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Trekking en Patagonie (suite et fin)

Soumis par Noerdinger Jea… le mar, 20/01/2004 - 00:00

Nous partons d’abord admirer le versant sud du massif depuis le mirador du lago Nordenskjöld, sur le bord duquel nous pique-niquons. Un autre car nous dépose près du petit musée du parc pour en faire la visite. La visite parcourt les salles consacrées à la faune, la flore, la géologie et la formation des glaciers.
Enfin, chargés des sacs, nous prenons le sentier nord vers le campement de las Carretas au bord du rio Grey. Le paysage est très différent de celui de l’Argentine. La vallée que nous remontons est une plaine d’herbe rousse. De grosses touffes épineuses vert pâle à fleurs jaunes constituent la végétation au sol avec les petits arbustes. Les hêtres de Magellan sont plus petits, mais très ramifiés. Nous voyons des nandous, quelques condors et de nombreux guanacos. J’espère apercevoir le chat sauvage chilien ou un puma, mais ils se montrent rarement. Le temps est nuageux avec un fort vent de nord-ouest mais le soleil brille. La cordillère défile sur notre gauche pendant que nous marchons tête baissée. Les tentes sont installées, la cuisine est difficile dans le vent violent, mais il fait assez beau, et le soir on bavarde près des tentes en admirant la cordillère.
Le samedi, nous continuons vers le nord à travers la prairie sous un vent furieux jusqu’au refuge du lac Pehoe en vue du Massif del Paine, dont nous ferons le tour. On distingue bien les tours de granit coiffées de pics crénelés plus sombres, que je suppose être de l’andésite. On s’arrête pour manger et boire une bière. On repart en traversant une petite gorge escarpée, pour déboucher bientôt en vue du Lago Grey à 500m. Le temps s’est mis au beau et il fait même chaud si on se met à l’abri du vent. Le lac, rive gauche, est encombré de gros glaçons. Vers 16h nous en sommes en vue du glacier Grey. Le refuge du même nom, situé sur la rive caillouteuse du lac, est atteint vers 17h30. Le front du glacier est à moins d’un km, séparé par le rognon du Nunatak couvert de hêtres. Les séracs s’en détachent de temps en temps et errent sur les eaux du lac furieusement agitées par le vent. Accompagné de Jean-Michel, je vais admirer un petit lac de fonte au pied du glacier. De la moraine, nous voyons l’énorme étendue du campo hielo Patagonia Sur, dont nous remonterons la rive orientale deux jours durant avant de franchir le col Paso John Gardner, à seulement 1240m.
Le soir Eddy, Régine, Claudine et les 3 Jean goûtent le Gato tiré d’un litre de carton. C’est un bon tinto qui a de la mâche ! On nous sert l’ordinaire du refuge : côte de porc, patates, salade de chou blanc et tranches d’ananas. On rajoute du Gato et on va se coucher dans les petites chambres.
Nous sommes le dimanche 1er février. Claudine ne va pas plus loin, c’était prévu, elle redescend vers le refuge Pehoe. A partir de ce soir, les trois Jean forment une équipe et partagent une tente. Nous commençons la remontée de la rive gauche du glacier Grey par des moraines boisées et des sentiers dans la forêt de hêtres avec des franchissements acrobatiques de torrents encaissés et de petites parois par de grossières échelles. Il fait chaud toute la remontée. A 16h, nous dressons les tentes au campamento Paso d’où nous avons une vue magnifique sur le glacier en contrebas, et sur la cordillère, qui ferme l’horizon à l’ouest. Comme j’ai un peu mal au dos, je n’accompagne pas le groupe qui descend folâtrer sur le glacier : Jean-Michel y fait sensation pieds nus avec ses méduses de plage en patinant sur la glace. Je surveille les tentes : il y a beaucoup de passage de randonneurs qui vont dans l’autre sens. Occasion pour moi de lier connaissance avec des gens venus d’un peu partout comme on le fera le soir dans l’abri, près du poêle allumé car il fait frisquet. C’est le moment aussi de goûter au Lemoncello, et nous vidons la précieuse gourde entre nous.
Le lundi il fait toujours beau et, levés tôt, les 3 Jean, prêts à l’heure dite, décident de prendre le sentier vers le col Gardner sans trop attendre. La montée est raide, le sentier à peine tracé sous les arbres : il faudra faire quelques paliers pour décompresser. Puis nous atteignons le pierrier et bientôt le col est en vue. Nous cassons la croûte avant de le franchir et de descendre. Comme il y a quelques névés, Nicolas, Jean-Pierre et moi filons dessus en ramasse pour nous installer plus bas près de belles sources sur une pelouse où poussent des fleurs qui sentent très fort la vanille. Regroupés, nous attaquons la dernière partie de la descente vers le campamento los Perros, par des pentes boueuses et marécageuses difficiles à traverser, tout comme un large torrent sur des troncs emmêlés instables. Les tentes installées vers 17h, on peut penser à soi, prendre une douche, découvrir les richesses du petit magasin ou même aller voir un glacier proche comme font Régine et l’infatigable Jean-Pierre. Nicolas offre du vin. On prend donc l’apéro avant d’attaquer les lyophilisés : bœuf aux nouilles, nasi-goreng, hachis parmentier…On fait circuler le Gato tinto et tout le monde y goûte. Depuis le début de ce trekking, Régine, notre médecin, a beaucoup d’éclopés à soigner. Elle va d’une tente à l’autre, distribuant les anti-inflammatoires, l’aspirine, la crème pour les coups de soleil, soignant les ampoules, bandant les genoux etc. Et, toujours positive elle réconforte et encourage. Et aussi, Christophe veille à ce qu’on s’entraide en allégeant le sac d’un marcheur plus fatigué et en s’attendant toutes les heures.

Le mardi 3 février, nous dévalons vers le lago Dickson et nous voyons de loin le glacier tapi au fond de la vallée, ce qui donnera à Jean-Pierre l’envie d’aller le voir de plus près. Nous déjeunons au refuge Dickson et, après une sieste sur la pelouse, nous attaquons le raidillon qui nous mène en vue de la vallée marécageuse du lago Paine, véritable enfer pour le randonneur qui y campe comme nous allons le faire : c’est le paradis des moustiques. La pauvre Sophie, qui semble délicieuse pour ces minuscules insectes en deviendra la proie favorite. IL faut dire que comme à l’accoutumée elle s’active beaucoup à l’extérieur : repas, corvée d’eau etc. Nous tentons d’éloigner les insectes avec beaucoup de feu et de fumée. Mais l’endroit est splendide et ce soir-là, quel beau coucher de soleil ! Dés le lendemain il faudra de nouveau lutter contre ces bestioles qui nous accompagneront jusqu’en vue du camping Seron. Il fait de plus en plus chaud, nous quittons les pantalons pour les shorts et, en fin de journée, avant un petit col nous apercevons Claudine qui est venue à notre rencontre. Nous croisons maintenant des gauchos qui mènent des cavaliers et des chevaux chargés de ravitaillement. Nous logeons le soir au refuge des torre del Paine dans une vallée d’où nous apercevons le glacier du massif. Le tour est bouclé. Demain chacun fera l’ascension vers les tours à sa guise. Je décide de m’y rendre seul.
Jeudi le 5 février, il fait beau dès le matin et il fera de plus en plus chaud dans la journée. Je pars seul et très léger vers la vallée au fond de laquelle se dressent les tours. En traversant la petite pampa supérieure déserte et ensoleillée, j’aperçois un renard qui poursuit un lièvre. Un peu plus loin, me dirigeant vers le canyon -sans le savoir- j’effraye un guanaco couché derrière un arbuste. Il détale vers le bas. Plus haut je tombe sur le torrent encaissé, ce qui m’oblige à redescendre. Je rencontre Christophe et Nausicaa qui font comme moi. Personne n’a de carte de la région, mais dès le pont franchi il suffit de remonter la vallée et de longer le torrent. Par le versant sud j’arrive jusqu’à un petit refuge et je me ravitaille en eau. Je continue le long du torrent et dans la forêt de hêtres ensuite. Je bois à toutes les sources rencontrées. Un peu avant midi je remonte les blocs du bas de la moraine où Claudine attend Jean-Pierre. Je le croise qui redescend. A 12h30 je suis devant le petit lac qui me sépare des trois tours. A l’autre bout du lac il y a une muraille granitique, et par-dessus, un glacier qui s’accroche à la base des tours. Les tours sont comme trois colonnes blondes élancées, d’une verticalité impressionnante. Elles se détachent parfaitement sur un ciel d’un bleu cru, et l’eau du lac paraît grise tellement la lumière de midi est brutale. J’entre en conversation avec le gardien du parc qui est là. Il me prête ses jumelles pour observer une cordée qui progresse au-dessus du névé en croissant de la tour sud. Les grimpeurs profitent d’excellentes conditions : le temps est stable pour quelques jours encore et la réussite de l’escalade paraît assurée. Après une heure de contemplation de cette montagne exceptionnelle, je commence la descente, croisant un par un tous ceux du groupe qui montent dans une chaleur accablante, suivis d’une interminable procession de marcheurs de toutes nationalités.
En fin de journée tout le groupe est de retour et on reprend les bus pour le retour vers Puerto Natales. Mais notre bus crève un pneu, et il nous faut attendre deux heures au bar de la frontière chilienne qu’une autre roue soit apportée. Nous sommes de retour à la pension Alicia vers 1h du matin mais beaucoup préfèrent sortir en ville quand même.
Le vendredi 6 février, départ en car vers 13h30 pour Punta Arenas. Arrêt dans la pampa pour un changement de véhicules et, entassés dans un minibus, en avant pour la visite d’une colonie de 10.679 pingouins. On n’en verra que 102 mais où sont les autres ? Arrivés en ville un petit problème de commodités nous fera changer d’hôtel, mais le soir tout le monde est proprement habillé- excepté Nicolas qui n’a que son pantalon de randonnée et fait pitié à voir- pour aller se refaire une santé dans un restaurant.

Samedi 7 février : journée libre. Chacun voit la ville à sa guise. Je la visite avec Jean-Michel. Nous achetons aussi les cadeaux, les souvenirs, nous flânons et visitons deux musées. Vers 17h le chauffeur, Pablo, nous emmène tout en haut de la ville et nous prenons les télésièges pour contempler le détroit et la ville d’en haut. On aperçoit la Terre de Feu au sud et à l’ouest la cordillère de Darwin à plus de 200kms.
Le soir nous sommes tous installés à une grande table dans un joli restaurant près du port. L’ambiance est formidable : tournée de pisco sour, vin blanc et vin rouge, excellent repas. A la demande de Christophe El Jefe, chacun tour à tour parle de ses impressions de voyage, de ce qu’il a ressenti au contact des autres, de ce qu’il a aimé. C’est très positif le groupe est très soudé. Puis il y a un silence et Josyane forme un petit chœur pour interpréter une chanson que j’ai écrite et que Josyane a remaniée et mise en musique sur l’air de ’’Malborough s’en va t’en guerre’’. La voici :
1)C’est Christophe qui nous mène 2) La pampa est trop grande
Par les montagnes et les plaines On fait le tour du Paine
D’argentine au Chili On a déjà vu le Fitz
C’est la Patagonie (Bis) Le Grey et le Dickson (Bis)
3) L’Argentine on l’a vue 4) A présent on patauge
Sous des rideaux de pluie Dans les profondes bauges
En sautant les torrents D’une lagune à l’autre
Campant à Poincenot (Bis) Et toujours au soleil (Bis)
5) On a franchi un col 6) Zut ! Il y a les moustiques
En pensant à la bière Et même qu’ils nous piquent
A celle qu’on boira Mais nous sommes stoïques
Quand on sera en bas (Bis) On en viendra à bout (Bis)
7) On termine au Torres 8) C’est Christophe qui nous mène
On y est tous monté On le suivra partout
Avec beaucoup de peine Pourvu qu’on ait à boire
Le trekking terminé (Bis) A boire du tinto , à boire du pisco et du lemoncello
C’est la Patagonie ! C’est la Patagonie…
La suite est plutôt décousue : je m’offre un excellent cigare cubain, nous allons, à quelques-uns, dans un bar du centre où nous buvons pas mal de cocktails brésiliens Caipirinha. Demain nous prenons l’avion et, pour Nicolas effondré par sa nuit et son retour à l’hôtel sur le large dos de Marc, ce sera comme à l’aller : un peu comateux.
Le dimanche 8 février nous embarquons à Punta Arenas, sans les deux Christophe et Sophie qui prolongent leur séjour. Jean-Pierre les rejoindra depuis Santiago et Eddy fera un séjour studieux dans la capitale chilienne pour y apprendre l’espagnol. Christophe El Jefe nous accompagne jusqu’à l’aéroport et s’assure que tout va bien : serviable et professionnel jusqu’à la fin. Donc nous sommes encore 10 à passer une nuit à Santiago et 8 à embarquer le lendemain pour Bruxelles. Pour nous 8, retour en 5 vols avec escales à Puerto Montt, Santiago et Madrid comme à l’aller et en plus à Barcelone avant d’atterrir à Bruxelles le 10 février dans l’après-midi.
C’était une expérience formidable, la Patagonie est inoubliable. Depuis mon retour en Belgique le souffle incessant du vent et les horizons infinis me manquent. A tous les autres aussi…
Jean-Marie Noerdinger

Le vendredi 30 janvier au matin, nous pénétrons en car dans le Parque national Torre del Paine.

Torres del Paine