de Brad Johnson (http://www.peaksandplaces.com/purchase_book.htm, aussi disponible via http://www.cordee.co.uk/CCA294.php) paru en 2003. Il comporte une sélection de voies avec de belles photos couleurs et des cartes satellites des différents massifs. Le OeAV (Club alpin autrichien) a édité d'excellentes cartes topographiques de la Cordillère Blanche qui peuvent s'acheter via http://www.alpenverein.at/karten/Shop/Expeditionskarten/. On peut les acheter sur place mais elles sont plus chères. Un montage photo et vidéo de l'expé peut être visionné sur http://home.scarlet.be/rolandleners/videoAlpamayo/flvplayer.html.

Roland LENERS

Cela faisait un bout de temps que l'envie d'une expédition me taraudait. Et puis cet été, la possibilité d'un congé prolongé s'est enfin offerte à moi.

Alpamayo