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Un jour dans le désert Jordanien.

Soumis par Spriet Jean-Philippe le sam, 02/12/2000 - 00:00

Petit lever Allah, Allaaaaaah, .... Quoi. Il fait noir, quelle heure est-il ? 4h30. Vive la paix de Wadi Rum Après les chiens errants qui se sont battus toute la nuit ... Encore une heure de sommeil... Allah, Allaaaaaah ...

Quoi ? Il est 5h10. Heureusement qu'il n'y a que 2 prières le matin, prières pour lesquelles le Muezzin appèle les fidèles. Tu dors ? Il est 5h30. Bien sur que non ! C'est notre GO, Lambert, un des seul qui a une montre avec alarme, qui réveille les grimpeurs. Les randonneurs on droit à un répit supplémentaire. Le temps de s'extraire du sac de couchage, de rassembler le matériel d'escalade pour ma cordée. Une corde de 100m, 14 dégaines, une bonne dizaine de friends, une quinzaine de petits coinceurs câblés, 5 ou 6 sangles ... Le jour est maintenant bien levé. Il est 6h. Il est temps de se pointer au rest-house et de leur faire comprendre qu'on veut manger. Vers 6h30, quasi tous les ingrédients du petit déjeuner promis pour 6h sont disponibles. On s'engouffre quelques oeufs durs, et des pains sans levure à la confiture. Vu qu'ici il semble que l'eau chaude pour le Nescafé n'est disponible que longtemps après le thé (sans doute le temps de distiller le thé ... ), la première tasse est un curieux mélange.

Approche
Finalement les 4 grimpeurs qui vont faire Runner Up sur la face ouest du Jebel al m'Zaygeh sont prêts, ainsi que notre guide : Ataïque Aouda. Nous embarquons à 6 (Lambert nous accompagne pour voir la voie) dans la Toyota 4x4. Après une bonne demi-heure sur les pistes, Ataïque s'arrête et nous montre la voie. D'après le topo : 1ere ascension inconnue : sangles trouvées le 5 avril 87, 4 longueurs en 5- ; descente, suivre la crête au sud du sommet, descendre des dômes et des couloirs vers le sud et sud ouest, quelques mouvements de 3 : 15 minutes. Ataïque nous fixe rendez vous au pied de la voie à 4h, et rentre à Wadi Rum avec Lambert.

Attaque
Il est environ 8h, les choses sérieuses commencent. Je conduis la première cordée, avec Michel pour second (et porteur de ma bouteille d'eau, afin d'alléger mon sac). Nous sommes suivis par un cordée composée de Claus en tête et Laurent en second. La voie est essentiellement une dalle se trouvant juste à côté d'une fissure dièdre. La plupart du temps on grimpe dans la dalle et par moment on grimpe dans la fissure. La fissure, quand elle n'est pas trop large, permet de poser quelques bon friends (Ataïque m'a prêté un friend N°4). La première longueur sera pour moi la plus dure, en effet c'est la première fois que je grimpe en tête de la première cordée sur coinceur (J'avais déjà grimpé à l'UCPA en tête de la seconde cordée. La première étant conduite par le guide qui place les coinceurs, et qui assume la recherche d'itinéraire. Ici, heureusement la ligne générale est claire, mais il faut en permanence se demander : je vais un peu plus à droite ou à gauche ... Je fais relais ici ou un peu plus haut ... ). Sur le début de la première longueur, la fissure est trop large pour offrir une bonne protection. Je choisis donc de grimper dans la dalle. Le grès est super adhérent. Dans cette voie les prises sont de relativement bonne qualité, mais il faut être vigilant et résister à la tentation de prendre des petites prises crochetantes qui souvent cassent.
Il y a deux petites fissures distantes de 2,5 m. Je commence à droite, je protège avec quelques petits coinceurs câblés. La fissure se referme. Je bascule vers la fissure de gauche. Après quelques mètres, il n'y a plus moyen de surprotéger et il n'y a plus de bons à plats dans la masse du rocher. Entre la gauche et la droite j'hésite longtemps. Et je traverse, en équilibre, vers la droite. Et je retraverse vers la gauche. En bas ils commencent à s'inquiéter... Je traverse et je retraverse.
sous les débris. Pourvu qu'elle ne soit pas endommagée. On commence à déblayer. Je vois de loin du blanc qui sort de la corde! Heureusement ce n'est que du duvet d'oiseau blanc attaché à la corde. Claus est dans le dernier passage. Il n'est pas trop bien embarqué. On lui jette à la hâte un bout de corde. Ceci lui permettra de passer le passage plus dur sans trop se préoccuper de sa protection. Suite à toutes nos manœuvres de déblayement et d'envoi de bout de corde express, notre corde présente de beaux nœuds. On décide de se vacher sur sangle, de se décorder et de clarifier le problème de corde.

Dernière longueur
Finalement nous nous lançons dans notre dernière longueur. Effectivement il n'y a que 10 mètres en 4+ puis des dalles moutonnées. Nous nous installons au sommet. Pour ma part c'est le premier moment de la voie où je jouis pleinement du paysage. En effet je ne suis pas concentré ni sur les prises à trouver, ni sur le choix de ma protection, ni sur les manœuvres de corde, ni sur l'assurage de mon second. Nous mangeons les quelques provisions que nous avons. La pause sera plus courte pour Claus et Laurent. En effet on est en terrain montagne.

La descente
Malgré que le topos dit 15 minutes pour descendre, il est 14h, il ne faudrait pas traîner. De plus, je voudrais faire une heure de rondo avant de rentrer . Michel et moi nous concertons sur la voie de descente. On descend un petit Canyon. On trouve une sangle de rappel, qui tient par un nœud calé dans une fissure de rocher. Je passe en premier et descend sans encombre les 15 mètres du rappel. On descend par un petit canyon qui fait 80 cm de large. On arrive sur des dalles arrondies. A gauche : a pic de 100m. Devant cela pourrait passer par un courte dé-escalade expo. Plus sur la droite on dirait qu'il y a une vire descendante, mais il faut la prendre de plus haut. Je remonte jusqu'au pied du rappel, je vais voir si cela passe par les vires qu'on a repérées. Cela ne passe pas. On tape donc un rappel à l'endroit

Orange Sunshine 7ème longueur
Finalement je me décide pour la gauche, je monte sans traîner 3 ou 4 mètres. Ouf ! Je suis en équilibre sur de bonnes prises. Je place un bon coinceur. Re-ouf. Je continue. Après 40 m, je fais relais sur une vire d'une vingtaine de centimètres. La fissure du dièdre fait 30 à 40 cm de large à cet endroit et sur le fil de la fissure il y a une bonne colonnette sur laquelle les sangles des prédécesseurs indiquent qu'ils ont fait relais. Je renforce avec une sangle neuve que la deuxième cordée récupèrera, et par un friend dans un fissure. Michel me rejoint. Je demande à Claus de ne pas démarrer trop vite : le relais est exigu.

Deuxième longueur
Je démarre pour la seconde longueur. Le fait d'avoir sorti la première longueur, bien concentré, et sans réel problème me met en confiance. Je grimpe de plus en plus en m'aidant de la fissure. La fissure est suffisamment resserrée pour placer des friends et juste à près il y a un passage légèrement surplombant de 2 ou 3 mètres à franchir. J'en profite pour mettre un bon friend pour chacune des deux cordes. Pour le passage surplombant, la fissure s'élargit. Elle fait environ 40 cm. Je rentre dedans. Avec tous le matériel, ce n'est pas évident. Il n'y a aucune prise. Je monte les pieds sur des rebords de quelques millimètres. Je ne trouve rien. Je sens les prises de pieds qui s'effritent. Je ne trouve pas de prises. Les prises de pied cassent, et Je glisse dans la fissure. Heureusement, j'ai placé deux bon friend et Michel me surveille de près. A part les coudes qui n'ont pas trop appréciés ça va. J'examine, je me concentre, et je fonce. Cela passe. Je me redresse sur la dalle qui suit le surplomb ou je place des protections. On se sent mieux. Michel ! Combien de mètres ? 15 ! Il serait temps de trouver un relais. Cinq mètres plus haut, mais cinq mètres plus à droite il y a des restes de sangles dans des lunules. Ces lunules ne m'ont pas l'air très costaudes. J'irai là si je ne trouve rien. Je monte encore 7 ou 8 mètres. Il est temps de se décider. On dirait qu'il y a une plate forme 6 mètres plus haut. J'y vais, mais prudence le rocher est pourri. Il y a une vire qui fait 30 à 40 cm de largeur et qui dans l'axe de la voie s'élargit et offre une plate-forme de presque 1,5 m de côté, avec un petit surplomb. Prudence le bord de la vire est en rocher pourri, et il y a la deuxième cordée en dessous ... Je bricole un relais avec le gros friend d'Ataïque dans la fissure qui est plutôt pourrie, avec un friend dans le toit du surplomb qui semble meilleur, et avec 2 coinceurs câblés. Michel me rejoint.

Les dalles
Je contourne le toit puis je progresse sans problèmes dans les dalles. Il y a un second passage clé. La fissure fait quelques centimètres de large et est déversante. Le reste est lisse. Je protège bien avant le passage, avec un friend sur chaque brin. Je ne le sens pas, je rajoute un friend sur un des brins ... J'y vais en Dülfer. La prise de main sur le rebord de la fissure n'est pas géniale. Les mains sont en haut de la fissure, mais je ne trouve pas de prises pour passer le surplomb et sortir. Dans cette position, je ne tiendrai pas longtemps. Que faire : ne jamais s'enfermer dans une fissure. A droite rien. A gauche là haut, loin vers le haut et vers l'extérieur, il y a une grande écaille noire. C'est un quitte ou double ... L'écaille est loin, je ne saurais pas bien la tester avant de mettre mon poids dessus, et tout mon poids sera dessus : je devrai mettre les pieds en à plats. Par contre elle est noire, ce qui à Wadi Rum présage d'un rocher plus solide, et il y en à d'autres au dessus. Je commence à dauber. Mieux vaut voler en tentant le coup que de voler bêtement. De plus mes coinceurs sont, pour une fois, béton. J'y vais. Une écaille, deux écailles, trois écailles, un pied sur un petit gratton. Il y a une lunule. Une sangle, un moustif, la corde, ouf, encore deux mouvement OUF. Un peu plus haut il y a une belle colonne. Je double avec un friend dans une fissure. RELAIS. Michel arrive. Je l'assure bien sec dans le dernier mur...
D'après le topo il reste une longueur. On voit un ressaut de 10 mètres puis on ne voit plus rien. Le relais est une espèce de plateforme en cuvette assez vaste. On décide d'attendre Claus avant de continuer. En manoeuvrant sur la plate-forme, Michel fait ébouler de gros blocs de grés, avec une consistance de plâtre de mauvaise qualité, vers le centre de la cuvette. Une partie de la corde est
sous les débris. Pourvu qu'elle ne soit pas endommagée. On commence à déblayer. Je vois de loin du blanc qui sort de la corde! Heureusement ce n'est que du duvet d'oiseau blanc attaché à la corde. Claus est dans le dernier passage. Il n'est pas trop bien embarqué. On lui jette à la hâte un bout de corde. Ceci lui permettra de passer le passage plus dur sans trop se préoccuper de sa protection. Suite à toutes nos manœuvres de déblayement et d'envoi de bout de corde express, notre corde présente de beaux noeuds. On décide de se vacher sur sangle, de se décorder et de clarifier le problème de corde.
Dernière longueur
Finalement nous nous lançons dans notre dernière longueur. Effectivement il n'y a que 10 mètres en 4+ puis des dalles moutonnées. Nous nous installons au sommet. Pour ma part c'est le premier moment de la voie où je jouis pleinement du paysage. En effet je ne suis pas concentré ni sur les prises à trouver, ni sur le choix de ma protection, ni sur les manoeuvres de corde, ni sur l'assurage de mon second. Nous mangeons les quelques provisions que nous avons. La pause sera plus courte pour Claus et Laurent. En effet on est en terrain montagne.
La descente
Malgré que le topos dit 15 minutes pour descendre, il est 14h, il ne faudrait pas traîner. De plus, je voudrais faire une heure de rando avant de rentrer . Michel et moi nous concertons sur la voie de descente. On descend un petit Canyon. On trouve une sangle de rappel, qui tient par un noeud calé dans une fissure de rocher. Je passe en premier et descend sans encombre les 15 mètres du rappel. On descend par un petit canyon qui fait 80 cm de large. On arrive sur des dalles arrondies. A gauche : a pic de 100m. Devant cela pourrait passer par un courte dé-escalade expo. Plus sur la droite on dirait qu'il y a une vire descendante, mais il faut la prendre de plus haut. Je remonte jusqu'au pied du rappel, je vais voir si cela passe par les vires qu'on a repérées. Cela ne passe pas. On tape donc un rappel à l'endroit
sous les débris. Pourvu qu'elle ne soit pas endommagée. On commence à déblayer. Je vois de loin du blanc qui sort de la corde! Heureusement ce n'est que du duvet d'oiseau blanc attaché à la corde. Claus est dans le dernier passage. Il n'est pas trop bien embarqué. On lui jette à la hâte un bout de corde. Ceci lui permettra de passer le passage plus dur sans trop se préoccuper de sa protection. Suite à toutes nos manœuvres de déblayement et d'envoi de bout de corde express, notre corde présente de beaux noeuds. On décide de se vacher sur sangle, de se décorder et de clarifier le problème de corde.
Dernière longueur
Finalement nous nous lançons dans notre dernière longueur. Effectivement il n'y a que 10 mètres en 4+ puis des dalles moutonnées. Nous nous installons au sommet. Pour ma part c'est le premier moment de la voie où je jouis pleinement du paysage. En effet je ne suis pas concentré ni sur les prises à trouver, ni sur le choix de ma protection, ni sur les manoeuvres de corde, ni sur l'assurage de mon second. Nous mangeons les quelques provisions que nous avons. La pause sera plus courte pour Claus et Laurent. En effet on est en terrain montagne.
La descente
Malgré que le topos dit 15 minutes pour descendre, il est 14h, il ne faudrait pas traîner. De plus, je voudrais faire une heure de rando avant de rentrer . Michel et moi nous concertons sur la voie de descente. On descend un petit Canyon. On trouve une sangle de rappel, qui tient par un noeud calé dans une fissure de rocher. Je passe en premier et descend sans encombre les 15 mètres du rappel. On descend par un petit canyon qui fait 80 cm de large. On arrive sur des dalles arrondies. A gauche : a pic de 100m. Devant cela pourrait passer par un courte dé-escalade expo. Plus sur la droite on dirait qu'il y a une vire descendante, mais il faut la prendre de plus haut. Je remonte jusqu'au pied du rappel, je vais voir si cela passe par les vires qu'on a repérées. Cela ne passe pas. On tape donc un rappel à l'endroit

ou on est arrivés, pour descendre une quinzaine de mètres dans un petit canon. Certains voudraient descendre les 50 mètres du rappel et aviser plus bas. Je préfère bien peser notre décision avant de se lancer dans une solution qui, si elle n'est pas la bonne, peut être complexe. Il me semble que sur les dalles moutonnées vers la gauche il y a des cairns. Je vais voir. De loin en loin il y a une série de cairns chétifs. Je demande qu'on confirme cette option avant de rappeler la corde. Michel et Claus sont d'accords. Cela ressemble à un itinéraire. On aperçoit la Jeep d'Ataïque qui vient nous chercher. Il en sort Ataïque, Marianne, Lambert et Marcel. On traverse les dalles vers la gauche. Sur 20 mètres on désescalade un dièdre incliné (2+, 3), on traverse les dalles vers la droite et on s'engouffre dans un canon de 50 cm de large et 30 mètres de haut. Bien venue sur le plancher des dromadaires ! Il est pile poil 16 h. Contrat remplis, mais je n'aurais pas l'occasion d'aller faire mon bout de rando.
Retour
On va récupérer les quelques objets qu'on a laissés au pied de la voie et retour, à 8, avec le matériel d'escalade dans un land Cruiser châssis court ! Sur le trajet on a hésité à embarquer 2 demoiselles et leur dromadaire. Peu avant Wadi Rum nous croisons un jeep qui ressemble à un véhicule officiel. Sans doute les eaux et forets. On arrive à Wadi Rum vers 17 à la nuit tombante. On s'envoie un godet au troquet du coin. On range et trie quelque peu le matériel. On prend, oh miracle, une douche chaude. Certains s'offrent une tournée de pintes au rest-house tandis que les plus acharnés feuillettent déjà le topo pour trouver la voie pour demain. Souper vers 19 h et rapidement chacun, tel Achille, se retire sous sa tente, afin de préparer le prochain combat contre le Muezzin.
Si vous voulez grimper à Wadi Rum voici mes remarques personnelles : emporter le kit complet de friend, coinceurs câblés, coinceurs hexagonaux, depuis les plus petit jusqu'au plus gros (Friend 4 et au dessus utiles). Sur place essayer de repérer la voie et de se renseigner afin d'emporter le matos utile. Se méfier des Topos les cotations ne sont pas homogènes (dans notre voie de 5- il y avait un pas qui faisait un bon 5+) grimper avec de la marge. Ne jamais croire les indications du topo "Good rock - Good protection" : à Wadi Rum ceci est relatif Le grès n'est pas toujours des plus solides. En grimpant mousquetonner un brin sur deux et utiliser des sangles très longues, et encore, ainsi, le tirage peut être monstrueux. Le rocher est hyper adhérant, mais aussi hyper abrasif : attention à l'usure des doigts, des cordes et du matériel, attention lorsque vous tirez les rappel, les cordes se coincent facilement ... En intégrant tous ces paramètres : c'est une aventure fabuleuse.

Merci Lambert, Merci Monique.

Jean-Philippe Spriet

J'ai choisi de vous relater une journée d'escalade à Wadi-Rum. En effet je suis sûr que mes compagnons vous ont déjà abreuvés des détails de notre expédition au jour le jour.