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Stage de Montagne - CAB Brabant 2005

Soumis par Membre Cabbrabant le dim, 29/01/2006 - 00:00

Nous avions ainsi pu rencontrer quatre stagiaires qui venaient de suivre le stage de moniteur alpinisme niveau 1 avec Thierry. Nous prenions donc la relève de ces quatre types bien sympas que nous devions logiquement prendre comme modèles. Et, forts de ce sentiment d’émulation positive, nous partîmes à la conquête d’une longue voie à Aile Froide.

Marc nous rejoignit le lendemain. Le groupe était au complet et pouvait partir pour le refuge du glacier blanc avec pour premier objectif le Pic de Neige Cordier (qui n’a de neige que le nom). Organisation du matériel par étalage sur le parking, distribution de vivres, formation des cordées, instructions de Thierry… Après les préparatifs habituels d’empaquetage rationnel et spartiate, nous remontions les vallées jusqu’au point de départ de cette approche certes courte mais raide comme entrée en matière.

Un stage d’alpinisme avec Thierry ce n’est pas comme à l’hôtel où on pose ses valises. Après 500 mètres de dénivelées dans des chemins raides, il nous fit poser nos sacs face au glacier (et au refuge) où nous allions suivre l’exemple des chasseurs alpins le garnissant. Thierry avait apparemment l’intention de leur montrer qu’un stage du CAB valait bien celui de l’armée française. Il nous tortura ainsi les chevilles et les cuisses pendant trois heures, surtout avec le piolet ancre qui nous brûlait les cuisses regorgeant d’acide lactique. Il n’est jamais trop tard pour apprendre à cramponner ?

Après le passage anonyme au refuge-usine et une bonne nuit nous déjeunions déjà à peine réveillés, les yeux plissés mais encore remplis du souvenir du coucher de soleil sur le Pelvoux. Thierry, à des fins pédagogiques, nous fit remarquer que les deux jeunes alpinistes blondes d’à côté étaient biens organisées pour le départ. Nous nous sommes vite retrouvés au bas d’un gros névé sur le glacier blanc juste en dessous du Pic à gravir. Seul un petit couloir gelé mit notre technique à l’épreuve. On se rappelle encore du vent piquant au col qui fut compensé par une vue imprenable sur le dôme de neige des Ecrins depuis le sommet du pic.

Les objectifs suivants étaient proches, il nous suffisait de redescendre au refuge des Ecrins. Une odeur de gaz nous accueillit, l’heure était au ravitaillement et nous prêtâmes main forte en jouissant du balai de l’hélico qui faillit emporter le gardien avec le filet des poubelles. Le couloir de la Roche Paillon, étant au dessus du refuge et notre premier objectif, Thierry nous dit qu’un bon alpiniste va toujours reconnaître le terrain pour le départ. Message reçu, Gaëtan fit une flèche sur le sol avec des pierres si grosses que les avions en tiennent désormais compte. Roland, lui, appliqua une technique digne d’un commando de reconnaissance et ramena une photo numérique du couloir. Il eut un bon point au retour.

Le matin, Thierry passa la flèche, connaissant visiblement bien le terrain. Le couloir en condition nous grilla les mollets. Après un petit aller-retour sur l’arête jusqu’à la Roche Emile Pic, nous repartions jusqu’au couloir du Pic de Neige Cordier pour le refaire dans l’autre sens, non sans avoir crapahuté corde tendue sur une arête où les pierres nous restaient parfois en main. Nous avions ainsi la dose de technicité et d’adrénaline à laquelle nous nous attendions en nous inscrivant à cette semaine qui allait s’avérer bien remplie. Au retour un jour de repos nous attendait, mis à profit par certains pour les grandes voies et par un autre pour faire un peu de dénivelée.

* * *
Pour le deuxième tiers du stage, nous décidons d’établir nos quartiers au Refuge de Bans, au bout du vallon de la Sella. Les plus courageux d’entre nous ont prévu un bivouac, mais les dieux du ciel ainsi que le sourire de la gardienne du refuge ont vite raison de leurs ambitions. Le lendemain nous partons pour les Dents de Coste Counier que nous comptons parcourir par la voie « Le Diable par la Queue ».

Les Dents de Coste Counier se présentent comme une énorme écaille de dinosaure, plantée dans un socle massif en bordure de la moraine d’un ancien glacier et se prolongeant en arête Sud de la Pointe de la Pilatte. La voie (IV+ max) remonte le socle légèrement à droite de l’aplomb des Dents pour ensuite suivre le fil de l’arête. Elle compte une quinzaine de longueurs avec 2 possibilités de réchappe.

Comme elle est la première « grande » voie du stage, les deux jeunes (JB et Gaétan) ont hâte d’en découdre et partent en reconnaissance dès l’aube. Nous autres (Roland, Marc et Thierry) préférons traîner un peu pour donner une chance au soleil de sécher l’attaque de la voie. Du même coup la formation des deux cordées est fixée.

L’escalade est plaisante et émaillée de nombreux exercices pédagogiques que Thierry a concoctés tels que le maniement des radios (Allô Gaétan, Ici Thierry), le déblocage du triple prussik sans les mains, et d’autres manœuvres accessoirement utiles comme l’installation d’un relais, l’assurage du premier etc. A force de musarder, les heures passent. Et en fin d’après-midi, des gros nuages finissent par arriver, se déversant de la Brèche des Bans et du Pas des Aupillous, les deux cols qui ferment le vallon de la Sella vers l’ouest. Quand en plus les anges commencent à jouer aux quilles, nous décidons qu’il est temps de battre la retraite. Et c’est le moment que le diable choisit pour frapper. Profitant d’une baisse momentanée de notre concentration, il nous flanque une bonne giclée de grêlons et fait fourcher un pied sur deux très gros cailloux qui dégringolent aussitôt en direction de JB. Heureusement que son ange gardien est sur les rangs et lui fait éviter la première pierre. La deuxième réussit cependant à frapper de plein fouet son genou et lui arrache un hurlement qui nous fige sur place. Un sobre « Sa jambe est cassée ? » de Thierry nous fait sortir de notre stupeur. Et bien non ! Le miracle s’est produit et notre ami est quitte d’une grosse frayeur et d’un bon hématome. Comme pour nous montrer leur dépit, les éléments se déchaînent de plus belle et nous font rentrer au refuge dans une ambiance de jour de tempête à Ostende.

Le lendemain, notre choix pour la deuxième grande voie se porte sur les « Bans Publics » (V+ max, une dizaine de longueurs) dans les contreforts des Bans. L’hommage à Georges Brassens peut paraître incongru, étant donné qu’il n’était pas grand alpiniste, hormis ses nombreuses ascensions de Monts Vénus. L’équipe est réduite à Thierry et Roland, puisque Marc ressent une brusque envie de plat pays et que les deux jeunes préfèrent la chasse aux papillons aux environs du refuge.

L’attaque de la voie se trouve en bordure du glacier des Bans et nous avons toutes les peines du monde à la trouver. Ce qui devait une marche d’approche de deux heures devient une mini-course avec terrain d’aventure et même une partie de voie d’escalade (« Sous le soleil de Satan », encore lui !) en grosses. Nous prenons finalement 6 heures pour arriver au pied de la voie. A partir de ce moment les opérations sont cependant rondement menées. Après le traditionnel « tivaoujivé », nous escaladons la voie en 4 heures et arrivons au dernier relais juste à temps pour l’averse qui s’abat quotidiennement avec une ponctualité de train belge. Grâce à une technique de rappel mise au point par Thierry (et qu’il n’est pas permis de révéler ici), la descente ne prendra qu’une heure et demie, ce qui fait 5 minutes par personne et par longueur. On sent que c’est un stage perf ! Après une courte escale au refuge, nous arrivons trempés au parking de Entre les Aygues, après la tombée de la nuit et sous un ciel électrique. Finalement, le diable ne nous en a pas trop voulu de l’avoir tiré par la queue.

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C’est Gaétan qui le propose le soir de notre retour des Bans : La Meije. THE Meije. La course mythique de la région pour clore le stage. Le groupe se rallie vite à la proposition. Reste le choix de la voie. Après quelques délires (le Z en face Nord p.ex.), nous nous mettons d’accord sur la voie normale. Mais d’abord il faut faire le tour du massif en voiture pour se rendre à la Bérarde. Et ceci un 13 juillet, veille de la fête nationale française et, de surcroît, journée de l’étape phare du Tour de France dans la région. Entre Briançon et le col du Lautaret, nous nous faufilons entre des milliers de sportifs (du genre chaise pliante et box-frigo, quelques-uns à vélo) en attente de Armstrong & Co. L’air est rempli d’une ambiance de fête populaire qui tranche agréablement avec l’austérité de la haute montagne.

En passant à La Grave, nous nous arrêtons quelques minutes pour examiner la face Nord de la Meije. Elle est plâtrée par des chutes de neige récentes et un petit doute commence à s’installer quant à notre entreprise. Une dernière consultation du bulletin météo nous rassure cependant. Deux jours de grand beau sont annoncés. Il suffit d’attendre une journée pour laisser fondre la neige. Le soir au refuge du Promontoire, nous décidons donc de faire une course d’entraînement, à savoir l’arête de la Convention sur la Pyramide Duhamel (cotée D, un passage en 5b), une voie ouverte récemment, qui longe et se croise avec la voie normale de la Meije. Technique et aérienne, elle devrait être une excellente introduction au terrain particulier de la Meije.

Peut-être les horaires (très) optimistes du topo, peut-être la fatigue accumulée sur la semaine, peut-être simplement le bonheur d’être en montagne, par temps superbe, entre copains, nous font prendre le lendemain un goût démesuré à poser chaque pied, exécuter chaque geste, coincer chaque coinceur, prendre chaque photo. De manière à ce que, successivement, nos espoirs de retour au refuge pour la sieste, le goûter, le repas du soir et finalement l’extinction des feux s’évanouissent. Mais quelle ambiance ! Découvrir pour la première fois la complexité du massif de la Meije, en autonomie, permet de prendre pleinement la mesure du défi que cette montagne représentait pour les anciens. Installer les derniers rappels au clair de lune, quel souvenir ! Le seul regret est de ne pas avoir passé la nuit en bivouac. Mais le matériel nécessaire est resté dans la vallée.

Notre « course d’entraînement » s’achève finalement au refuge en pleine nuit, quelques heures avant le réveil pour le départ de la Meije. Malgré les bonnes conditions météo, malgré l’envie qui tiraille nos ventres, nous inclinons devant la raison (et Thierry) et renonçons. Nous ne sommes pas encore prêts pour cette course. Elle n’aura que davantage de saveur lorsque nous la réussirons et elle est donc fermement rangée dans les cartons de nos projets futurs.

Le lendemain notre stage se termine. Thierry, en pleine forme, veut nous entraîner à faire le zouave dans quelques via ferrata du coin. Après avoir tâté le rocher de la Meije, l’idée d’une via ferrata nous paraît un peu fade. Nous préférons une bonne omelette-frites-bière sur une terrasse à la Bérarde, suivi d’une visite de Saint Christophe en Oisans et de son cimetière, où nous faisons notre révérence à Pierre Gaspard, vainqueur de la Meije et mort dans son lit à l’âge de 82 ans, sans avoir eu le moindre accident de montagne.

Gaêtan et Toland

Le stage avait bien commencé. Trois d’entre nous (Gaétan, JB, Roland) étaient arrivés la veille du rendez-vous au gîte de Vallouise.

Massif des Ecrins, Vallouise