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Jordanie – avril 2004

Soumis par Neuray Claire le mar, 20/04/2004 - 00:00

Eté 2003, Ataeq Auda, guide bédouin, est de passage en Belgique et à Bruxelles. Le projet est esquissé : Pâques 2004, La route des rois, La cité Nabatéenne, 6-7 jours de crapahutage (scrambling) et de bivouac itinérant dans le désert. Ce fut comme ils nous l’avaient dit, en vrai, en beaucoup mieux.

Une première partie, plus touristique, pour commencer le voyage. Comme nous sommes dix, les hôtels et les moyens de transports (un minibus et un taxi) ont été réservés . Tout au long du séjour, nous nous féliciterons de l’organisation réalisée par Wilfried Colonna et du guidage de notre chauffeur sur place, Yussef Salamin.

Arrivés très tôt à l’aéroport d’Amman, nous allons passer la fin de la nuit à Madaba, petite ville située à même distance que la capitale et bon point de départ pour notre tour.

Jour 1. Nous commençons nos visites par l’église St-Georges pour tenter d’y décrypter la carte mosaïque de Palestine, vestige d’art byzantin. Puis nous partons vers le Mont Nébo d’où une vue spectaculaire s’ouvre vers le bassin de la mer Morte, piégée dans un fossé d’effondrement (partie nord du Rift africain). Grâce à une nouvelle route, nous pouvons descendre directement dans la vallée et au bord du Jourdain, dans le site archéologique de Béthanie récemment démilitarisé.

En longeant la Mer Morte, nous apercevons le débouché de plusieurs grands canyons, encore peu explorés, qui découpent le versant est de la dépression. Enfin, moment très attendu, celui du « plouf » – enfin presque plouf - dans la mer Morte, au bord d’une petite plage située en contrebas de la route. Déserte en ce jour de semaine, elle présente le fabuleux avantage d’être à proximité d’un petit affluent d’eau douce et même d’une douche naturelle (cascade). Par la route qui suit l’entaille du Wadi al Karak, nous remontons dans les montagnes pour arriver le soir à Karak.

Jour 2. Sous un ciel un peu voilé, la journée débute par l’exploration des ruines d’un impressionnant château des Croisés. En quittant la route des Rois après Al Ayna, nous avons la surprise de découvrir les « Hot Springs », station thermale surtout fréquentée le week-end, qui comprend une série de bassins et un sauna aménagés dans la falaise le long du ruisseau d’eau chaude (très chaude).

A Dana, ancien village auquel le tourisme ne redonne pas vraiment vie, nous admirons le paysage offert par l’échancrure du Wadi Araba. Fin d’après-midi, arrivée juste à temps pour visiter les ruines du château de Shawbak. Plus petit, moins restauré que celui de Karak, il possède encore deux souterrains que nous avons évidemment explorés. Le soir, arrivée à Wadi Musa, base pour les trois prochaines journées.

Petra, patrimoine mondial Unesco. Comment décrire le plaisir de la découverte de cette ancienne cité taillée dans les roches rouges ? Tout incite à la curiosité, à parcourir sans fin la montagne : la recherche des nombreuses traces de l’ingéniosité des Nabatéens pour l’adduction d’eau, les multiples escaliers usés qui sont autant d’invitation à monter « pour voir » ou à s’imaginer les processions vers les hauts lieux de sacrifices, la grandeur des façades toujours perceptible malgré les dommages du temps,…

Jours 3-4. L’exploration de Petra permet de combiner la visite d’un site magnifique et une première approche des « Scrambles ». Il faut entrer au moins une fois par le chemin du Siq, admirer le Trésor et suivre la voie normale passant par le théâtre romain et l’allée des colonnes jusqu’au Qasr El Bint. Ensuite toutes les possibilités sont offertes, selon l’envie et le niveau de difficulté souhaité ; mise en jambes assurée. Quelques exemples : ascension des Jebel Ed Deir, Madhbah, umm al’Amr, an Mmeir, (scrambling difficile), entrée par Al Madras, sorties par Wadi Mudhim, Wadi Shib Qays.

Jour 5. Pour ce dernier jour, l’objectif est de visiter le site de Little Petra puis de réaliser la traversée jusqu’à Petra (scrambling moyen). Le départ est amusant : n’ayant pu obtenir l’indication du chemin par un guide local et titillés par son pari de nous voir revenir bredouilles deux heures plus tard, Babeth et Lambert ont déployé toutes leurs ressources pour trouver LE passage. Disciplinés, nous les avons donc attendus un certain temps, bien installés au soleil sur une large vire suspendue, en contemplant cette montagne si riche de voies donnant sur des puits profonds, des murs abrupts, des arrêtes infranchissables ….

Jour 6. Transfert pour le village de Wadi Rum où nous ne nous attarderons pas. Dès l’abord, le décor est époustouflant. Au fil des jours nous essayerons de nous repérer parmi ces massifs montagneux (Jebel) fracturés, aux parois souvent érodées en forme de champignons et qui semblent comme posés sur la surface sableuse des vallées (Wadi). Nous sentirons la joie de l’adhérence des chaussures sur les pentes de grès rouges et les dômes caractéristiques des grès blancs érodés par le sable vers les sommets. Nous suivrons les voies bédouines, itinéraires peu balisés, souvent aériens, qui menaient aux postes d’observation des caravanes ou du gibier et qu’une poignée de guides motivés et sérieusement formés aux techniques d’escalade tentent de sauver de l’oubli. Et surtout, nous ressentirons la merveilleuse hospitalité des bédouins, dès le premier soir, dans la tente de Mohamed Ali à l’occasion d’un délicieux repas cuit à l’étouffée dans un four de sable.

Jours 7-8. Au petit matin, le groupe se sépare : après une journée dans le désert, quatre d’entre nous continueront vers Aqaba puis Amman. Quand aux autres, après répartition des vivres et des cordes dans les sacs, en piste pour la traversée et l’ascension du Jebel Rum (sommet à 1754 m). Montée par la voie Sheik Hamdam ouverte au début des années ‘50 par le père de Suliman, notre cuisinier (voie Bédouin AD+, 5h 40, +810m). Descente par la voie Hamad avec bivouac à 1h du sommet. Au total cinq rappels (5-10-7-20 et 40m). Et pour finir en beauté, c’est par la surprenante traversée du Jebel Um Ishrin, empruntant une succession tortueuse de défilés dans le canyon Rakabat (scramble moyen, 1h30), que nous gagnons le campement pour une seconde nuit à la belle étoile.

Jour 9. Pâques, les cloches ont amené une surprise : six dromadaires de caractère pour suivre la piste jusqu’au Siq Al-Barrah (deux heures, c’est juste ce qu’il faut …). Début d’après-midi, Ataeq emmène Lambert et Virginie escalader une voie qu’il a récemment ouverte (2 longueurs, 4+ 5+). Puis nous traversons la partie nord-est du Jebel Barrah par le splendide canyon Abu Ighlakat (scramble facile, rappel 25 m). Serrés, secoués dans la jeep, nous savourons vraiment tous ces instants de plaisir en rejoignant le camp installé à proximité du Jebel Burdah.

Jour 10. Lambert, qui avait accumulé la fatigue avant le voyage, doit se reposer et renoncer à l’escalade qu’il avait prévue avec Babeth. Pendant ce temps, nous allons découvrir la célèbre arche de Burdah (scrambling moyen par la voie qui mène au-dessus de l’arche et descente par la voie normale). Après-midi calme, agrémentée de plusieurs visites, au camp baptisé « des éléphants » (formes suggérées par deux petits rochers aux environs du Jebel Al Samerat). Du sommet des dunes rouges, nous admirons la magie sans cesse renouvelée du coucher du soleil.

Jour 11. Pour la traversée du Djebel Khazali (scrambling difficile, 9h, + 480 m), Ataeq nous emmène par l’est et la voie Abushibe. Outre la chance d’apercevoir deux Ibex (sorte de mouflon), c’est incontestablement la sortie par le canyon ouest et l’enchaînement des quatre derniers rappels (20 puis 6, 30 et 50 m) qui sont le clou de cette journée. Sur la piste, vers le camp au sud de Wadi Saabit, nous achetons une chèvre pour les repas des deux prochains jours, partagés par les voisins et amis.

Jour 12. Toujours plus au sud, jusqu’à la frontière avec l’Arabie Saoudite, pour un dernier itinéraire, dans le No Man’s Land (scrambling moyen, 4h, deux rappels 15 et 35 m). Le soir, avant la traditionnelle séance d’observation des étoiles, chacun fait le tour du camp, mine de rien : le grand scorpion noir de cet après- midi ne serait-il pas tombé du rocher ?

Jours 13-14. C’est par la piste du désert que nous rejoignons l’autoroute du désert. Après un au-revoir plein d’émotion, nous troquons les jeeps pour deux taxis jusqu’à Aqaba où nous agrémentons la fin de notre périple par une plongée dans la mer rouge.

Encore merci, Ataeq.
Claire Neuray
Le groupe : Michel, Véronique, Alice, Damien, Claire, Philippe, Virginie, Babeth, Lambert et Charlotte.
Pour en savoir plus : le très beau site des guides bédouins http://www.bedouinroads.com/guides.htm.

La Jordanie, Petra, Wadi Rum… Ils nous en avaient fait rêver… Ils y étaient allés, retournés et ils étaient encore prêts à nous y accompagner.

Wadi Rum