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GR 20

Soumis par Debecker Johan le 31 mai 2009

.... Partis pour cette grande aventure début juin avec son épouse Brigitte, Johan nous raconte leurs mésaventures.

31/05/2009 : Départ de Calvi à 8h20 pour Vizzavona en passant par Corte et Porte-Lecchia, nous arrivons vers 11h50 au départ du trek.
Nous voilà partis vers le refuge de L'Onda, 6 h45 de marche, un dénivelé positif de 1221 m et un négatif de 711 m.... Fameuse étape, dure physiquement et éprouvante au niveau des mécanismes articulaires, le GR 20 fait honneur à l’image de rando la plus dure d'Europe, en tout cas dans le top 5. Inutile de vous décrire le paysage, il est des plus fabuleux, et la neige s'invite à notre rando ? Avec des névés franchissables sans grande difficulté et par moment dans le brouillard. Chose contradictoire, il ne fait pas froid, c'est en short et courtes manches que nous ferons cette étape. Arrivée à l'Onda, vers 20h30, il reste encore juste 2 lits, ouf, pas de montage de tente...

Le lendemain, départ vers 9h30, dur dur ce matin, il a plu à seau toute la nuit et cela n’a pas trop l'air de se calmer.
Il faut quand même partir pour 05h15 de marche, dénivelé positif 902 m, négatif 490 m....
Ça commence bien, au premier gué, voilà que je tombe dans l'eau, et les 2 pieds bien profond dedans. Goretex oui, mais pas à l'intérieur, me voilà pour 5h00 de marche à entendre le doux bruit de pieds secs dans les chaussures mouillées. Ce n'est heureusement pas cela qui va me décourager....Paysage magnifique et d’autres passages à gué très technique du à l’abondance de neige. Les ruisseaux sont transformés en torrents violents.
Cela ne s'arrange pas avec le temps, il pleut toujours, nous sommes trempés mais pas découragés, je suis dans mon élément, je l'ai voulu, je l'ai eu et Corse, je t'aimerai toujours malgré tes caprices...nous nous arrêtons dans une bergerie à 40 min du refuge de Pietra Piana.

Le jour suivant, nous décidons de passer la journée à Pietra Piana pour sécher les chaussures et vêtements et faire le plein d'énergie et de nourriture. Nous faisons connaissance avec Pascal, le proprio des lieux, un Corse pur souche, sympa mais Corse quand même.

Nous partons le lendemain vers Manganu, 6 h00 de marche, manifestement, l'étape la plus facile par rapport au dénivelé et au temps de marche. Le soleil est déjà là, il fait chaud et nous quittons le refuge à 6h40 du matin, bien reposé. Plus de rocher, beaucoup plus de névés mais aucun passage à gué, nous prenons des photos et traversons les névés sans difficultés,...il y a un endroit très pentu et nous avançons avec prudence.
J’en profite pour délester un peu le sac de Brigitte, je n’ai aucune difficulté à porter plus lourd, mon sac est bien proportionné et j'aime ce que nous sommes occupé à faire, le GR 20 mythique, mystérieux.....
JOHAAAAAAAAAAANNNNNNNNN JOHAAAAAAAAAAAAAANNNNNNNNN au secours ,Johaaaaaaaaaaannnnnnnnnnn
je me retourne, Brigitte glisse, tombe, je crie, je lui crie : «  plante le bâton, plante le bâton », elle crie, elle hurle, je glisse à sa poursuite, je veux la rattraper, l'arrêter, elle hurle, elle va mourir, le précipice se rapproche, je continue de crier, plante le bâton, tout va très vite, mes cris résonnent dans la montagne, je le saurais plus tard, je glisse après elle, je veux pas la laisser seule, je ne mesure pas les conséquences directes de mon action, 60 m c'est long mais je vois qu'elle s'arrête dans les rochers, elle ne bouge plus, j'arrive enfin près d'elle, ça y est, elle bouge, elle tremble, elle saigne, son visage est en sang, elle me dit que tout va bien et veux repartir.
Je vois bien que ce sera impossible, je prends ma trousse de secours, garde ton sang-froid Johan, appelle les secours...J'éponge le sang, pas trop grave, je lui enfile 2 polars et l’enveloppe dans la couverture de survie. Son genou est bleu, mais elle le bouge, elle tremble, elle a cru mourir. Avec mon GSM j'ai appelé les secours, j'ai donné notre position, en moins de 5 minutes, j'avais les pompiers, médecin et gendarmerie en téléphone-conférence. Tout à été très vite, l'hélico était là dans les 30 minutes. A la vue de l'hélico, j'ai pris la couverture de survie et je l'ai placée bien en évidence dans la neige, bloquée par 4 pierres face au soleil. J'ai grimpé sur un rocher et je me suis positionné en signe d'urgence.
Ça y est, ils nous ont vu, cela fait du bien à Brigitte et je vois qu'elle pleure, elle se lâche, j'ai eu peur pour elle, atrocement peur, je pleure avec elle, elle est sauve, c'est le principal. Je sais maintenant ce que l'on ressent quand on risque de perdre une personne que l'on aime et que l’on se dit que la vie se termine maintenant. Tout va très vite et c'est la fin, je voulais juste sauver ma femme et je n'y suis pas arrivé.

Finalement, un ange -gardien s'est occupé de nous, c'est déjà du passé, Brigitte est sauve et moi, j'ai juste une double fracture du péroné !! En repartant 4 jours plus tard pour terminer mes étapes, j’ai glissé sur un rocher 300 m plus loin du lieu de la chute de Brigitte.

C'est le destin qui l’a voulu, je ne connaîtrais pas le refuge de Manganu cette année mais je repartirai, c'est sûr, l'année prochaine.
Par la Gendarmerie, j'ai su que mes cris avaient tellement portés que des randonneurs avaient déjà prévenu les secours avant même que je ne le fasse.
Je tenais à remercier les Gendarmes de Corte, les Pompiers, l'Hélico, le pilote et son co-pilote, le médical-soignant ainsi que les randonneurs que je ne connaîtrais jamais. La solidarité en montagne existe et c'est un état d'esprit à auquel jamais je ne dérogerai pour autrui.
Merci à Lambert de nous avoir directement pris en charge, après la chute de Brigitte, pour un éventuel rapatriement sanitaire via le Club Alpin. Finalement, après ma chute, nous avons été rapatriés tous les deux par avion sanitaire.
J'ai bien une philosophie sur le sujet mais je vais me la garder bien précieusement au fond de moi.

Johan

Le GR 20 en Corse est un « must » parmi les sentiers de grandes randonnées, une grande classique, technique et physique qui n’est pas sans danger !!!