Aller au contenu principal

Papy traverse la Meije avec Thomas et Cyrille

Soumis par Van Boeckel Pol le jeu, 20/08/2009 - 00:00

c’était déjà un peu plus haut (Yves et Berto étaient à la dalle Castelnau.

Petit Pol est devenu Papy Pol et à part quelques Mont-Blanc entre amis, nous sommes passés à la rando, au vélo au jogging …
Et depuis quelques années, le ski de randonnée découvert au CAB et pratiqué avec des copains et Cyrille.
Cyrille c’est le guide, nous sommes ensemble dans le Queyras précisément pour une semaine de ski de rando ; on parle le soir autour de la table, Kiki et Alain l’ont faite cette traversée, précisément avec Cyrille, très belle course, ça je le savais déjà, excellent souvenir, tiens, tiens..!
Je vis déjà de souvenirs.

La Meije, c’était je pense il y a 25 ans et les os ont un peu vieilli, les articulations encore davantage, le palpitant et le soufflet s’emballent quelquefois dans les côtes. Je décide de lui en parler car j’en rêve encore, je ne risque rien sinon qu’il examine cette proposition avec un brin de circonspection car j’en suis toujours au 4 sup et au nœud de chaise; ma condition physique, il la connaît!
Je profite d’un moment d’isolement et je lui en parle.
«Bien sûr que tu pourrais la faire cette traversée, tu as encore la caisse»… et je peux me payer un guide! (ça c’est moi qui ai rajouté).
Sa proposition me plaît: on monte à partir de La Grave, première station du téléphérique, descendre les vallons de la Meije, remonter les Enfetchorres, Brèche de la Meije, redescendre au refuge du promontoire, un peu de repos et on casse la croûte; attaque de la voie dans l’après-midi, peu ou pas de monde donc escalade agréable, bivouac au glacier carré et départ tôt le matin, en principe bonne neige gelée sur le glacier, le sommet, les arêtes, peu de monde, on casse la croûte à l’Aigle; descente et à 17H, « retour à la maison.». Emballez c’est pesé !

Donc RV est pris pour cet été, je vais m’imposer un entraînement digne d’un athlète chinois en préparation olympique et accumuler les heures d’escalade en falaise. Bien sûr, il ne restera pas grand chose de ces bonnes résolutions : Thomas accepte de tirer Papa dans quelques voies à Dave, je vais une fois tâter du « marbre » à Freyr et parfaire l’utilisation de toutes les nouveautés d’assurage et de rappel sous l’œil attentif et goguenard du fiston, et bien sûr je continue à jogger avec enthousiasme le samedi matin.
J’avais d’abord opté pour le camping à La Bérarde, histoire de remuer les souvenirs, mais Michel qui s’était proposé pour me coacher pendant ma période d’« acclimatation » préfère un gîte. Rien de libre à trouver, on ira donc à l’hôtel à La Grave, au diable l’avarice!
Le jour du départ je suis seul: Michel n’a pas pu m’accompagner pour des raisons familiales. Je loge au «Castillan» au bord de la route, un peu bruyant, mais une vue splendide sur la face nord de la Meije. J’opte cependant pour une chambre en retrait, histoire de fermer l’œil. Le personnel est sympa, la bouffe est bonne la chambre correcte ; il y a même une piscine qui ressemble à un klouchbak, et une possibilité de massage tibétain (non testé). Qu’est ce que le peuple demande de plus? Pendant une semaine je vais arpenter les sentiers et en principe « parfaire ma condition physique » souvent sous la drache, mais je n’en ai cure.
A la fin de la semaine Thomas, qui vient de terminer ses examens, me rejoint. Dès qu’il a su que Papy se payait un guide pour traverser la Meije, il a manifesté le désir de m’accompagner pour me soutenir ! Cyrille ayant marqué son accord, ce n’est pas d’un mauvais œil que je me vois coincé entre deux septogradistes, ça peut toujours servir.

Nous avons un contact téléphonique fréquent avec Cyrille dans l’attente du créneau météo et nous continuons notre préparation. Thomas m’entraîne dans une escalade rocheuse agréable mais franchement casse-gueule à la descente. Papy n’aime pas! Nous montons avec le téléphérique vers le col de la Girose pour un peu cramponner. Le temps est franchement mauvais, il y a un vent à décorner les cocus. Excepté le personnel de la station : personne ! On se fait rattraper par une dameuse, on vient gentiment nous annoncer qu’on ferme les cabines car ça souffle trop fort et que la seule possibilité de retour ce sera en fin de journée avec le personnel. Soit, le gars qui s’adresse à nous a laissé la porte de la dameuse ouverte; survient une rafale encore plus forte que les autres et nous voyons à la stupeur générale le pare-brise s’envoler, arraché par le vent.
Fou rire communicatif, le convoyeur saisit un chiffon et fait mine de nettoyer le pare-brise disparu, il y a des photos qui se perdent  On ne poussera pas le bouchon beaucoup plus loin, l’entraînement olympique a ses limites. Après quelques longueurs entrecoupées de progression quadrupédique, nous redescendons à la station du télé.

Le personnel ne rigole plus: un rouleau de damage a été emporté par le vent et trône quelques dizaines de mètres plus bas sur le glacier, la station est secouée et grince lugubrement; nous décidons de redescendre à pied en passant par la station intermédiaire. Mal nous en prend  à notre arrivée, le personnel accepte de nous descendre. Je n’aime pas leur regard soutenu lors du départ; les cabines avancent à une vitesse d’escargot et adoptent un mouvement d’essuie-glace à chaque rafale. J’observe attentivement la position des poulies sur le câble et fais des supputations sur la hauteur de la chute. J’ai la conviction que notre ascension de la Meije pourrait se terminer plus tôt que prévu. On finira quand même par arriver et nous fêtons ce retour à la vie.

Après cette excellente préparation psychologique, Cyrille nous annonce notre départ pour le WE, le créneau météo est fiable, grand beau prévu.
Effectivement, samedi à 7h30 Cyrille est là au petit déjeuner, en même temps que le beau temps. Vérification des sacs, élimination du superflu. Je pars léger, pas de sac de couchage, pas de matelas, pas de réchaud, pas de corde, peu de matos, vive le guide. 
Départ à 8h30 au premier « horrible » téléphérique. Première station, on s’équipe vite fait, on dévale vers les Enfetchorres. Cyrille connaît un raccourci pour rejoindre l’arête. On passe sous un névé et sa chute d’eau, très joli et astucieux ; il en profite pour doubler une cordée. On enchaîne les longueurs à corde tendue. Le rocher est franc et l’escalade est agréable et facile, du II ou du III tout au plus. Thomas évidemment se promène et veille sur son papa, le rythme est «un peu» soutenu pour moi mais le paysage est très beau et j’en oublie de râler. La cordée qui nous suit n’a aucun problème d’itinéraire, ils nous suivent à la trace de ma sueur; 600m de montée, on arrive au glacier, un peu de caillasse et Cyrille insiste pour que je cesse de canarder nos poursuivants, qui cherchent à nous rattraper. On met les crampons, et on arrive à la Brèche, ouf j’y suis.

Que de changements ! Une pensée affectueuse pour les copains avec qui je suis passé par ici il y a quelques décennies. Le glacier est beaucoup plus bas et a fondu comme l’Ozo dans la friteuse; n’empêche, la vue sur les Etançons est toujours aussi belle. J’en profite pour nettoyer mes verres de lunettes solaires couverts de transpiration mélangée à la crème solaire, et patatras je perds un verre une fois de plus. Horreur, c’est évidemment catastrophique, avec ce soleil pétant c’est l’ophtalmie assurée; j’arrive à le récupérer et je maudis une fois de plus «le meilleur opticien de Bruxelles» qui m’a fourgué cette camelote spécialement prévue pour le sport et dont il a spécialement refixé les verres suite à une perte antérieure! (je suis à votre disposition pour tout renseignement utile).
On descend la Brèche en crampons, pas très commode mais quand on est assuré d’en haut, ça change tout. On traverse le glacier sans difficulté et nous voilà au refuge du Promontoire. On enlève les crampons, il est midi. Selon Cyrille «on est dans les temps», cela ne m’étonne pas outre mesure. Thomas se promène sur le balcon et contemple le paysage, Papy est affalé sur le balcon et prépare son estomac à recevoir un repas complet. Cyrille a rencontré un collègue et discute tandis que le gardien du refuge s’évertue très gentiment à réparer mes lunettes avec un beau Scotch blanc. Nous passons à table avec le collègue et son client. Pas triste le collègue! Un vrai Marseillais, comme moi je suis un vrai Brusseleir! Nous sympathisons et échangeons nos impressions entre «clients». A la demande expresse de Cyrille je m’efforce d’avaler la montagne de spaghettis qu’il a flanquée dans mon assiette pour me «caler» dit-il. Thomas ingurgite sans difficulté des Himalayas de pâtes et moi des tonneaux de flotte. Les guides ne montrent pas un réel empressement à quitter le refuge mais ils finissent par donner le signal du départ après cette agréable mise en bouche.
Je me sens mieux, le «  calage » semble avoir eu de l’effet. La cordée du marseillais nous suivra, pour le meilleur car tout au long de l’ascension nous pourrons bénéficier de sa gouaille et de sa bonne humeur. Cyrille s’élance à toute vitesse dans la voie, sans hésitation nous suivons à bout de corde ; la consigne est claire, «  quand c’est tendu vous suivez ». Thomas récupère les points d’assurage placés lors de la progression. L’escalade est toujours agréable, le rocher très franc. Il fait incroyablement beau, j’ai le sentiment d’avoir beaucoup de chance de réaliser cette ascension dans d’aussi bonnes conditions. Dans le Duhamel nous rattrapons une cordée qui s’efforce de nous jeter quelques pierres à la tête ; le guide n’est pas content et leur propose de nous suivre dans l’itinéraire et pas à côté. Je me demande ce qu’ils font dans le couloir au milieu de l’après –midi, je pense qu’ils sont en train de « sukkeler » et je soupçonne fort qu’ils ne seront pas en mesure de nous suivre. Effectivement, nous les perdons vite de vue et nous ne nous vengeons pas ! Nous dépassons l’emplacement de la pyramide Duhamel. On aborde la muraille Castelnau. J’éprouve quelques difficultés à franchir le premier« pas » car j’ai eu la bonne idée de chausser mes hivernales, pas vraiment recommandées pour ce genre d’escalade. Je finis par y arriver sans me faire hisser, mais c’est un peu « juste ». Cyrille me rassure, il a déjà treuillé des clients dans ce premier passage. La suite est un enchaînement des plus agréables et des plus subtils. Je suis impressionné par la complexité de l’itinéraire et les nombreux changements de cap qui permettent la progression. Chapeau au père Gaspard. Nous enchaînons la Grande Vire, le Dos d’Ane, la dalle des Autrichiens, le Pas du Chat et enfin la vire du glacier carré où nous allons bivouaquer.
Cyrille fait part de ses intentions à son collègue : « comme ils marchent bien, on bivouaque au sommet ». Papy ne dit mot mais trouve que ça fait une solide branlée en une journée. On chausse les crampons et on traverse en diagonale le glacier ; la neige est bonne et les crampons mordent bien, nous arrivons à la brèche. On enlève les crampons. Vue plongeante sur «  l’abîme » de la face nord plongée dans l’ombre et luisante de verglas. Brrr ! Impressionnant. Reste le sommet, une montée rapide et facile jusqu'à un dièdre dont le flanc gauche mène au Cheval Rouge. On monte à la crête et on se retrouve à califourchon sur l’arête avec l’originalité d’avoir une jambe dans le département de l’Isère et l’autre dans les Hautes-Alpes. (J’ai bien écrit : les jambes …). Encore quelques mètres et nous voilà au sommet. Moment d’intense plaisir et de soulagement, photos traditionnelles avec fiston près de la petite vierge, vue splendide sur l’enfilade des dents, c’est pour demain ! Nous assistons à un coucher de soleil d’anthologie, seuls au sommet, un rare privilège. Nous sommes rejoints par la cordée marseillaise qui va passer la nuit au sommet à grelotter avec nous. Cyrille s’affaire, sort son réchaud, nous prépare le potage suivi du traditionnel lyophilisé insipide et prépare les boissons, c’est bien commode. Ce n’est pas tout : voilà qu’il réclame un assurage, descend dans la paroi et revient avec des Karrimats !! La nuit sera un peu moins inconfortable que prévue. Nous étendons les matelas sur la neige, Thomas se glisse dans son sac de couchage, je me couvre de tout ce que je possède et me glisse dans le sur sac en Goretex d’Albert, Cyrille dans le sien et nous voilà embarqués pour une nuit de castagnettes. Pour faire court : j’ai peu dormi, un peu tremblé, j’ai contemplé la Voie Lactée, nous nous sommes retournés un nombre incalculable de fois, et aux premières lueurs de l’aube je suis debout. Mais je n’aurais pas échangé ma place contre une nuit à l’Intercontinental de Dubaï. Petit déj expédié. Toujours grand beau. Descente rapide et rappel jusqu'à la brèche Zsigmondy ; très impressionnant les à-pics de part et d’autre de cette lame rocheuse. Enfin on aborde le passage clé de la voie : la dent Zsigmondy. On met les crampons. Cyrille file le long du câble, les instructions sont toujours les mêmes, on suit à bout de corde. Une longue traversée horizontale sur pointes avant, pas de difficultés. Les choses se corsent pour rejoindre l’arête, une goulotte en glace vive : le câble est bien là mais pas toujours utile et même quelquefois gênant. Thomas me talonne et m’encourage, je pompe, je râle, un rétablissement et je prends pied sur une lame de rocher enchâssée dans la glace, encore quelques mètres « haute tension » et je rejoins Cyrille au relais, ouf c’est passé. C’est, à mes yeux, la longueur la plus costaude.
La suite est un régal : les dents se succèdent, soit on suit le fil de l’arête entre la face sud ensoleillée et la nord plongée dans l’ombre, soit on passe en face nord pour progresser dans de beaux névés. Nous arrivons à l’emplacement du rappel, pas évident à trouver d’ailleurs. Cyrille et son collègue fricotent un assemblage de cordes qui nous permet de faire un seul rappel pour rejoindre le glacier du Tabuchet et de sauter aisément la rimaye. Le collègue rate un peu son coup et est trop court lors du saut, il pendouille lamentablement au-dessus de la rimaye et il faut lui donner un petit coup de main pour qu’il prenne appui sur la lèvre inférieure.
On descend tous sans difficulté jusqu'à l’Aigle, on enlève les crampons, et on casse la croûte. Papy s’installe à l’extérieur sur le banc et contemple le chemin parcouru. Les guides restent un peu collés à l’intérieur à babeler. Enfin on rechausse les crampons et on entame la descente interminaaaaable. Papy arrive au parking une demi-heure après les autres qui l’ont lâchement abandonné, mais c’est lui qui avait la clé de l’auto ah, ah !
Excellent «  souvenir » de montagne, splendide traversée, le tout par très beau temps, si, si, la preuve : les ardeurs solaires ont détruit l’écran LCD de l’appareil photo d’Antoinette (Antoinette pas contente !)

Papy Pol

Je l’ai tentée 2 fois cette traversée: une fois au refuge du Promontoire, cela s’était terminé dans la flotte; une autre avec Jean dans l’orage, au Duhamel quand même,

La Meije, Massif, Oisan, La Grave