Aller au contenu principal

Fugue volcanique sur air de ballade italienne

Soumis par Bivoit Pierre le 15 mai 2003

• Prenez trois beaux volcans bien chauds,
• Quelques jours de vacances bien mérités,
• Un guide du routard de la dernière édition.(soyez sans indulgence, un produit frais est toujours meilleur),
• N’oubliez pas quelques bons amis pour lier la sauce.
Laissez mijoter au soleil de printemps et consommez sans modération ! !

Le récit d’une escapade que nous vous proposons sur les volcans italiens ne sera sans doute pas le voyage que vous ferez : la météo, les humeurs de Vulcain, les règlements ( ! !) , tout peut changer d’un jour sur l’autre. Mais voici ce que nous avons vécu et qui peut servir de base à votre aventure.

Le départ se fait de Naples qu’il faut voir le soir quand la rue devient grouillante et que s’emplissent les bars et les trattorias. L‘ascension du Vésuve ne pose aucun problème (malheureusement !), car la route atteint presque le sommet. Mais il ne faut pas bouder son plaisir, même si l’environnement fait un peu Luna Park. Le volcan est gigantesque. Pour faire le tour du cratère, on se passerait bien du guide qui est obligatoire, mais il est sympathique car il explique bien l‘histoire des éruptions et apporte des éléments de volcanologie. La vue embrasse toute la baie de Naples avec au loin Pompéï qu’il faut absolument visiter. L’après-midi suffira à peine pour découvrir palais, maisons d’artisans, lupanars, peintures ou graffitis. Il faudrait aussi visiter le musée de Naples qui contient les trésors qui n‘ont pu rester sur place.

De Naples, prendre le bateau qui appareille le soir pour Stromboli. L’île est en vue vers cinq heures du matin et le commandant fait un détour pour atterrir face à la Sciara del Fuoco où se déverse la lave. Progressivement, une lueur rouge se dessine dans le ciel pour devenir l’immense écharpe de feu qui s‘écoule du sommet. On ne débarque que par beau temps, tant l’île est peu protégée.

Pendant la journée nous louons un zodiac pour Ginostra, le petit village du Sud à ne pas manquer, ne serait-ce que pour son mini port de basalte noir qui ne peut contenir que deux barques. De là, nous gagnons le sommet de l’île à 800 m d’altitude dans un désert de scories déposées par la dernière explosion de 2002. Etait-ce permis ? Nous n’avons pas cherché à savoir. En tous cas par la voie du sommet, la traversée de l’île nous est apparue très faisable.
Olive sur la pizza (en d’autres lieux on eut dit « cerise sur le gâteau » !), l’approche de la lave, à la nuit tombée justifie tout le voyage.
Habituellement, le Stromboli produit une éruption toutes les dix à vingt minutes, observable du sommet. L’activité actuelle est exceptionnelle et se caractérise par une double coulée de lave qui dévale la pente jusqu' à la mer. Le meilleur point de vue se situe approximativement à 400 m d’altitude sur le versant ouest. Le guide est obligatoire pour y accéder. Mais on peut se contenter en montant seul, d'une approche de moins bonne qualité. C’est bien entendu à la nuit tombée que le spectacle prend toute sa dimension. Le cratère incandescent illumine les parois d'altitude. Le flot de lave coule à nos pieds dans un fracas d' éboulements rocheux. De gros blocs s'en détachent, rebondissent, volent et explosent comme autant de feux d' artifice. A son paroxysme le basalte en fusion rejoint la mer dans un nuage de vapeur qui nous aveugle. La lumière de nos frontales nous paraît bien pâle quand à deux heures du matin, la fatigue nous pousse à regagner l'hôtel.

Les Iles Eoliennes sont reliées entre elles par des vedettes rapides. On peut à loisir passer de l'une à l'autre, profiter des plages, explorer les rues étroites de la vieille ville de Lipari, escalader un volcan de soufre à Volcano, plonger sur les épaves de Panarea . Sans oublier le calme des terrasses où se dégustent les antipasti arrosés de Spumante bien frais. Quitter ce paradis, revenir à la circulation trépidante paraît une punition, sitôt débarqués en Sicile.

L ' Etna sera notre ultime rendez-vous du diable. Tout couvert de neige il domine les collines en fleurs, couronné par un immense panache de fumée. Notre choix de voyager au printemps nous est apparu comme le meilleur en raison de la beauté de la nature à cette saison.
L'activité du volcan a été très forte ces dernières années. Les routes sont coupées. L'observatoire, où travaillait Tazieff, a disparu. Il n'y a plus de téléphérique, deux fois reconstruit, deux fois démoli. Le seul accès se fait maintenant par le sud et en 4 x 4 jusque 2500 m sur une piste sortie du chaos de la dernière coulée. Au-delà, commencent la neige et les cendres noires qui découragent la foule des touristes. Tant mieux pour nous, car nous sommes pratiquement seuls à nous avancer vers le sommet en compagnie du guide réglementaire. Chemin faisant, il nous raconte l'histoire récente, identifie les coulées, nous explique la formation des bombes, des scories, du soufre qui remonte des fumeroles. Il nous montre l'antenne radio qui émerge du sol et marque le refuge du Philosophe, enfoui 20 m sous nos pieds! Le sommet à 3.300m est le siège d'une importante activité, deux cratères alimentent un gros panache de fumées mêlées de vapeur. Dans les profondeurs, la lave fait entendre son grondement sinistre. Le sol brûlant se couvre de cristaux de soufre jaune.
Nous redescendons, souvent en ramasse dans une avalanche de cendre, ou bien en glissade sur la neige. Le chemin du retour domine de 300 m l'immense cirque du Bové, océan de magma, pétrifié en pleine tempête. Au loin la Méditerranée scintille.

Nous avons terminé la semaine par une journée à Syracuse. La vieille ville, sans être exceptionnelle, a le charme des ports italiens : mélange de ruines antiques, marchés populaires, vieux palais et rues encombrées.

Comment faire ce voyage?
Nous avons pris un ticket d’avion Bruxelles-Catane aller/retour et avons profité de l'escale de Rome pour commencer notre circuit. Sur place, pour une question de temps nous avons loué une voiture. Mais le train, les bus peuvent faire l'affaire pour un meilleur coût. Réservez le bateau pour aller de Naples à l’île de Stromboli (le voyage de nuit est une bonne solution)
Il semble impossible de camper sur le Stromboli, mais un bivouac est toujours possible et les chambres chez l'habitant sont d'un prix raisonnable hors saison.
Entre les îles Eoliennes et la Sicile, il existe un système régulier de navettes (pas de réservations, vérifier les horaires et les prix des diverses compagnies).
Pour l’ascension du Vulcano, il n’y a pas de problème et il est possible de descendre au fond du cratère à ses risques et périls (nombreuses vapeurs de soufre).
Pour l’Etna, le meilleur moyen est de se renseigner sur place quant aux conditions du volcan, qui sont très variables et ne pas se décourager trop vite car il y a beaucoup d’interdictions.
De toute façon, évitez l'été : tout est brûlé, comme vous le serez par le soleil. Le mieux est de partir au printemps. Un bon matériel de randonnée est nécessaire; les casques sont obligatoires au Stromboli. L’Etna fait partie du domaine de la haute montagne et les conditions peuvent être très dures, prévoir veste de montagne, guêtres, lunette de montagne (corde et piolet pas nécessaires) - Participants : Catherine, Babeth, Michel, Lambert et Pierre

Voila qui commence comme une musique, mais ce pourrait être aussi une recette de cuisine :

Etna