Aller au contenu principal

Naufrage au Mont blanc

Soumis par Tchou Maurice le dim, 05/09/1999 - 00:00

En remontant vers le col de la Fourche, les deux cordées se rejoignent. l'autre équipe est composée d'un français et d'un belge. L"Affaire Vincendon et Henry" débute !
Les quatre compères s'entendent pour "faire" ensemble la "Poire", voie plus ou moins parallèle à la "Brenva". Mais le temps, brutalement se dégrade. Les deux cordées se séparent vers des directions différentes. Les conditions deviennent terribles.
Bonatti, grâce à une force et un courage dont lui seul est capable, et bien qu'handicapé par un second au bord de l'épuisement, rejoindra le refuge Gonella.

Vincendon et Henry, après de terribles épreuves, se retrouvent à mi-chemin entre le refuge Vallot et celui des Grands Mulets, aux confins du Grand Plateau, complètement immobilisés, gelés, au milieu des crevasses.
Dans la vallée, leurs amis, inquiets, tentent d'organiser des secours. Le comité de la compagnie des guides de Chamonix, sous le fallacieux prétexte de danger d'avalanches, refusera, jusqu'au bout d'intervenir. L'affaire est prise en main par l'armée mais le commandant Le Gall qui dirige les opérations connaît mal la montagne. De plus il refuse les conseils de Terray et d'autres montagnards avertis. Du temps et de bonnes occasions sont perdues. Finalement un gros hélicoptère est envoyé. Le pilote, inexpérimenté en montagne, s'écrase. Cela tourne à la catastrophe. Les pilotes, non équipés contre le froid, sont immédiatement en danger. Les moniteurs militaires, qui feront des prouesses, les amèneront au refuge Vallot. Ils y resteront bloquée par moins 15 degrés à l'intérieur, pendant plusieurs jours. Grâce à de nouveau hélico Alouette, tous seront néanmoins sauvés. Mais Vincendon et Henry seront abandonnés à leur triste sort. Ce ne sont pas des militaires, ... donc ils mourront gelés, après une abominable agonie physique et morale.

Pendant ce temps, les médias de l'époque feront un indécent battage autour de ce drame. Beaucoup des moyens utilisés auraient pu être mieux employés qu'à faire des photos macabres. Mais cela n'aurait pas fait vendre autant de magazines.
La mesquinerie, l'égoïsme, l'orgueil mal placé, l'incompétence sont à la base de tout ce gâchis. Seul Terray, avec des amis suisses, les amis des deux naufragés et les moniteurs militaires, -ceux-ci dans le cadre restreint de ce que la hiérarchie a autorisé -, fera preuve de générosité et de dévouement.

Cette triste affaire aura un impact historique sur l'évolution de l'alpinisme. Il n'est pas un livre, traitant de notre discipline sportive et de son histoire, édité depuis lors, qui omette de lui consacrer un long chapitre. Toutes les instances chargées du sport et de la montagne ainsi que l'état français, ont perçu les dysfonctionnements qui ont amené à cette triste fin. Le Ministère français de l'Intérieur prendra, définitivement en charge le sauvetage en montagne. Cela sera fait de façon parfaite. Mais avec comme corollaire une évolution dans l'éthique montagnarde. Le nombre de pratiquants va décupler. Maintenant, "on peut y aller"! En cas de problèmes, les secours viendront vous sauver. La présence humaine devient pléthorique et cela grandement aux dépends de l'éthique et de l'équilibre écologique. Mais cela est un autre débat.

Si je reviens, plus de quarante ans après, sur ce sujet, c'est que vient de sortir un livre retraçant toute cette affaire. Yves Ballu, montagnard compétent et chercheur, a réussi à écrire un livre d'histoire, tout à fait fidèle à la vérité, passionnant et qu'une fois commencé, on ne peut plus poser avant la fin.
Je me croyais un vieux coriace! A certains passages j'ai frissonné, les larmes m'ont jailli des yeux mais, aussi, j'ai manqué hurler de colère! Chez moi la cicatrice semble mal fermée mais tous les montagnards belges de ma génération ont été marqués par cette affaire.

Je crains que les noms de Vincendon et Henry ne soient oubliés voire Inconnus par les plus jeunes. Je crois que quelques-uns, s'intéressant à un peu plus qu'un simple exploit sportif, trouveraient dans ce livre une source d'inspiration dans la vision qu'ils ont de notre passion commune. Le bonheur est-il vrai sans passion ? Jusqu'où faut-il l'assouvir? Vincendon et Henry ont été eux jusqu'à l'extrême.

Maurice TCHOU
"Naufrage au Mont Blanc" d'Yves Ballu
Edition GLENAT

Maurice Tchou émet ici quelques affirmations et jugements? que se soit son opinion ou celle d'Yves Ballu, ils ne peuvent engager la responsabilité de la rédaction de PM & PV. Nous le remercions pour son article et bonne lecture.

Marcel Brouwer

Le 24 décembre 1956, Walter Bonatti, du haut du col du Géant, aperçoit une cordée sur le glacier.