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Terre de Baffin Philosophie du Projet

Soumis par Villanueva Sean le dim, 01/03/2009 - 00:00

... Nous serons quatre à partir arpenter les faces vertigineuses de cette région isolée et d’une beauté exceptionnelle: Les frères Nicolas et Olivier Favresse, Sean Villanueva O’Driscoll et Stéphane Hanssens.

Le lieu de notre expédition se situe à l’est de l’île dans l’Auyuittuq National Park, ce qui signifie « Terre qui ne fond jamais » en inuktitut (langage Inuit). L’accès en est particulièrement difficile et nécessite un transport en bateau et 4 jours de marche d’approche. Le paysage est principalement constitué de glaciers, de fjords et de parois gigantesques, et compte de nombreux sommets vertigineux dont notamment le Mont Asgard (2015 m) et le Mont Thor (1675 m). Le climat arctique froid et instable crée souvent des vents violents pouvant dépasser les 150 km/h. La température moyenne en juillet - août est de 7°C, ce qui permet une bonne adhérence, mais si ceci est la température en bas dans la vallée, qu’en sera-t-il en haut sur les parois ?

En plus de la difficulté des faces raides et compactes et du climat, cette région isolée est habitée par les ours polaires qui, à cause du réchauffement planétaire, ont de moins en moins de banquise pour chasser et sont forcés de revenir sur la terre ferme. Ils peuvent être dangereux et imprévisibles. Cette année, on a déjà pu voir plus d’ours dans la région que jamais auparavant, ce qui a amené les autorités canadiennes à imposer de nouvelles précautions, plus strictes. Le stockage de nourriture dans le parc national sans « bear box » (caissons anti-ours) est interdit. Ces caissons, chers et lourds, ne sont pas encore disponibles sur place et il faut donc les faire venir d’autres endroits du Canada. Comment transporter ces boîtes vu leur poids et les quatre jours de marche (tous véhicules motorisés et aériens sont interdits dans le parc) ? Ceci dit, ce ne seront que de petits efforts pour protéger nos frères poilus blancs.
Vu sa réputation, l’ours blanc étant un des ours les plus dangereux, que faire si l’un d’entre eux nous charge ?…Les fusils n’étant pas autorisés dans le parc, nous pouvons encore nous entraîner au lancer de piolet!
Une histoire m’est arrivée aux oreilles : elle décrit l’aventure de trois grimpeurs qui se font déposer sur place en bateau. Pendant que deux d’entre eux commencent à porter les sacs jusqu’au camp de base, le troisième est chargé de surveiller le reste des sacs. Un ours blanc apparaît ; le gardien se réfugie sur un bloc, d’où il ne peut qu’assister impuissant au festin de l’animal avec leurs provisions : fin de l’expédition. Les deux autres revenus, sont évidemment furieux. Mais qu’auriez vous fait à la place du troisième homme?

L’île de Baffin est habitée par les Inuits (Eskimos). Les traces d’occupation les plus anciennes de ces populations remontent aux environs de 2 400 av. J.-C !. La pollution détruit leur environnement et met en danger leur mode de vie. Pour eux, ce n’est pas une théorie, une menace faible et éloignée, elle a un impact réèl et actuel. Certains scientifiques disent que des parties de l’Arctique (pôle Nord) se réchauffent dix fois plus vite que le reste de la planète. Les chasseurs ont de moins en moins de glace pour s’approcher des phoques. Dans leur langue, l’Inuktitut, ils disposent d’une cinquantaine d’expressions pour décrire la neige et la glace (de neige fondante à glace dure), mais n’ont pas encore de mots pour le rouge-gorge et les nouvelles espèces d’oiseaux qui apparaissent maintenant dans le nord. La « Terre qui ne fond jamais » est vraiment en train de fondre, et des glaciers autrefois permanents fondent presque entièrement en été.

Pour éviter de devoir porter les 400 kg de matos et nourriture (pour 45 jours) de l’expédition, nous avions prévu de tout envoyer à l’avance et de tout faire déposer en motoneige par Charlie, un Inuit. Mais chaque année, la glace et la neige fondent plus tôt et il fallait s’y prendre bien à l’avance. Pour plusieurs causes (je ne vais pas rentrer dans les détails, ce n’est pas très intéressant) ce plan a échoué et maintenant la glace a fondu et il ne sera donc plus possible de faire déposer le matos au camp de base. Cela aurait été facile en arrivant au camp de base de retrouver tout le matos et la bouffe acheminés en hiver. Si nous gardons les mêmes objectifs, nous devrons faire au moins trois allers-retours pour le transport, ce qui fait 24 jours de mule avant même d’effleurer un rocher… Ensuite, il faudra compter 12 jours pour sortir du parc. Un petit contretemps, qui nous permettra peut-être de plus travailler « by fair means » (par des moyens honnêtes). «  Si tout fonctionnait comme cela avait été planifié, ce ne serait plus une aventure ». Quoi qu’il en soit, nous partons pour un endroit d’une beauté exceptionnelle, et nous avons bien l’intention de nous y amuser.
Si nous revenions d’une expédition sans avoir atteint de sommet ou sans avoir ouvert de voie nouvelle, n’ayez pas trop vite tendance à penser à l’échec, car honnêtement, pour nous, le succès de nos pérégrinations n’aura pas été dans le nombre de sommets atteints, mais bien dans les expériences vécues et leur intensité!
Donc pour nous chaque expédition est une réussite, car le succès est dans la mentalité!

Sean Villanueva O’Driscoll

Au cours de l’été 2009, une expédition du CAB le Rock Climbing Team (CAB-RCT) se rend dans le Grand Nord, plus exactement sur l’Ile de Baffin. Le Nunavut: entre Québec et Groenland..

Mont Asgard, Terre de Baffin