Aller au contenu principal

Trekking en Patagonie 1er partie

Soumis par Noerdinger Jea… le ven, 20/02/2004 - 00:00

par la pampa, les pistes, sous la pluie, dans le vent (toujours), par les sentiers, à travers les lagunes et tout cela dans la bonne humeur, et même quelquefois au soleil !
Après un très long vol - 4 avions dont Madrid/Santiago, 13h à lui seul - nous arriverons à Punta Arenas, ville chilienne bordant le détroit de Magellan. Et ici c’est l’été austral : 18° si on se protège du vent. Celui-là secoue tout : la nuit les portes claquent, les toits tremblotent, et les bourrasques font s’envoler les chapeaux. Mais nous quittons la ville le lendemain avec les 22 cartouches de gaz achetées sur place. Le souci du combustible est oublié : on n’en manquera pas. Un car nous emmène vers le nord pour Puerto Natales, ville de tôles et de planches peintes de couleurs vives s ’étendant au bord de son fjord, au fond duquel nous apercevons la cordillère. Le vent, encore lui, secoue les enseignes et semble le seul maître de la ville. Nous nous réfugions dans un restaurant pour refaire nos forces et goûter le lomo (la savoureuse entrecôte locale), le congre grillé et, pour les plus affamés le plat du pauvre : lomo avec des œufs et des frites. Le vin chilien est plaisant à boire. Nous ne découvrirons le pisco sour (l’apéro chilien au blanc d’œuf et marc de raisin) que plus tard, grâce à une initiative de Jean-Michel. Après, plus moyen de s’en passer. Le soir on se loge chez l’habitant : c’est simple et convivial.
Marc, qui n’avait pas supporté le catering de l’avion, a récupéré et Nicolas, pas très en forme commence à se réveiller de temps en temps. Bref, le trekking pourra commencer.
Le jeudi 22 janvier, un car nous attend dès 8 h. Un superbe arc-en-ciel s’est posé sur le fjord : il peut s’installer pour des heures, mais c’est signe qu’il pleut. Nous traversons la pampa chilienne bordée de forêts, très vallonnée, des lupins multicolores poussent le long des ruisseaux. Arrêt à la frontière chilienne : contrôle, tampons, paperasse, puis nous entrons en Argentine où ça recommence. Le paysage a changé : ici une pampa sèche ondule à l’infini dans un paysage immense. L’herbe est jaune, les points d’eaux sont asséchés. Mais il y a beaucoup d’oiseaux, des aigles par deux, des oies nonnettes et des animaux qui nous sont peu familiers : les guanacos (sorte de lama), les nandous (petite autruche brune) et des renards. On voit plus rarement le bétail, les chevaux et les moutons. La piste poussiéreuse nous mène en vue des grands lacs Argentina et Viedma, résultant de la fonte des glaciers du campo hielo. L’eau est d’un vert émeraude vif et se voit de très loin. C’est un panorama admirable qui s’offre à nous, bordé à l’ouest par le massif où se trouve le Fitz Roy ou O Chalten (3405ms) que nous espérons voir lors du premier trekking qui commencera vendredi.
Mais nous sommes encore en voyage et, après une après-midi à El Calafate, bien approvisionnés, nous reprenons la piste pour arriver à El Chalten passé minuit. Il y a eu une halte pour croquer de la tarte et se désaltérer à l’estancia Léona tenue par des filles très séduisantes. Il a fallu aussi s’arrêter pour réparer les freins qui chauffaient : occasion de voir un nandou filer suivi de ses 10 petits. Au loin, le lac Viedma, argenté dans la nuit qui tombe, est traversé par des rideaux de pluie tombant sur les montagnes. On se loge à El Chalten passé minuit.
Le vendredi matin les sacs sont pesés et hissés sur les épaules, car chacun, un court moment, veut sentir leur poids respectif. En minibus et en jeep, nous remontons vers le fond de la vallée jusqu’au lac del Desertio pour y pique-niquer. Il fait beau, les eaux sont vertes, les hêtres de Magellan poussent partout et le contraste est saisissant entre la forêt- nous ne sommes qu’à 500m- et les glaciers très proches descendant jusqu’à 700m. Nous allons par un court sentier admirer l’un d’eux : le glacier de Hemul (nom du chevreuil en Patagonie). Il est assez petit mais sa langue se perd dans un lac couleur d’émeraude.
Nous repartons pour le pont sur le rio Electrico et là nous abandonnons la piste et les véhicules pour prendre le sentier. Plein ouest, par une vallée ouverte, puis la forêt où j’espère bien voir un puma, nous marchons lentement vers la Piedra del Fraile et nous installons le campement près de la petite estancia au bord du rio. L’endroit est superbe, dominé par le pico Electrico, que Jean-Michel rêve de faire puisqu’il est transporteur de courant ! Le soir barbecue sous l’abri –celui qui a abrité l’expédition du CAB de 1981 deux mois durant- et belle convivialité : les bières et les briques de vins circulent dans le groupe. Nicolas, Christophe G et Sophie partagent une tente, tous les autres sont par deux : Régine et Eddy, Jean-Pierre et Claudine, Josyane et Marc-autre candidat pour l’Electrico, Christophe (Le chef) et Nausicaa et enfin Jean-Michel et moi-(Jean-Marie).
Le lendemain, samedi, le temps s’est salement dégradé, mais nous remontons le long du torrent, puis par des barres rocheuses jusqu’au glacier des Polonais. On se fait durement contrer par de fortes rafales de vent et il pleut sans arrêt. Le moral ne baisse pas. L’après-midi, presque tout le monde prendra le sentier du pico Electrico mais la visibilité est mauvaise : RAS. Belle montée de 1300m. Mais le piolet de Marc n’a pas servi et personne n’est allé au sommet. Il y a une petite éclaircie dans la soirée. Nous soupons sous l’abri et je fais circuler le Lemoncello, monté dans le sac, pour maintenir le moral. Dans la petite estancia, le soir, j’attaque une mémorable partie de jeu de dames avec Nausicaa face à un public qui avale des chocolats chauds devant un poêle rougeoyant, suralimenté par le patron.

Dimanche 26 janvier, les tentes sont démontées dans la pluie. Nous partons pour le campement Poincenot en face du Fitz Roy. Le sentier vers le sud se perd dans la forêt. Nous y apercevons de grands pics noirs à aigrettes rouges qui vont par bandes sous les arbres. Nous rejoignons finalement l’itinéraire longeant le rio Blanco, dans la pluie qui augmente et transforme le chemin en rivière. Le vent est de plus en plus fort et les deux traversées de torrents - il faut sauter de bloc en bloc dans des rafales de pluie - sont assez délicates. Jean-Pierre a heureusement repéré les meilleurs passages. Nous arrivons au campement Poincenot vers 15h. Il fait affreux, on n’y voit goutte: il faut utiliser le flash pour photographier. Trois tentes sont bien installées, mais il faut remonter les autres, rapidement inondées, plus haut sur le plateau, dans des trombes d’eau. Certains n’ont plus rien de sec : même les vestes en Goretex sont percées et des chaussures ont pris l’eau. On cuisine sous les tentes sans se voir ni se parler. Tout autour le vent hurle toute la nuit.
Mais lundi matin, le 26 janvier, il fait beau et on aperçoit même le Fitz Roy dans la brume. Derrière lui, le campo hielo argentin étend ses 13.000kms² de glace. A 9h30 les aînés, les trois Jean (Michel, Pierre, Marie), chaudement vêtus, une barre de muesli en poche, foncent par le raide sentier vers le plateau supérieur et sont en face du lac glaciaire en moins d’une heure, pour admirer le mythique sommet de l’O Chalten ou Fitz Roy. Des averses de pluie et de neige mêlées ne nous empêcherons pas de contempler les pics effilés qui apparaissent, fulgurants de lumière, pour être brièvement noyés dans les averses scintillantes, puis disparaître dans les brumes et réapparaître encore. C’est un grand moment pour nous, et quand nous redescendons, heureux, nous croisons les autres qui montent enfin.
Vers 15h, nous sommes en route sous des rafales de vent, par les lagunes détrempées, le long des lacs Madre, Hija et Nieta et nous installons nos tentes sur une pente sablonneuse, sous les pins au bord du torrent s’écoulant du lac Torre. Le soir la pluie tombe à nouveau. Pas de veillée, le mugissement incessant du torrent et du vent nous berce la nuit entière.
Le lendemain le soleil est de retour. De hardis oiseaux orangés, bleus, jaunes, roses et vert, gros comme des moineaux, picorent les miettes de mon triste pain chilien, que je suis forcé de manger à la cuillère ! Un arc-en-ciel s’est installé vers le nord sur le glacier qui descend du Cierro Torre, l’objectif de la matinée. Nous allons l’apercevoir durant toute la remontée de la moraine, sous les bourrasques et la pluie, vers le mirador Maestri. Tout le monde est là, excepté El Jefe Christophe qui opéré récemment, a mal à la jambe. On se photographie devant le glacier auréolé par l’arc de lumière brillant dans la pluie.
Un beau soleil nous accompagne quand nous descendons le sentier dans une pampa arbustive vers El Chalten. Nous sommes à l’arrêt sous les arbres, près d’un petit col, quand une troupe de perruches vertes s’approche en jacassant, puis s’éloigne dans un vol ondulant. Un peu plus tard nous longeons des gorges, puis nous atteignons vers 16h la localité, genre Far-West argentin. Ruée de chacun d’entre nous vers les magasins, les restaurants et autres snacks: nous achetons les fruits qui nous ont manqué, nous buvons une bonne bière, goûtons une salade de papas ou une pizza avec un verre de tinto. Ahhh le bonheur !
A 18h un car nous emmène vers El Calafate. Le couvercle, diabolique, de la remorque que nous avons chargée, s’est rabattu successivement sur mon crâne puis sur les bras de Christophe et du Jefe. Nous sommes inquiets dans le car : que va-t-il encore arriver ? Mais l’atmosphère se détend et Nausicaa fait passer des gobelets et des chips. Nous trinquons, avec du champagne, dans les cahots, à l’anniversaire de notre Jefe Christophe. Nouvel arrêt, comme à l’aller, à l’estancia Léona : on y retrouve les filles et le vin blanc doré et sec comme un vin du Jura. Je joue à l’anneau avec la brunette au chapeau : je touche le clou plusieurs fois mais la senorita accroche l’anneau, lancé adroitement, et retenu par la ficelle attachée au plafond. Ayayay ! Mais comme nous sommes mariés, elle et moi, chacun de notre côté, je ne peux prétendre ni à reprendre l’estancia ni les filles qui vont avec et font si bien marcher les affaires dans ce coin désolé. Regrets, regrets, le car repart et bien sûr je suis dedans…Nous arrivons à El Calafate dans la nuit : au dodo, nous sommes crevés.

Le mercredi 28 janvier, levés tôt - il est 6h15 - nous déjeunons, puis, en route, en car, pour le glacier du Perito Moreno. Nous longeons le lac Argentina avant d’approcher le site glaciaire, aménagé pour avoir la meilleure vue, avec des passerelles, des barrières, et des escaliers en bois. C’est très impressionnant : on ne peut s’approcher du front - qui fait 5 kms d’une rive à l’autre – mais on voit l’étendue de sa masse, alimentée par plusieurs courants. Des icebergs flottent sur l’eau des bras du lac, et des séracs, gros comme des maisons, se détachent régulièrement dans un fracas énorme. Un petit bateau qui évolue devant le front nous aide à en évaluer la hauteur : entre 60 et 80 m. Les ombres des nuages courent sur toute l’étendue du glacier et le rendent plus menaçant qu’il n’est en réalité : nous apprendrons qu’il a commencé à fondre trop vite car l’été de cette année est anormalement chaud. Cela se confirmera lors du deuxième trekking au Chili.
Le soir en ville, grande parrillada argentina : on nous y sert à volonté toutes sortes de viandes et de boudins grillés, et un buffet appétissant nous tend les bras. Les bouteilles de vin rouge et blanc circulent, nous sommes décidés à oublier les repas lyophilisés qui étaient notre ordinaire sur le sentier. Pour ma part je prends de l’agneau grillé, du boudin, des papas à l’ail, de la purée de carottes pimentée, de la salade et une excellente compote de poires pour dessert. Après ce festin, Régine, Nicolas, Eddy, Christophe G et moi profitons de la nuit tiède avec des cigares et du pisco sec, attablés à une terrasse de la rue principale.
Le lendemain, après un transfert des bagages en taxi jusqu’à la gare des bus, nous repartons pour le Chili et Puerto Natales. Nouvelle journée en car sur la piste. A 14h nous sommes à la pension Alicia, au bord du fjord. Le soir nous allons dans un restaurant de la plaza des Armas, pour manger et écouter un gaucho guitariste, beau comme un dieu, nous chanter des sérénades. Les yeux de toutes les femmes brillent.

Le vendredi 30 janvier au matin, nous pénétrons en car dans le Parque national Torre del Paine. Nous partons d’abord admirer le versant sud du massif depuis le mirador du lago Nordenskjöld, sur le bord duquel nous pique-niquons. Un autre car nous dépose près du petit musée du parc pour en faire la visite. La visite parcourt les salles consacrées à la faune, la flore, la géologie et la formation des glaciers.
Enfin, chargés des sacs, nous prenons le sentier nord vers le campement de las Carretas au bord du rio Grey. Le paysage est très différent de celui de l’Argentine. La vallée que nous remontons est une plaine d’herbe rousse. De grosses touffes épineuses vert pâle à fleurs jaunes constituent la végétation au sol avec les petits arbustes. Les hêtres de Magellan sont plus petits, mais très ramifiés. Nous voyons des nandous, quelques condors et de nombreux guanacos. J’espère apercevoir le chat sauvage chilien ou un puma, mais ils se montrent rarement. Le temps est nuageux avec un fort vent de nord-ouest mais le soleil brille. La cordillère défile sur notre gauche pendant que nous marchons tête baissée. Les tentes sont installées, la cuisine est difficile dans le vent violent, mais il fait assez beau, et le soir on bavarde près des tentes en admirant la cordillère.
Le samedi, nous continuons vers le nord à travers la prairie sous un vent furieux jusqu’au refuge du lac Pehoe en vue du Massif del Paine, dont nous ferons le tour. On distingue bien les tours de granit coiffées de pics crénelés plus sombres, que je suppose être de l’andésite. On s’arrête pour manger et boire une bière. On repart en traversant une petite gorge escarpée, pour déboucher bientôt en vue du Lago Grey à 500m. Le temps s’est mis au beau et il fait même chaud si on se met à l’abri du vent. Le lac, rive gauche, est encombré de gros glaçons. Vers 16h nous en sommes en vue du glacier Grey. Le refuge du même nom, situé sur la rive caillouteuse du lac, est atteint vers 17h30. Le front du glacier est à moins d’un km, séparé par le rognon du Nunatak couvert de hêtres. Les séracs s’en détachent de temps en temps et errent sur les eaux du lac furieusement agitées par le vent. Accompagné de Jean-Michel je vais admirer un petit lac de fonte au pied du glacier. De la moraine nous voyons l’énorme étendue du campo hielo Patagonia Sur, dont nous remonterons la rive orientale 2 jours durant avant de franchir le col Paso John Gardner à seulement 1240m.
Le soir Eddy, Régine, Claudine et les 3 Jean goûtent le Gato tiré d’un litre de carton. C’est un bon tinto qui a de la mâche ! On nous sert l’ordinaire du refuge : côte de porc, patates, salade de chou blanc et tranches d’ananas. On rajoute du Gato et on va se coucher dans les petites chambres.
Nous sommes le dimanche 1er février. Claudine ne va pas plus loin, c’était prévu, elle redescend vers le refuge Pehoe. A partir de ce soir, les trois Jean forment une équipe et partagent une tente. Nous commençons la remontée de la rive gauche du glacier Grey par des moraines boisées et des sentiers dans la forêt de hêtres avec des franchissements acrobatiques de torrents encaissés et de petites parois par de grossières échelles. Il fait chaud toute la remontée. A 16h, nous dressons les tentes au campamento Paso d’où nous avons une vue magnifique sur le glacier, en contrebas, et sur la cordillère qui ferme l’horizon à l’ouest. Comme j’ai un peu mal au dos, je n’accompagne pas le groupe qui descend folâtrer sur le glacier : Jean-Michel y fait sensation pieds nus avec ses méduses de plage en patinant sur la glace. Je surveille les tentes : il y a beaucoup de passage de randonneurs qui vont dans l’autre sens. Occasion pour moi de lier connaissance avec des gens venus d’un peu partout comme on le fera le soir dans l’abri, près du poêle allumé car il fait frisquet. C’est le moment aussi de goûter au Lemoncello, et nous vidons la précieuse gourde entre nous.
Le lundi il fait toujours beau et, levés tôt, les 3 Jean, prêts à l’heure dite, décident de prendre le sentier vers le col Gardner sans trop attendre. La montée est raide, le sentier à peine tracé sous les arbres : il faudra faire quelques paliers pour décompresser. Puis nous atteignons le pierrier et bientôt le col est en vue. Nous cassons la croûte avant de le franchir et de descendre. Comme il y a quelques névés, Nicolas, Jean-Pierre et moi filons dessus en ramasse pour nous installer plus bas près de belles sources sur une pelouse où poussent des fleurs qui sentent très fort la vanille. Regroupés, nous attaquons la dernière partie de la descente vers le campamento los Perros, par des pentes boueuses et marécageuses difficiles à traverser, tout comme un large torrent sur des troncs emmêlés instables. Les tentes installées vers 17h, on peut penser à soi, prendre une douche, découvrir les richesses du petit magasin ou même aller voir un glacier proche comme font Régine et l’infatigable Jean-Pierre. Nicolas offre du vin. On prend donc l’apéro avant d’attaquer les lyophilisés : bœuf aux nouilles, nasi-goreng, hachis parmentier…On fait circuler le Gato tinto et tout le monde y goûte. Depuis le début de ce trekking, Régine, notre médecin, a beaucoup d’éclopés à soigner. Elle va d’une tente à l’autre, distribuant les anti-inflammatoires, l’aspirine, la crème pour les coups de soleil, soignant les ampoules, bandant les genoux etc. Et, toujours positive elle réconforte et encourage. Et aussi, Christophe veille à ce qu’on s’entraide en allégeant le sac d’un marcheur plus fatigué et en s’attendant toutes les heures.

Le mardi 3 février, nous dévalons vers le lago Dickson et nous voyons de loin le glacier tapi au fond de la vallée, ce qui donnera à Jean-Pierre l’envie d’aller le voir de plus près. Nous déjeunons au refuge Dickson et, après une sieste sur la pelouse, nous attaquons le raidillon qui nous mène en vue de la vallée marécageuse du lago Paine, véritable enfer pour le randonneur qui y campe comme nous allons le faire : c’est le paradis des moustiques. La pauvre Sophie, qui semble délicieuse pour ces minuscules insectes en deviendra la proie favorite. IL faut dire que comme à l’accoutumée elle s’active beaucoup à l’extérieur : repas, corvée d’eau etc. Nous tentons d’éloigner les insectes avec beaucoup de feu et de fumée. Mais l’endroit est splendide et ce soir-là, quel beau coucher de soleil ! Dés le lendemain il faudra de nouveau lutter contre ces bestioles qui nous accompagneront jusqu’en vue du camping Seron. Il fait de plus en plus chaud, nous quittons les pantalons pour les shorts et, en fin de journée, avant un petit col nous apercevons Claudine qui est venue à notre rencontre. Nous croisons maintenant des gauchos qui mènent des cavaliers et des chevaux chargés de ravitaillement. Nous logeons le soir au refuge des torre del Paine dans une vallée d’où nous apercevons le glacier du massif. Le tour est bouclé. Demain chacun fera l’ascension vers les tours à sa guise. Je décide de m’y rendre seul.
Jeudi le 5 février, il fait beau dès le matin et il fera de plus en plus chaud dans la journée. Je pars seul et très léger vers la vallée au fond de laquelle se dressent les tours. En traversant la petite pampa supérieure déserte et ensoleillée, j’aperçois un renard qui poursuit un lièvre. Un peu plus loin, me dirigeant vers le canyon -sans le savoir- j’effraye un guanaco couché derrière un arbuste. Il détale vers le bas. Plus haut je tombe sur le torrent encaissé, ce qui m’oblige à redescendre. Je rencontre Christophe et Nausicaa qui font comme moi. Personne n’a de carte de la région, mais dès le pont franchi il suffit de remonter la vallée et de longer le torrent. Par le versant sud j’arrive jusqu’à un petit refuge et je me ravitaille en eau. Je continue le long du torrent et dans la forêt de hêtres ensuite. Je bois à toutes les sources rencontrées. Un peu avant midi je remonte les blocs du bas de la moraine où Claudine attend Jean-Pierre. Je le croise qui redescend. A 12h30 je suis devant le petit lac qui me sépare des trois tours. A l’autre bout du lac il y a une muraille granitique, et par-dessus un glacier qui s’accroche à la base des tours. Les tours sont comme trois colonnes blondes élancées, d’une verticalité impressionnante. Elles se détachent parfaitement sur un ciel d’un bleu cru, et l’eau du lac paraît grise tellement la lumière de midi est brutale. J’entre en conversation avec le gardien du parc qui est là. Il me prête ses jumelles pour observer une cordée qui progresse au-dessus du névé en croissant de la tour sud. Les grimpeurs profitent d’excellentes conditions : le temps est stable pour quelques jours encore et la réussite de l’escalade paraît assurée. Après une heure de contemplation de cette montagne exceptionnelle, je commence la descente croisant un par un tous ceux du groupe qui montent dans une chaleur accablante suivis d’une interminable procession de marcheurs de toutes nationalités.
En fin de journée tout le groupe est de retour et on reprend les bus pour le retour vers Puerto Natales. Mais notre bus crève un pneu, et il nous faut attendre deux heures au bar de la frontière chilienne qu’une autre roue soit apportée. Nous sommes de retour à la pension Alicia vers 1h du matin mais beaucoup préfèrent sortir en ville quand même.
Le vendredi 6 février, départ en car vers 13h30 pour Punta Arenas. Arrêt dans la pampa pour un changement de véhicules et, entassés dans un minibus, en avant pour la visite d’une colonie de 10.679 pingouins. On n’en verra que 102 mais où sont les autres ? Arrivés en ville un petit problème de commodités nous fera changer d’hôtel, mais le soir tout le monde est proprement habillé- excepté Nicolas qui n’a que son pantalon de randonnée et fait pitié à voir- pour aller se refaire une santé dans un restaurant.

Samedi 7 février : journée libre. Chacun voit la ville à sa guise. Je la visite avec Jean-Michel. Nous achetons aussi les cadeaux, les souvenirs, nous flânons et visitons deux musées. Vers 17h le chauffeur, Pablo, nous emmène tout en haut de la ville et nous prenons les télésièges pour contempler le détroit et la ville d’en haut. On aperçoit la Terre de Feu au sud et à l’ouest la cordillère de Darwin à plus de 200kms.
Le soir nous sommes tous installés à une grande table dans un joli restaurant près du port. L’ambiance est formidable : tournée de pisco sour, vin blanc et vin rouge, excellent repas. A la demande de Christophe El Jefe, chacun tour à tour parle de ses impressions de voyage, de ce qu’il a ressenti au contact des autres, de ce qu’il a aimé. C’est très positif le groupe est très soudé. Puis il y a un silence et Josyane forme un petit chœur pour interpréter une chanson que j’ai écrite et que Josyane a remaniée et mise en musique sur l’air de ’’Malborough s’en va t’en guerre’’. La voici :
1)C’est Christophe qui nous mène 2) La pampa est trop grande
Par les montagnes et les plaines On fait le tour du Paine
D’argentine au Chili On a déjà vu le Fitz
C’est la Patagonie (Bis) Le Grey et le Dickson (Bis)
3) L’Argentine on l’a vue 4) A présent on patauge
Sous des rideaux de pluie Dans les profondes bauges
En sautant les torrents D’une lagune à l’autre
Campant à Poincenot (Bis) Et toujours au soleil (Bis)
5) On a franchi un col 6) Zut ! Il y a les moustiques
En pensant à la bière Et même qu’ils nous piquent
A celle qu’on boira Mais nous sommes stoïques
Quand on sera en bas (Bis) On en viendra à bout (Bis)
7) On termine au Torres 8) C’est Christophe qui nous mène
On y est tous monté On le suivra partout
Avec beaucoup de peine Pourvu qu’on ait à boire
Le trekking terminé (Bis) A boire du tinto , à boire du pisco et du lemoncello
C’est la Patagonie ! C’est la Patagonie…
La suite est plutôt décousue : je m’offre un excellent cigare cubain, nous allons, à quelques-uns, dans un bar du centre où nous buvons pas mal de cocktails brésiliens Apeyria. Demain nous prenons l’avion et, pour Nicolas effondré par sa nuit et son retour à l’hôtel sur le large dos de Marc, ce sera comme à l’aller : un peu comateux.
Le dimanche 8 février nous embarquons à Punta Arenas, sans les deux Christophe et Sophie qui prolongent leur séjour. Jean-Pierre les rejoindra depuis Santiago et Eddy fera un séjour studieux dans la capitale chilienne pour y apprendre l’espagnol. Christophe El Jefe nous accompagne jusqu’à l’aéroport et s’assure que tout va bien : serviable et professionnel jusqu’à la fin. Donc nous sommes encore 10 à passer une nuit à Santiago et 8 à embarquer le lendemain pour Bruxelles. Pour nous 8, retour en 5 vols avec escales à Puerto Montt, Santiago et Madrid comme à l’aller et en plus à Barcelone avant d’atterrir à Bruxelles le 10 février dans l’après-midi.
C’était une expérience formidable, la Patagonie est inoubliable. Depuis mon retour en Belgique le souffle incessant du vent et les horizons infinis me manquent. A tous les autres aussi…

Jean-Marie Noerdinger

Le 19 janvier 2004, nous nous envolons pour la Patagonie. Nous sommes 13. Christophe Lehner va nous guider d’Argentine au Chili, du Fitz-Roy aux tours de Paine,

Fitz Roy, Chalten