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Vikings à la menthe

Soumis par Van Boeckel Pol le 20 July 2010

sur les majestueuses parois des îles Lofoten dans l’arctique norvégien. Ce voyage était organisé par un certain Matthew, ami étudiant en géologie rencontré au sein de l’Oxford University Moutaineering Club (dis comme cela, ça fait très sérieux comparé à « section du Brabant » mais pas de panique la plupart ne passent pas un 5c en tête non plus…). Les Lofoten sont un archipel situé dans le nord de la Norvège, qui baigne dans les eaux chaudes du Gulf Stream. Leurs situations géographiques leur confèrent un climat sensiblement plus « doux » que le reste de la péninsule scandinave. Les eaux des Lofoten étant très poissonneuses, c’est donc assez logiquement que les premiers habitants des îles furent des pécheurs de Morues. Ceux-ci ont érigé ça et là de jolis villages tout en bois qui sont reconnaissables de loin par la présence de jolies petites maisons rouges, d’immenses séchoirs à poisson, et de l’odeur qui va avec et vous rappellent étrangement l’arôme parfumé des douches de certaine(s) salles d’escalade bruxelloises …
Maintenant que le décor est planté (vous aviez probablement déjà tout compris à la lecture du titre évocateur : car rien n’échappe à l’esprit vif et affûté du lecteur moyen d’Ardennes et Alpes…) et que les présentations sont faites, venons-en à la grimpe.
Outre les cabillauds et les touristes suédoises (Geoffroy Van Kriekinge, communication personnelle), les Lofoten sont mondialement connues pour attirer une population internationale de grimpeurs qui viennent s’amuser sur des parois de granite immaculées, en rocher franc et compact, qui de l’avis des spécialistes est un des rochers les plus purs d’Europe. L’objectif du voyage était donc de grimper un maximum de ces superbes lignes avec en point de mire le WestPillaren (E2, 450m) sur la face sud de Presten.
Cette paroi est un monolithe de granite qui présente une des faces les plus hautes de l’île (voir la Volvo en bas à droite pour l’échelle). Je m’empresse de préciser que je ne fais aucune publicité pour cette Volvo© V50 Kinetic gris métallisé, qui était garée à cet endroit par le plus grand des hasards et qui n’a été évoquée que par souci d’illustration. Précisons tout au plus que cette Volvo© V50 Kinetic, 5 portes, jantes en alliages est un véhicule familial et polyvalent, parmi les plus fiables en vente sur le marché, sa motorisation 4 cylindres 109 chevaux vous garantira une conduite agréable et sécurisée, à titre d’information cette Volvo© V50 Kinetic à été gratifiée du Green Award par Turbo Magazine en 2010, mais arrêtons ici cette petite digression avant que l’on ne me taxe de faire de la publicité gratuite, « Pas de pub dans Par Monts et Par Vaux ! Pas de ça chez nous! ». ATTENTION : cette Volvo peut toutefois vous faire sauter votre permis (Brieuc Noël de Burlin, communication personnelle).
Revenons-en au Westpillaren, cette « petite voie de douze longueurs » nous aura demandé trois essais avant de pouvoir crier victoire. La météo aux Lofoten est en effet capricieuse et les prévisionnistes lofoténiens aussi fiables qu’un manuel de montage IKEA. Dès lors, nous avions inventé notre propre système de prévision météo qui consistait à regarder vers la mer : si l’horizon est trouble et gris, c’est qu’il est temps de tirer des rappels, ce que nous avons fait dans cette voie à deux reprises... La troisième tentative fût la bonne : nous partîmes vers 10h le cœur léger et le ventre plein de porridge pour une ascension à trois qui se voulait être « light and fast ». Mais mauvaise surprise au départ de la voie, trois autres cordées ont eu la même idée que nous, faut dire que les créneaux météo ne leur laissaient pas trop le choix puisque sur 17 jours sur place nous avons eu 16 jours de pluie... En bon gentlemans oxoniens, nous leur laissons la politesse : « tirez les premiers, on est des Anglais ! Comme disait l’autre…».
C’était une énoooooorme erreur ! Ils étaient lents, gros, mauvais, bardés d’équipement super cher et on ne comprenait rien de ce qu’ils disaient (et eux ne comprenaient pas l’anglais, ce qui valait peut-être mieux pour tout le monde). Pour peu, ils nous auraient bien commandé une lasagne (Sylvestre Pouillard, communication personnelle). Bref nous avons pris le départ avec 6 heures de retard pour éviter d’avoir ces gêneurs sur le nez.
Les quatre premières longueurs s’enchaînent très vite (on les connaît à force), on alterne de magnifiques écailles de granite en Dülfer avec de fines échelles de basaltes pas très protégeables mais le rocher est sec et le ciel est bleu. Que demander de plus ? Arrivés à la vire intermédiaire, on mange vite, on fait quelques photos et on continue à médire sur les Ostro-patagons qui nous précèdent avec leurs allures d’ambassadeurs sénégalais (Felix Debraebander, communication personnelle). Résultat : on perd encore une heure. On attaque ensuite la deuxième partie, ce sont des dalles un peu plus délicates. L’ambiance y est très aérienne, le rocher est comme on en rêve quand on remonte au Chamonix par le Merinos, ces belles longueurs passent trop vite et on arrive bientôt à la longueur crux. Au relais, Harry continue de chanter comme il le fait depuis le début ; ce qui est fort agréable lorsque l’on se retrouve embarqué dans ce genre de voie interminable (si seulement il pouvait chanter autre chose qu’ABBA)…
Matthew ouvre le topo pour nous situer et m’annonce toujours en bon gentleman anglais que la longueur qui vient et le fameux « Slanting Corner » et que c’est mon tour d’aller en tête. N’étant pas encore un linguiste accompli (Ndcorrecteur : et ce ne le sera jamais), je m’interroge sur la signification de l’adjectif « Slanting ». Matthew me montre alors de ces mains une forme de dièdre incliné (un petit toit masquait la longueur suivante)… Ceux qui ont déjà eu l’extrême privilège de me voir grimper des dièdres savent tout l’amour que j’ai à remonter ceux-ci et la délicatesse digne d’un Spetsnaz dans un théâtre moscovite dont je fais preuve dans ce type de passage technique... C’était une longueur mémorable que je ne suis pas prêt d’oublier. Mes doigts ressemblaient à la fin à un family-pack de chipolatas du ALDI mais quelle sensation, quel bonheur d’être sorti sans dévisser! Comme dira Harry en arrivant au relais : « What a pitch mate !» (Et là, il avait arrêté de chanter ABBA).
Passé ce satané « Slanting Corner », il nous restait quelques longueurs à tirer en 5 avant d’atteindre la goulotte finale (3+) qui était sans doute la longueur la plus dangereuse (couverte de boue). On atteindra seuls le sommet de la face vers 2-3h du matin et sous le soleil bien entendu…
En résumé : un super moment partagé avec de chouettes grimpeurs. Ce qui par ailleurs me semble être la chose la plus importante pour réussir ce genre d’ascension : emmener de bons copains pour garder le moral et la motivation. Aucun incident n’a été à déploré durant cette ascension, à l’exception d’une chute douloureuse sur le chemin du retour à l’annonce du prix de la bière au « Climbers Café » de Hennigsvaer : 8.80€ la choppe ! (Etudiants pauvres s’abstenir).

Thomas Van Boeckel (a.k.a. Muscles from Brussels)
Conseils pratiques avant le départ:
- Devenez riche
- Faites des provisions : la nourriture est vraiment hors de prix
- Arrêtez de boire
- Achetez une Gore-Tex digne de ce nom pour affronter le temps norvégien.
- Re-devenez riche (on ne l’est jamais assez)
- Prenez un masque pour dormir au soleil de minuit au risque de devoir transformer un caleçon (usagé) en cache œil (Harry Martin, communication personnelle).
- Pas la peine de courir pour attraper vos correspondances tous les trains/bateaux/taxis arrivent à l’heure en Norvège même quand on leur demande de venir vous prendre à 4h du matin sur une route en leur indiquant que vous serez quelque part près du rocher… C’est sidérant mais c’est comme ça, on ne peut rien y faire, ils sont très bien organisés.
- Ne perdez pas votre temps à apprendre les trois mots de Norsk sur la troisième de couverture du Routard, tout le monde parle l’anglais, du chauffeur de taxi aux dockers de Svolvaer.

Riche de mon année passée en pays Anglois, je me suis laissé emporter par deux loyaux sujets de sa majesté pour un voyage de grimpe en terrain d’aventure

Norvège, Lofoten, Flakstad