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LES NEIGES DU KILIMANDJARO - février 2010

Soumis par Debecker Johan le 20 February 2010

..Bref, je me suis fait enlever la plaque et les vis le 11 janvier, les fils le 29 et je partais le 30 janvier, j'appréhendais vraiment.
Nairobi: je sens déjà la différence de température, j'arrive à 6h30 et il fait bon, le soleil est là...le chauffeur aussi.

En traversant Nairobi en direction d’Arusha, je suis frappé par la pauvreté des routes, des villages, de l'ensemble. Arusha, altitude 1380 m, idéal pour l'acclimatation...
L'idée de faire le Kili maintenant, c'est dû au réchauffement de la planète, pouvoir passer à côté des quelques mètres de glacier tant qu’ils existent encore....c'est pas peu dire, on distingue nettement l'endroit où un glacier avait vécu, c'est terrifiant ...il n'y a plus que de la roche, un vrai désert.
Je rencontre John, Seimoun, Brema, Jéremy et Tito soit dans l’ordre, le guide, le cuistot et les 3 porteurs.

Jour 1:
Après deux jours à Arusha, départ le matin en Jeep. Après la traversée de zones cultivées (banane, café, maïs), nous arrivons à Machame Gate (1800 m) à la lisière de la forêt dense. Formalités, tri des bagages, et nous progressons dans une forêt tropicale, luxuriante et humide. A chaque étape, obligation de s'inscrire sur le registre du camp. Après 3h40 de marche, nous arrivons à Machame Hut (3000M). Le guide me signale déjà que je marche trop vite...Dénivelé 1200m. Je ne ferme pas l'oeil de la nuit...

Jour 2:
La montée devient plus raide au travers des hautes herbes, des bruyères géantes auxquelles pendent des lichens, des cactus géants. La vue est belle, en plein soleil sur le Kili. Rien de vraiment spécial durant cette étape: 3h30 de marche rapide et arrivée à Shira Camp à 3800 m. Dénivelé: 800 m - Toujours pas fermé l'oeil de la nuit...j'ignore la raison.

Jour 3:
Nous poursuivons la traversée du Shira plateau jusqu'à un col situé à 4600 m, avant de redescendre vers la faille de Barranco. La vue est magnifique, une rivière coule entre les séneçons géants. Une montée nous amène à Barranco Hut à 3950 m. Bivouac sous le glacier Heim. 5h30 de marche Dénivelé +800 m -650 m. Pas moyen de dormir....je commence à être un peu fatigué.

Jour 4:
Traversée des escarpements de Breach Wall où les mains sont souvent utiles, un passage rude, mais les efforts sont largement récompensés par la vue sur les glaciers d'Heim et de Kersten. Nous montons et descendons, les coulées de lave et les champs de bombes volcaniques se succèdent. Progression à flanc de montagne à une altitude de 4000 m.
La végétation a quasiment disparu. Pause-repas dans la vallée de Karanga, où la Mweka route rejoint la Machame route. Progression jusqu'à Barafu Hut (4600 m) 6h00. Toujours trop rapide… Dénivelé +1000 m/-300 m
Je n'arrive toujours pas à dormir, je me repose et puis l'excitation commence à m'envahir, car le lever débute à minuit pour un départ vers le sommet aux environs de minuit trente.
Je ne souhaite pas prendre de somnifère de peur d'être groggy pour l'ascension. Je prends, en prévention, un Diamox: c'est la première fois que je monte si haut....

Jour 5:
Minuit: préparation de mon sac à dos avec de l'eau sucrée, des barres d'Isostar et un sachet de dattes bien sucrées, lunettes de Glacier et beurre de cacao, crème solaire, trousse de secours et une dose de courage.
J'accumule la fatigue, je le sens mais je suis toujours aussi excité.
L'ascension commence, il y a déjà beaucoup de monde devant nous, petites frontales dans la nuit... Le guide me tire, nous dépassons les groupes un à un, il est plus facile de se mouvoir à deux qu'avec un groupe de 10 à 15 personnes. Après 2 heures de marche, le doute commence à m'envahir, je n'ai pas l'impression d'avoir monté de beaucoup, tant nous zigzaguons entre les rochers. La progression se fait de plus en plus lente, un groupe de Français me double, je commence à ressentir la fatigue.
Je m'accroche à leurs basques pour maintenir un rythme normal mais ils vont trop vite, je décroche avec d'autres du même groupe.
Cela fait maintenant 4 heures que nous sommes partis, j'en bave, j'ai dur et je me dis que mon entraînement de triathlon ne me sert à rien en altitude, je suis physiquement lessivé, je monte au mental seulement et j'essaie toujours de rattraper le groupe mais n'y arrive pas. Réveille-toi Johan, il te reste 1 heure jusqu'à la crête et encore 1 heure pour le sommet, tu dois y arriver, juste au mental, marche doucement mais marche.
Je suis au bord du vomissement et je dois m'arrêter souvent, mon corps dit STOP, je vomis à 5 reprises mais je repars chaque fois l'estomac tranquillisé.

Arrivé à la crête du cratère, il me reste encore une heure pour le sommet, cela devient interminable, dans quelle galère je me suis fourré encore une fois. Je marche, je marche encore et encore, petit pas par petit pas, j'ai largué les Français, il neige, l'aube se lève mais on ne voit que du brouillard et beaucoup de neige. Je n'ai aucune notion de la température tellement je chauffe de l'intérieur et mon esprit bouillonne.
Voilà, j'y suis, un Suisse et un Allemand devant moi. Il est 6h29 du matin, je suis terriblement ému en voyant le fameux panneau sommital, mon guide le comprend très bien, il vient me féliciter et me laisse récupérer. J'en ai bavé mais avec le sentiment que ce ne sera de toute façon pas le dernier sommet que je gravirai. La pureté du glacier, la beauté de la nature et vouloir la respecter, quelle dose d'adrénaline....
La descente des quelques 2800 m sera moins réjouissante …

Jour 6:
Le dernier jour est une formalité, 1200 m dénivelé pour recevoir un beau certificat de summiter !!

Quelques infos pratiques:
Prix de l’avion via Airstop : 474,00 €
Prix des 6 jours : 787,00 € tout compris avec 2 nuits d'hôtels
Prix d'entée du parc: $ 635 US
Pourboire guide: $ 15/jour
Pourboire Cuistot: $ 7/jour
Pourboires par porteur : $ 5/Jour

Johan Debecker

Après mon périple au Sahara fin novembre, j'appréhendais l’ascension du Kili car j'avais attrapé une tendinite suite à mon accident en Corse en 2009.

kilimandjaro