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1er Mont Blanc

Soumis par Sattarisadat Sousan le dim, 16/08/2009 - 00:00

Sa réponse a toujours été la même : « Quand tu feras 10 km en 50 minutes … ». J’en suis loin et, avec le temps, mes performances ne s’améliorent pas …
Les années passent et il commence à y avoir urgence, sinon je n’y arriverai jamais. Je demande alors à mon compagnon, René, qui me dit « Ouh là ! oui, mais, par le Goûter, le refuge est toujours rempli, par les Trois Monts, c’est long et puis, de toute façon, il fait toujours mauvais à Chamonix le jour où tu tentes le sommet ! ».

Quelques années plus tard (j’ai appris à argumenter), je lui redemande avec plus d’insistance : « Enfin, ça ne doit pas être si difficile d’y parvenir ! En Iran, presque tout le monde gravit le Damavand qui est 1 000 mètres plus haut ».

Et cet été, enfin, nous nous décidons de le tenter, ce Mont Blanc. Le mauvais temps est annoncé dans les Alpes du Nord et nous descendons vers le Queyras pour un trekking de 3-4 jours, une mise en jambe avant de grimper vers Chamonix afin de nous acclimater.

Nous montons vers le refuge Albert Ier pour faire l’aiguille du Tour, mais des rafales de 120 à 160 km/h tentent de nous emporter et nous ne sommes même pas capables de traverser le glacier. Amertume ... Le temps passe et je comprends que ce n’est pas l’ascension du Mont Blanc en elle-même qui est difficile …

Il nous reste cependant encore 4 jours de vacances. Pouvons-nous faire une course facile, en altitude et à la journée? Réponse : oui, le Mont Blanc du Tacul. Enfin, facile, c’est vite dit : il y a l’arête de l’aiguille du Midi à traverser, avec Chamonix juste sous les pieds. J’aime l’alpinisme, mais pas quand ça devient trop raide … Malgré les efforts physiques, le parcours reste un pur plaisir et les paysages sont MAGNIFIQUES.

Après presque 400 mètres d’ascension, nous nous trouvons devant une rimaye et environ 60 m à grimper, presque à la verticale. J’oublie l’arête de l’aiguille du Midi, toutes mes hésitations, toutes mes peurs : la seule chose que je ressens, c’est de grimper, de bien planter mon piolet et de bien planter le bout de mes crampons qui agrippent particulièrement bien dans la glace ; merci le CAB Brabant pour ces crampons tout neufs ! Pas d’essoufflement, pas de panique, pas de pensée négative. Tout mon corps et tout mon esprit sont réunis pour avancer et c’est peut-être pour cela que ce moment reste gravé dans ma tête comme le plus beau moment de la course. Arrivée au sommet, j’étais bien consciente d’être parmi les privilégiés de cette terre de pouvoir ainsi savourer la splendeur que la nature nous offre.

De retour dans la vallée, nous téléphonons pour passer une nuit au refuge du Goûter, juste « au cas où » … et il y a de la place  L’ascension par la voie normale nécessite de faire 1 500 mètres de dénivelée dans la caillasse rien que pour arriver au refuge en passant par le couloir que j’ai baptisé « le couloir de la mort », qui est la seule partie dangereuse du parcours.

Le temps n’est pas au grand beau et, donc, au refuge, ce n’est pas la foule. Nous commençons l’ascension 2 heures plus tard que l’horaire normal. Au matin, le vent souffle et il fait un froid glacial. Durant toute l’ascension, il nous faut mener un combat contre le froid pour sauver nos orteils et nos mains du gel. Nous ne sommes pas encore au sommet lors du lever du soleil, mais, quand même, nous pouvons admirer l’ombre du Mont Blanc dans la vallée : à notre droite c’est toujours la nuit, à notre gauche le jour se lève. Au-dessous de nous, nous pouvons voir les lumières de la vallée, qui percent à travers la mer de nuages, comme les étoiles qui font passer leurs étincelles à travers des nuées. C’est une jolie sensation que de regarder vers le bas pour voir le ciel ! Féerique, la nature à cette altitude. Au sommet : quelques séances photos, bisous pour avoir réussi (merci René !) et SMS à Serge.

Avant d’être complètement gelés, nous prenons le chemin du retour. Tant d’années de jogging pour réaliser ce rêve …

La descente vers la vallée était la merveilleuse récompense à tous mes efforts. Au-dessus des nuages, j’avais droit à une vaste vue sur la terre ronde. Je voyais le bout de la terre. Je me suis surprise à dire « mon Dieu » à plusieurs reprises ! Je me sentais unique, une privilégiée qui descendait du ciel vers la terre, terre qui me paraissait si lointaine. Le fait que nous soyions seuls pendant la descente amplifiait cette impression de grandeur. J’ai baptisé ce moment la « DESCENTE SUR TERRE ».

Soussan

Je me vois encore demander à un ami, il y a des années : « Dis, Serge, est-ce que tu m’emmènes au Mont Blanc ? ».