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Expédition PALDOR 1999

Soumis par Graulich Thierry le sam, 04/12/1999 - 00:00

L'expédition avait pour but d'effectuer un splendide trek dans une région peu parcourue, celle du Ganesh Himal, et de faire l'ascension du Paldor Peak, un sommet aérien de 5928 mètres,
Tout a commencé, comme souvent, par des problèmes d'avion. Pour des raisons évidentes de logistique, l'expé avait été divisée en deux parties. Alors que le premier groupe rejoignait Katmandou sans encombres mais avec quelques bagages en moins, le 16 octobre, le second a mis trois jours pour atteindre le Népal via Londres, re-Zaventem, Zurich, Osaka, oui, au Japon ! et Shangaï. De quoi faire des souvenirs et goûter aux luxes de la 1ere classe sur Swissair, merci Virgin ...

Quelques jours pour se remettre de ces émotions et, à trois jours d'intervalle, les deux groupes se sont mis en route vers Trisuli Bazar au Nord-est de Katmandou. quelque 70 km et trois heures de bus quand même.
La marche d'approche ayant débuté sous une pluie battante, nous nous attendions déjà à revivre les quatre jours d'enfer qu'avaient enduré les membre de l'expé Baruntse '98. Heureusement, le lendemain de notre deuxième bivouac, un soleil radieux inondait les vallées et notre horizon s'ouvrait sur les premiers sommets himalayens. Bonheur intense d'une vision rêvée tant de fois, mais que peu d'entre nous avaient déjà eu la chance de contempler "en live".

Les jours suivants, nos sentiments étaient à l'image du paysage contrastés.
Aux allures de Club Med que prenaient nos pauses de midi, entre baignades dans les torrents et repas gargantuesques, s'opposaient les nuits glaciales et les dénivelés importants que nous parcourions chaque jour. Petit à petit nous nous enfoncions au cœur de l'Himalaya, au même rythme que le Népal rentrait dans nos cœurs. Depuis les rizières traversées, jusqu'au sourire des enfants rencontrés, tout avait le goût de la terre et du soleil, le goût de l'éternité. Depuis des centaines de générations, les Népalais ont aménagé des terrasses pour gagner quelques mètres de plus sur la montagne. Chaque parcelle, aussi minuscule soit-elle, est plantée de riz de millet ou de moutarde.

Après six jours de marche, les choses sérieuses commençaient : le col de Pangsang et ses 3.850 mètres d'altitude nous attendait. Premier test, passé avec succès par tous les membres de l'expé. L'impatience d'en découdre avec la montagne grandissait à vue d'oeil. Deux jours plus tard, nous étions au camp de base, à 4.400 mètres et... les pieds dans la neige. La pluie du début avait amené la neige en altitude, et à notre grande surprise, c'est près de 40 cm. qu'il nous a fallu dégager pour installer les tentes.

Au dessus de nous, le Paldor se dresse et nous domine de plus de 1.500 m. Un beau sommet, entièrement neigeux, dont la dernière partie parait plutôt raide.
Une journée de repos nous permet de nous acclimater en même temps que nous préparons le matériel. Les plus en forme tentent une petite poussée jusqu'à 4.700 m., histoire de voir le chemin qui doit nous mener jusqu'au camp 1.

Le lendemain, c'est parti pour de bon. Lentement, toute la colonne des alpinistes s'élève dans les traces des sherpas qui ont fort à faire : la trace serpente dans un paysage à couper le souffle, avec, par endroits, de la neige jusqu'au dessus des genoux. La barre de 5.000 est franchie peu avant d'arriver à l'emplacement du camp. Là, après un épuisant travail de terrassement, nous plantons six tentes. La température chute extrêmement vite, et c'est au fond de nos duvets que nous assistons au coucher du soleil.

Ce même soleil nous trouve déjà bien haut sur l'arrête "Tilman" le lendemain matin. Nous sommes partis vers 2h 45 pour rejoindre le "Windy col". De là, une arête fine et esthétique, qui nous fait penser aux arêtes de Rochefort dans le Massif du Mont Blanc, nous mènent au pied de la pente sommitale. Celle-ci, redressée à 50 °, sera d'abord équipée d'une corde fixe par Mulal notre guide­-sirdar. A sa suite, nous nous lançons à l'assaut des derniers mètres. Il est presque 11 h. Le sommet est vaincu, l'horizon s'élargit et des milliers de sommets s'offrent à notre regard. Fabuleux Himalaya.

A notre retour au camp de base, notre joie est malheureusement ternie par une mauvaise nouvelle, Gorgon, un de nos sherpas, qui était redescendu au camp de base hier est mort d'oedème pulmonaire. Nous apprendrons plus tard que c'est probablement une pneumonie qui a favorisé l'apparition du Mal Aigu des Montagnes et qui a causé le décès. Il laisse une femme et un petit garçon de quatre mois.
Il nous faudra encore quatre jours pour rejoindre la civilisation à Syabru Bensi, où nous avons repris le bus pour un périple de retour qui, à lui seul, nous a causé plus de peurs que l'entièreté de l'ascension.

Au total, 4 sherpas et 9 alpinistes belges ont foulé la cime du Paldor en deux équipes séparées par trois jours d'intervalle.
Cette expédition qui fut autant une belle réussite sportive qu'une grande aventure humaine ne s'est pas clôturée au Népal. La section du Brabant a décidé de parrainer la scolarité du fils de notre sherpa disparu. Des liens très forts se sont créés là-haut... il était impensable de les laisser disparaître une fois redescendus.

Thierry Graulich

Suite dans l'article Un petit Népalais à l'école

Mi-octobre 1999, pas moins de trente alpinistes du Club Alpin Belge se sont lancés, à l'initiative de la section du Brabant, vers les sommets himalayens.