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Mon beau miroir

Soumis par Brouwer Marcel le 6 March 1998

Dans le Canton de Vaud, en Suisse, non loin des Diablerets, il est prêt à répondre à vos questions sur votre forme, votre endurance, vos dispositions à l'engagement et au risque.
Le Miroir de l'Argentine est une paroi calcaire de plus de 400 m de large et d'environ 450 m. de hauteur qui se développe d'un seul tenant, fièrement orientée au nord, légèrement convexe.
Il avait déjà attiré plusieurs d'entre nous qui l'avaient escaladé, soit il y a une vingtaine d'année, soit il y a trois ans, par sa voie normale dite de l' Y.

En effet, la face est striée d'une large et profonde fissure-cheminée en Y dans sa partie Est. Celle-ci se gravit par la branche de droite avant de suivre une longue fissure oblique qui amène sous la brèche de sortie que l'on atteint ensuite par 2 grandes longueurs de corde.
Ils nous avaient fait partager leur fascination pour cette paroi avec un tel enthousiasme que nous nous sommes retrouvés à douze, accourus de l'Oisans, des Dolomites, du Beaufortain et de
Bruxelles pour en savourer ensemble les délices.

Dans un accès de coquetterie cependant, le Miroir s'était enveloppé de brume et nous priait d'attendre qu'il ait terminé de prendre sa douche et de se sécher au vent du Nord-Est.
Entretemps, nous avons rodé à ses pieds, reconnaissant la marche d'approche et le départ des voies ou le dédaignant un instant pour de l'escalade d'école en un lieu plus clément.
Bien entendu, une telle paroi ne comporte pas une seule voie, mais bien un grand nombre avec variantes et traversées cotées de D à ED et fréquemment escaladées par des grimpeurs locaux.
En ce début de saison, cependant, nous étions pratiquement les seuls à la courtiser.

Répartis en 4 cordées de trois, grimpant en flèche, nous convenons de nous partager par moitié entre la voie de l'Y et la "Directe" qui se développe plus à droite de la paroi, vers l'Ouest. Elle suit, comme son nom l'indique, un cheminement pratiquement vertical, d'abord dans un grand dièdre-cheminée d'une centaine de mètres et ensuite dans l'immense dalle en suivant des fissures coupées de quelques ressauts abrupts ,
Ces deux voies ont été rééquipées début des années 90 et dotées de solides relais avec anneaux scellés tous les 40 à 45 M. Entre ceux-ci, la paroi a été soigneusement débarrassée des pitons anciens et gollots incertains qui ont été remplacés - très parcimonieusement - par des plaquettes à solides goujons.

Si l'ambiance est assez montagnarde et de grande envergure, les cotations correspondent plutôt aux falaises d'école. Nous avons été surpris de trouver des longueurs de plus de 40 m de "vrai" 4+/5 protégées par 3 points d'assurage le long de fissures très rébarbatives aux coinceurs.
Que dire de l'escalade elle-même, sinon qu'elle n'a été ralentie que par des recherches d'itinéraire et par quelques hésitations devant l'engagement qu'elle requérait.
Si les dalles sont d'une compacité extraordinaire, les vires qui strient la paroi et les replats dans le dièdre cheminée sont encombrés de pierres et de bloc qui, surtout en ce début de saison, ne demandaient qu'à s'échapper vers la liberté et ce n'est pas la moindre de notre fierté que de n'avoir pas fait tomber de caillou. Amateurs d'escalades rocheuses, laissez vous tenter, mais n'oubliez pas votre casque, ni vos coinceurs, soyez les premiers dans la paroi et méfiez-vous des topos anciens qui pourraient vous donner des indications trompeuses.

Marcel Brouwer

La Marguerite de Faust et la marâtre de Blanche-Neige se confiaient à leur miroir, pourquoi n'y en aurait-il pas un pour les alpinistes ? Il existe, nous l'avons trouvé.