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El Capitan en libre

Soumis par Villanueva Sean le ven, 15/10/2004 - 00:00

Libérée pour la première fois en 1998 par les frères Huber, « Freerider » est une variante de la « Salathé » qui suit le même itinéraire à part les deux 8a sur le « Headwall ». Elle offre un menu tout aussi alléchant composé d’escalade cinq étoiles dans des cotations allant jusqu’au 7c sur coinceurs, une grande variété de dalles, des fissures allant de la taille des doigts jusqu’aux poings et bien sûr, obligatoirement des « ofwiths » extrêmes.

Jour 1:
Après les derniers préparatifs nous partons en auto stop jusqu’au pied de « El Cap » pour attaquer le « Freeblast » (les 10 premières longueurs de « Salathé »). A deux heures et demie de l’après-midi, nous commençons la voie. Nous nous trouvons confrontés avec des dalles tellement lisses qu’on peut y voir sa propre réflexion.
Nos pieds se retrouvent sur des prises fuyantes comme des fesses de bébé huilées, et nos ongles se crochètent désespérément derrière des petits cristaux. Comme si les pâtes n’étaient pas encore assez épicées, les rafales de vent sont au rendez-vous pour ajouter de l’ambiance. Après un petit accouchement dans la cheminée de « Half dollar » en huitième longueur, l’obscurité nous rattrape et les trois prochaines longueurs se font dans le noir, dont une désescalade velue. Eh oui, désescalader, car le rappel n’est pas considéré comme du libre.
Enfin nous rejoignons notre « haul bag », que nous avions monté la veille par des cordes fixes allant jusqu’au « Heart Ledges » et nous nous préparons pour notre premier véritable bivouac sur rocher.

Jour 2:
Les sacs sont lourds, très lourds. Après chaque longueur, on doit tous les deux se mettre en contrepoids pour les monter. Ils restent coincés derrière le moindre petit toit, nous obligeant constamment à redescendre pour les décoincer. Etant à ce stade encore des puceaux de Big wall, nous avons dû improviser des techniques pour remonter les sacs, utilisant souvent plus nos muscles que nos neurones. De plus, le soleil tape et nos bouches ressemblent à des déserts. En avançant plus lentement que prévu, il va falloir rationner la nourriture et l’eau car le point de non-retour est dépassé; le seul moyen de redescendre à présent, c’est de monter!
Sean part dans la 14ème longueur en tête. Une traversée en dalle le mène à une longue fissure en ofwith (le « Hollow flake ») avec 40m de Dulfer sans beaucoup de protection. Chuter dans cette longueur n’est pas une option. Plus tard, Nico tombera dans une partie facile à cause d’un bloc de la taille d’une télé qui s’est presque arraché. Miraculeusement, il a pu repousser le bloc qui est resté, tenu par un poil. Nico a dû refaire la voie pour l’enchaîner. La prochaine longueur est une cheminée en 4sup (L14), dans laquelle Nico avoue avoir eu plus dur que dans les nombreux 8a qu’il a fait à vue dans sa carrière de grimpeur. Comme quoi les cotations…

Jour 3
Aujourd’hui, le cap du fameux « Monster Ofwith » nous attend. Même si la cotation est du 7a, c’est la longueur qui fait le plus peur, par son style et son engagement. La bataille consiste en des coincements de coudes, de genoux et de plus ou moins toutes les parties du corps possibles à coincer. Seul moyen de protéger cette fissure parfaite de 50m : un friend numéro 6 …que nous n’avions pas, mais nous avons pu l’emprunter un généreux Espagnol. N’ayant qu' un seul coinceur de cette taille, nous devions le remonter avec nous tout en grimpant. Nico tire la paille la plus courte et se voit obligé d’attaquer. Après une guerre interminable, il perd dans la fissure l’unique protection adéquate et se retrouve dans une situation précaire 25 mètres au-dessus de Sean sans point de renvoi. Heureusement, il arrive à récupérer le coinceur et remet les pendules à l’heure en sortant la voie à vue suivi de Sean. Thanks God ! Car un essai de plus dans cette voie nous aurait littéralement éreintés.

Jour 4:
La journée est décisive. Ca passe ou ça casse. On commence par une longueur en 7c (L23) très bloc. Après être tombé deux fois dans un double jeté à l’horizontal, Nico commence à être chaud et enchaîne la longueur vite fait. Pour Seán l’enchaînement cause plus de problèmes. Après 5-6 essais, le niveau d’énergie est descendu dans la zone rouge. Le soleil est sorti et tape comme des lasers chirurgicaux sur les petites prises. Le moral est bas car les chances de réussite pour Sean deviennent très faibles. Le temps passe, les muscles se vident, la peau s’use, la pression monte et un dernier essai s’impose, car après on sera obligé de continuer. Ca passe! Après une magnifique fissure en 7b+ (L28) nous installons notre portaledge dans un endroit extrêmement gazeux pendu à plus de 900 mètres du sol. Ici, la paroi est tellement raide qu’un objet malencontreusement lâché retourne directement au sol. Après un repas bien mérité nous laissons parler nos instincts sur nos instruments de musique. Ambiance HOT ! Mais où sont donc passées les serveuses de Cocktail ?

Jour 5:
La victoire s'approche à grands pas, mais l’ours n’est pas encore tué. En effet, nous nous retrouvons écartelés dans un toit athlétique plein pot, dans lequel nous devons nous retourner entièrement sur nous même, comme dans ‘Mission impossible II’. Ensuite, un dernier ofwith (L31) nous mène dans une double cheminée sans fond ressemblant aux donjons de l’enfer. Sean est obligé de s’engager dans cet abîme noir sans protection sous un vent glacial ascendant. En cas de chute, c’est la descente aux enfers ! Peu avant l’obscurité, nous sortons la voie et poussons des cris de joie, pour fêter cette victoire au soleil couchant par une petite danse indienne.

Jour 6:
Après un dernier bivouac au sommet, nous engageons la descente. Epuisés, affamés et déshydratés, le retour à la vallée nous semble interminable et après 5 heures nous rampons à quatre pattes vers la rivière. Nous clôturerons cette aventure par une orgie de crêpes aux myrtilles et d’eau à volonté.

Un plongeon dans l’ambiance mythique du Yosemite vous intéresse? Nous vous inviterons très prochainement à la projection de notre Film (histoires, photos et vidéo).

Nous remercions particulièrement le Club Alpin Belge section Brabant, Starpole, Black Diamond, Comon clothing et le DAS comité pour nous avoir aidé à réaliser notre rêve.
Sean et Nico

A la façon dont Moïse ouvrit un passage dans la mer rouge, les frères Huber nous ont ouvert un passage dans la mer de granite qui a pour nom « El Capitan ».

Vallée du Yosemite