Aller au contenu principal

Bolivia 2004

Soumis par Van Laer Jean … le 30 July 2004

De gauche à droite : Tim, Jean-Bernard, Michel, Mina, Quentin, Johann. A leurs pieds : Ilse, Brigitte, Koen et Céline.

Bruxelles – Barcelone – Madrid – Lima – La Paz
Océan atlantique, survol de Madère. Altitude 10.500 m, vitesse 890 km/h. Temps clair et dégagé. Quelques nuages. Arrivée au Brésil, gros cumulo-nimbus. Colonnes titanesques couronnées d’un large plateau. La forêt tropicale, verte. On ne distingue pas grand chose : une route, un village au fil de l’eau. Des arbres, pendant des heures. Puis l’Amazone. Comme un réseau de fils tressés, innombrables. Les méandres – longs serpents morts ou agonisants, bras dessinant de curieux motifs ramifiés. On approche de la Cordillère : le relief se découpe, la chaîne se dessine. Les nuages disparaissent d’un coup, accrochés au versant amazonien. Quelques sommets enneigés, une calotte glacière… Les montagnes s’adoucissent à mesure qu’on approche de l’Océan pacifique. Lima est cachée sous une mer de nuages tranquilles. Le soleil se couche, la lumière est orange. On entre dans la purée, on ressort en dessous : maisons pourries, brasiers, plafond trop bas. Lima.

Ce soir là, le Grand Show américain n’était pas sur le petit écran de la cabine (Katie Holmes avait pourtant « Des étoiles plein les yeux ») mais sous nos pieds ! Le survol du continent latino-américain est magique.

9-20 juillet 2004

La Paz – Sucre – Potosi – Uyuni – La Paz – Trek de Taquesi

Notre équipe a décidé de consacrer les deux premières semaines aux visites et à l’acclimatation. Nous passerons ainsi de Sucre (2 790 m) et du mercado campesino de Tarabuco (3 200 m) aux mines de Potosi (4 090 m), dont l’argent alimenta pendant deux siècles le trésor espagnol (coût estimé de la production : 8 millions d’Africains et d’Indiens). Les pistes nous emmènent ensuite à Uyuni (3 700 m) ou nous découvrirons le Salar – vaste damier uniforme, plat et blanc : du sel, 10 milliards de tonnes de sel – et les grands cactus de la Isla de los Pescadores. Le retour à La Paz est long mais on n’en perd pas une miette. Magnifique.

Fini de rêvasser dans le car. On enfile ses chaussures et c’est pour grimper le « Chemin de l’Inca » à l’envers. De Chojjla (2 280 m) dans les Yungas (gorges tapissées de jungle et noyées dans la brume – lonely planet), nous nous élevons jusqu’au col Apacheta (4 800 m) en trois jours. Les fleurs chargées de gouttelettes, les troncs couverts de mousses cèdent la place aux buissons tordus, à l’herbe rase et aux cailloux. L’effort marque les visages, les jambes souffrent mais cette acclimatation se révélera payante.

20-23 juillet 2004

Piramida Blanca 5 230 m I/PD, 40°, 300 m, 4 heures de Chiar Khota

Encordés par 3, nous prenons pied sur le glacier. La trace est faite et nous franchissons les crevasses d’un bond. Un léger ressaut de neige et glace : nous progressons en combiné, piolet bien ancré. Tout est nouveau pour Brigitte : les crampons, les conversions, la corde. Elle assimile avec sérieux, tout sourire. Agustin – notre célèbre guide bolivien – prend la direction de notre caravane à l’approche de la rimaye. Quatre pieux à neige sécurisent la dernière pente et… Bonheur. Michel n’y croyait plus, Tim & Brigitte sont euphoriques, les « de Bruyn et assimilés » savourent… Fierté et joie d’avoir réussi ensemble. Pour 3 des 9 Belges qui prennent la pose au sommet de la Piramida Blanca, c’est une très belle première course !

24-25 juillet 2004

Huayna Potosi 6 088 m II/AD, 60°, 600 m, 5-6 heures du campo roca

Lever à 3 heures, départ à 4h30. Nous marchons longtemps sur le glacier. Le soleil se lève et nous en profitons pour faire un tour d’horizon. Mer de nuages à l’Est, lumière orange et El Alto encore dans la nuit. Première difficulté, la rimaye : de grandes marches taillées dans la glace puis dans la neige (60° puis 45°). Agustin me prête un deuxième piolet, une broche, un pieu à neige. La broche ne mords pas – je m’énerve et continue sans trop réfléchir. Je plante le pieu, continue à bout de corde et assure tant bien que mal à l’épaule. Heureusement, personne ne glisse.

Des plats et des bosses nous amènent au pied de la face : 250 m à 45° en neige/glace travaillée. Des cordées montent et descendent, minuscules têtes d’épingle piquées sur une photo. Plus de souffle, plus envie… Mais je grimpe quand même. Quentin me tire – je le suis. Penser à respirer. Les pieds, les mains. Johann, Koen et Quentin sont déjà au sommet. Ils apprécient – je suis absent. Eprouvant. La descente est interminable…

26-30 juillet 2004

Nevado Sajama 6 542 m II/PD, 50°, 1 800 m, campo base 3h + campo alto 5-6 h + sommet 6-7 h

La marche d’approche dans le parc naturel du Sajama est magnifique. Nous remontons une vallée tranquille escortés par des camélidés, des chevaux et des oiseaux. La végétation est composée de queñuas nains, de plumeaux d’herbes drues et de boules de mousse dures semblables à de gros galets. Le chemin se perd, mais le Campo base (4 800 m) est situé non loin de la source du ruisseau qui s’écoule vers les plaines. Le volcan n’est pas vraiment majestueux : très érodé, il semble s’affaisser sur lui-même. Impression confirmée à la montée : des pierriers pourris menacent de s’ébouler sous nos pas.

Le campo alto (5 600 m) est posé derrière une arête de rocher battue par les vents. On y dort mal. On gamberge : pourvu qu’on ne doive pas sortir pour vérifier l’arrimage des tentes. Pourvu que le vent se calme et que les conditions soient bonnes demain. Epuisés physiquement et nerveusement, nous envisageons la retraite : trop de vent, trop froid, trop fatigué. Mais tout se calme dans la nuit et Pablo – le cook – nous prépare au réveil des empanadas (chaussons au fromage frits). Il nous fait le plein d’énergie et de moral. Il raconte à qui veut l’entendre que le Sajama, c’est au-dessus de ses forces – mais c’est lui qui nous porte.

Encore des éboulis puis enfin la glace. Dans le noir complet, j’attends que la corde se tende pour suivre les traces du guide. On remonte un couloir et la pente s’accentue. Nous prenons ensuite pied sur une arête mixte que nous allons suivre pendant une centaine de mètres. Dernière partie : de grandes bosses de glacier gardées par des pénitents – radical pour les genoux. Ce sera long – très très long. Tout le loisir de profiter de la vue sur les volcans Parinacota et Pomerata (Chili). Que l’on finit par dépasser. Le temps est superbe : ciel dégagé, peu de vent. Le sommet plat est plus grand qu’un terrain de foot. (Cherchez football + sajama dans google ;-). Pique-nique comme à Tervuren, photos et…

La Paz – Lima – Madrid – Barcelone – Bruxelles
Jean-Bernard Van Laer

9 juillet 2004. Onze Belges s’envolent pour La Paz et les sommets andins.

La Paz