Aller au contenu principal

Ou il est question de sécurité

Soumis par Graulich Thierry le 4 June 2000

.. le «Petit Gastounet Illustré» est redescendu de la bibliothèque pour envahir la table de nuit et le matériel refait surface. Bref, ça sent le prochain départ en montagne!
Surtout, on commence à faire des projets. De préférence de belles grandes courses dont on rêve depuis longtemps, mais qu'on a jamais pu réaliser (p..... de temps de c.., l'année dernière!).

Seulement voilà, le compagnon n'est pas le même que celui de l'année précédente, l'entraînement a été moins intensif, ou le petit dernier a solidement raccourci vos nuits quand il est né. Autant de facteurs à prendre en compte avant de partir en course, mais surtout avant de choisir quels seront les objectifs de la saison. Il y va de votre sécurité.
Ca y est le mot est lâché. Celui que votre chère et tendre prononce en moyenne deux fois par jour avant les vacances, et dix fois les jours qui précèdent le départ en course. Vous ne l'avez que trop entendu et pourtant...

Une étude de l'ENSA sur les statistiques d'accidents graves survenus aux membres du CAF pour la saison 1997 a donné les résultats suivants :
En tête, et de loin, l'erreur humaine, est à la base de 80% des accidents graves.
L'erreur humaine englobe ici la mauvaise appréciation de la météo, le matériel non adapté à la course envisagée, la mauvaise utilisation du matériel, etc.
Ensuite vient la condition physique: 13% Puis l'état psychologique: 7%
Et enfin, le matériel: moins de 1 % des accidents.

Cela amène quelques réflexions :
La première, c'est qu'en montagne, rien ne remplace l'expérience, un bon alpiniste est un vieil alpiniste.... Que ce soit celle que vous avez acquise lors des stages de formation du CAB, ou autres, sur le tas avec les copains ou encore à la lecture de livres, elle est le gage de votre survie dans cet univers somme toute assez hostile.

Avant de se lancer dans les grandes courses, il faut apprendre un peu à en baver sur des itinéraires qui semblent «à vache», mais qui vous apprendront à sentir la neige, le vent, les rochers. Cet aspect est d'autant plus d'actualité, que les salles d'escalade permettent maintenant d'acquérir des niveaux de pratique que seuls les professionnels ou les amateurs très éclairés atteignaient il n'y a pas si longtemps. Les voies réputées alors très difficiles sont maintenant à la portée de tous ceux qui s'entraînent régulièrement et il est tentant de "sauter" quelques niveaux d'initiation. Cependant, il manquera alors toujours cette expérience qui peut vous éviter bien des situations périlleuses.

La seconde réflexion est une leçon d'humilité. L'univers de la haute montagne est l'endroit par excellence où l'on part à la rencontre de ses limites. Vouloir les dépasser tout de suite et à tout prix ne mène qu'à la catastrophe. Il faut apprendre à les connaître, à les apprivoiser avant de songer à les repousser. Aussi, dans une carrière d'alpiniste, il arrivera parfois que vous patientiez 10 ans avant de réaliser la course de vos rêves, en attendant que les conditions soient bonnes, en même temps que la météo et votre condition physique et morale.

Et les secours? Ceux-ci sont de plus en plus compétents et aptes à vous sortir des situations les plus difficiles. Il serait tentant de se dire que. de toute façon, en cas de problème, vous avez votre GSM et le numéro de téléphone des secours en montagne. Cette attitude existe, et elle est à bannir : il faut savoir prendre ses responsabilités, et ne s'engager que dans les courses que vous pouvez assumer du début à la fin. Faites le test de savoir si, sans GSM, vous vous lanceriez quand même dans l'entreprise. Si c'est non, autant laisser tomber tout de suite...
Pour conclure, je conseillerais à ceux qui veulent approcher la haute montagne, de participer à l'un ou l'autre stage avant de se lancer par eux-mêmes : c'est la meilleure manière d'acquérir l'expérience et les compétences qui leur ouvriront les portes des niveaux supérieurs.

Bonnes courses... Thierry GRAULICH
Sécurité en montagne : quelques règles de base

Choisir la course en fonction de ses compétences tant techniques et physiques que morales, des compétences de ses compagnons de cordée, des conditions de la montagne et de la météo.

Préparer la course avec attention: itinéraire, échappatoires, descente, en utilisant toutes les sources possibles: topos, gardien du refuge, cordées précédentes, guides du coin, Office de Haute Montagne, etc....
Choisir le matériel adapté: ni trop, ni trop peu. Prévoir suffisamment d'eau et de vivres de courses.
Se renseigner sur la météo avant la course, et garder un œil sur le temps pendant toute la durée de celle-ci.
Rester attentif à l'état de santé des membres de la cordée pendant toute la course; MAM, fatigue, déshydratation, etc...
Savoir s'imposer et tenir un horaire, prévoir l'évolution des conditions, au fur et à mesure de la journée.
Si vous avez un GSM ou un talkie, prenez-le avec les numéros de téléphone, fréquences utiles.
Informer les proches ou gardiens des refuges de l'itinéraire prévu, et des changements éventuels survenus.

Graulich Thierry

Ca y est c'est bientôt reparti. Les journées rallongent, les topos ressortent des armoires où ils croupissaient depuis l'année passée...