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Manaslu 2009

Soumis par Fohal Jean-Luc le 15 mai 2009

La Montagne des Esprits, dirais-je, tant les alpinistes qui la défient maintenant l’abordent avec des ambitions et intérêts bien différents.

En ce printemps, nous étions une petite équipe composée de Joao Garcia, Johan Perrier et moi-même à tenter ce magnifique sommet du Népal. De retour de cette expédition, j’ouvre à nouveau le livre «Les 8000 rugissants» de Erhard Loretan, grand himalayiste suisse, disant : «Une expédition est parfois la preuve que nous ne retenons d’une histoire que ce qui nous arrange et que nous entassons les souvenirs dans un ordre précis : les bons d’abord, prêts à affleurer, les mauvais dessous, proches de l’oubli. Cette mémoire sélective nous permet de continuer, de boucler les sacs encore une fois, de repartir toujours vers ces montagnes créatrices de rêves». De quoi relativiser aussi certaines choses et trouver le bonheur là où on ne l’attend pas.

Notre aventure au Manaslu, c’est d’abord cette superbe marche d'approche d’une semaine, durant laquelle nous remonterons la vallée de la Buri Gandaki, depuis Arughat Bazar jusqu'à Sama Gaon : huit jours d'une profonde richesse, tant au niveau de la variété des paysages, que dans la rencontre des populations locales. Approcher une montagne à pied est la plus belle manière naturelle pour l’apprécier davantage. La première vision sur le Manaslu, depuis le hameau de Lho, au lever de soleil, sera aussi inoubliable.

Depuis le village tibétain de Sama Gaon, nous rejoindrons enfin le pied de la montagne et installerons le camp de base vers 4800m. Partis tôt en saison, début mars, nous serons les premiers à tenter l’aventure sur le Manaslu, qui se montrera très vite inhospitalier : un déluge de neige va s’abattre fréquemment sur notre campement et l’itinéraire d’ascension sera rendu dangereux par les avalanches régulières qui dévaleront des parois abruptes. Grosse frayeur d’ailleurs à plusieurs reprises lorsque le souffle de certaines d’entre elles nous rappellera que nous sommes petits et vulnérables dans cet univers de la haute altitude. Pas évident de garder le moral dans ces conditions ! Notre grand passe-temps sera finalement de remettre le camp de base en état, en déblayant les tentes de toute cette neige accumulée.

L’espoir fait vivre : avec l’aide d’autres expéditions et l’arrivée du beau temps, nous regarderons à nouveau vers le haut. Nous nous relayerons ainsi pour faire la trace sur l’itinéraire de montée. Installation des camps d’altitude vers 5700 et 6300 m, équipement des passages délicats dans les crevasses et séracs. Espoir éphémère … la neige retombe, tout est à refaire… Patience oui, mais raison aussi. Aux vues de multiples circonstances, nous quitterons, Johan et moi-même, le camp de base, un mois après y être arrivés. Joao, professionnel, après avoir attendu des conditions plus favorables et avec la détermination qui est la sienne, atteindra plus tard le sommet, son douzième sommet de plus de 8000 mètres.

A défaut de sommet, le tour complet du Manaslu nous aura donné par la suite l’occasion de vivre à nouveau une expérience très enrichissante sur les sentiers de trekking, en toute autonomie. Dernier coup d’œil sur les neiges éternelles, passage par le col du Larkya Pass ( 5100 m), descente dans la vallée authentique de la Dudh Khola, les alpages, les forêts de pins à crochet et de rhododendrons, les rizières en terrasse, les villages Gurungs aux traditions et cultures bien ancrées. Une vie faite de simplicité, où le temps semble s’être arrêté, loin des convoitises ou autres dérives qui affectent notre société de consommation. Une chose est sûre : nous avons bien gardé notre regard d’émerveillement et ouvert notre Esprit vers des pensées parfois plus philosophiques. «  Le bonheur n’est pas au sommet de la montagne, mais dans la manière de la gravir ».
Mémoire d'Everest

Il y a dix ans exactement, le 18 mai 1999, notre ami Pascal Debrouwer atteignait, en compagnie de Joao Garcia, le sommet de l'Everest à 8848m par le versant tibétain et son arête nord. Agé de 28 ans et père d'un petit Robin, il était le premier Belge sur la plus haute montagne du monde sans oxygène artificiel, après deux tentatives réalisées en 97 et 98. Il y trouva malheureusement la mort en redescendant pendant la nuit, alors que les conditions climatiques se durcissaient. Joao, après avoir tenté de lui porter secours, revint au camp de base, atteint de graves gelures.

Jean-Luc Fohal

La Montagne de l’Esprit : Le Manaslu, 8163 m, huitième sommet du monde.
Des conditions météo difficiles pour Joao Garcia, Johan Perrier et Jean Luc Fohal qui bataillent pendant un mois dans la neige profonde et les avalanches pour équiper les camps 1 et 2 à 5700 et 6300m. Compte tenu des risques, Johan et Jean Luc quittent le camp de base. Joao, professionnel, après avoir attendu des conditions plus favorables et avec la détermination qui est la sienne, atteindra plus tard le sommet, son douzième huit mille.

Le Manaslu, 8163 m, le huitième sommet du monde. La Montagne de l’Esprit en transcrit tibétain.