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AMAN, IMAN

Soumis par Schoboboda Alain le 10 November 2009

quant à lui, est aussi précieux).. Assis, près du feu, le soleil à peine disparu, alors que les montagnes et les dunes environnantes, après s’être enflammées, disparaissent dans un ciel bleu, violet, indigo puis noir, que Jupiter s’allume à l’Ouest, je me délecte du plaisir simple d’être là. Et d’écouter la sagesse des pensées touarègues. Faut-il venir si loin pour s’en rendre compte? En tous cas, dans ce décor isolé, ces paroles simples et courtes prennent tout leur sens. On ne s’encombre pas de réflexions superfétatoires en voyageant dans le désert!

A plusieurs occasions, rassemblé autour du feu, le groupe qu’emmène Monique dont plusieurs participants viennent pour la première fois dans le désert, se découvrira à ne s’exprimer que sur des sujets élémentaires, mais vitaux!
«c’est quand il n’y rien d’autre à faire qu’à faire qu’à regarder les flammes, que se disent les choses, que surgissent les souvenirs, que se dévoilent les secrets. Le bivouac exhale une atmosphère mélancolique propice aux confidences».
Et parfois aussi, aux chansons lancinantes, longues mélopées entamées par nos amis touaregs, accompagnés de tambourinements sur les jerricanes. Quant à comprendre les paroles, nous aurons comme explication: «C’est l’histoire du chameau qui ...» puis grand éclat de rire de leur part, mais nous n’en saurons guère davantage!

Partis de Djanet (Sud-Est algérien), depuis 10 jours, en randonnée chamelière, au fin fond de la Tadrart rouge, nous parcourons les plateaux de pierres, canyons étroits ou larges, flanqués de quelques barkhanes, les dunes d’accumulation, entre des pitons, géants de pierre ruiniformes ou dunes pyramidales aux crêtes (sif) photo-hygiéno-esthétiques; les aires de bivouacs, choisies en fonction de la présence d’herbes à chameaux (toulout) ou d’acacias, nous apporterons notre lot de verdure quotidienne, mais parfois aussi quelques mouches (et tout le monde le sait bien, les mouches n’apprécient pas les applaudissements!). Quand on ne s’arrête pas pour mieux apprécier le paysage, c’est pour admirer des peintures et/ou gravures rupestres, témoins d’un passé où le Sahara abritait une flore et une faune abondantes, preuve que l’eau ne manquais pas.

Inutile d’essayer de vous le décrire davantage, allez-y  voir! Et de préférence, en octobre, novembre. Les journées ne sont pas trop chaudes et les nuits sont supportables avec un bon duvet.
Le désert n’est pas monotone, et c’est de l’avoir déjà traversé plusieurs fois, que la pensée de Marcel Proust me revient: «Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux ». Comme pour l’apprentissage des langues, l’immersion totale est la meilleure méthode. Après 2 jours déjà, oubliés les tracas de la vie occidentale. La journée se déroule axée sur la terre et le ciel, seuls éléments présents qui semblent suffisamment complets ainsi!
Et l’horaire .. ? Inutile!  Pas besoin de montre dans le désert. Les touarègs ne connaissent que 2 notions du temps, «2 minutes» qui signifie «tout-de-suite» et «2h30» qui signifie «plus tard». Et l’itinéraire ? Besoin d’un gps, quelle carte? Inutiles! Le plaisir d’errer selon son humeur, ses coups de flash. Toutes les directions sont bonnes, car le voyage est aussi intérieur. Et puis, « il n’y a pas d’embouteillage dans le désert» (ouvrage de Moussa Ag Assarid que je vous recommande).

La mise en scène est minimaliste, mais la profondeur des ressentiments, du vécu en est d’autant plus intense! Et le soleil, comme personnage à part entière, vous en mettra plein la vue. Excellente cure de luminothérapie, avant l’hiver sombre européen.
Et pour les nuits? Besoin de somnifères? Inutile, surtout pas! Mieux vaut être insomniaque pour ne pas rater le spectacle de la voûte céleste. Faut pas songer à dormir! L’horizon découpé, le décor environnant rétro-éclairé par la lumière des étoiles (la nuit américaine) fixera vos pensées et ré-établira une nouvelle échelle du désert. Rechercher les noms des constellations et autres galaxies est une autre occupation prenante.
Le face-à-face avec soi-même donne la mesure exacte du voyage. Tous les cas sont alors possibles. Du bien-être extatique à l’angoisse de se retrouver au bout du monde, seul face à une longue nuit. Ceux qui tiennent un journal de bord savent que les sentiments, les «bons mots», les réflexions apparaissent avec d’autant plus de précisions que l’esprit est totalement disponible!

Etaient assis autour du feu: Monique B-L, Brigitte R, Corine D, Michel VG, Geneviève VD, Averell, Jacques G, Solange A, Pierre J, Johan DB, Jean-Luc V, Alain S ,Ibrahim, Moktar, Dakman, Matal, Sidi, Slimane, Jillali, Bobaker, Hamo, Mohamed

Alain Schoboboda

A écouter : -TINARIWEN, l’album Aman Iman -Ambiance du Sahara : Désert Blues (le 1er)
A lire : -Henri Lhote : Fresques du Tassili
A méditer : « Le désert est le corps de la liberté, et la liberté, l’esprit du désert » (Ibrahim Al Koni)

«Aman, Iman»... me dis Moktar, notre chef –cuisinier, «L’eau, c’est la vie» traduit-il, «Tu as mille fois raison» répondis-je et de rajouter en moi-même que l’instant présent,

Djanet