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Novembre en Jordanie

Soumis par Brouwer Marcel le dim, 03/12/2000 - 00:00

....au regard du foisonnement des parcours de toutes difficultés qui strients les djebels jaillissant du sable au sud de la Jordanie.
Allèches par les récits de Lambert & Babeth, revenus émerveillés de leur voyage au printemps, nous étions 19 à vouloir découvrir ce qui est en train de devenir un haut lieu de l'escalade rocheuse dans le monde.
Les exploits de Lauwrence d'Arabie et la magnificence de Pétra ne m'étaient pas inconnus mais ne nous avaient pas pleinement révélé des immenses possibilités de grimpe de la région.

Accueillis à Aqaba par le guide français Wilfried Colonna et nos chaleureux guides bédoins Ataecq Ali et Ataecq Auda, c'est en bus que nous effectuons le trajet vers Wadi Rum sur un ruban d'asphalte tout neuf
Wadi Rum.
Après avoir abandonné la partie autoroutière encombrée de camions remontant du port vers la capitale Amman, le paysage se fait plus sauvage, les majestueux pilliers de la Sagesse se dressent à notre droite, et nous débouchons à Wadi Rum.
Contraste entre le paysage grandiose et la foule des touristes d'un jour débarquant des autocars rangés sur le parking avec leurs silhouettes bedonnantes et leurs shorts trop larges pour goûter à une pincée de désert, en 4x4 ou en dromadaire pour les plus audacieux.

Les tentes rapidement montées dans le camping municipal légèrement à l'écart nous fuyons cette agitation factice pour une première reconnaissance sur les pentes du djebel Rum tandis que deux d'entre nous, bardés de friends et de coinceurs, se ruent déjà à l'assaut d'une fissure coriace. Cet attirail est ici bien nécessaire car l'équipement des voies est en effet quasiment inexistant En dehors de quelques relais sécurisés (! ! !) par des sangles et des cordelettes pâlies au soleil, il faut veiller soi-même à la sécurité. Le piton est là bas une curiosité rarissime.
A la tombée de la nuit (vers 17 h 15) Wadi Rum se vide lentement dans un grand fracas de moteurs et de bruyantes conversations polyglottes pour laisser les quelques grimpeurs et randonneurs à leurs tentes.

C'est l'heure du thé ou de la bière dans les trois ou quatre petites auberges du bourg en attendant le repas du soir.
Consacrer la soirée à établir le programme du lendemain devient rapidement une routine.
Les topos sont fébrilement passés de mains en mains et les objectifs prennent forme remodelés, s'il le faut, par les conseils de nos guides, la recomposition des cordées, la disponibilité des cordes et du matériel d'assurage. Le tout sous la baguette du chef d'orchestre Lambert Martin qui se coupe en quatre et finit par manger froid à force de vouloir donner satisfaction à tout le monde.
Si les soirées sont longues, les nuits sont courtes, non seulement parce qu'il faut profiter de la clarté du jour, mais que bien avant cela, le muezzin local appelle à la prière.

Grâce aux moyens de sonorisation modernes, les boules Quiès et autres tampon-mousses ne parviennent généralement pas à étouffer la voix puissante déversée sur nous du haut du minaret. Premier appel à 4 h 15, rebelote à 4 h 45 et lever à 5 h30, c'est un peu dur pour des vacances paisibles au soleil.
L'estomac lesté de chapattis, fromage blanc aux herbes et olives, suivis de quelques douceurs et confitures, tout le monde se dirige vers le lieu de ses exploits du jour ou s'embarque dans les jeeps pour se faire conduire vers les massifs plus éloigné.
Du plateau sablonneux à 1000 m. d'altitude environ les sommets s'élèvent de quelques centaines de mètres. L'ambiance est cependant celle de la montagne et non de l'école d'escalade.
Les itinéraires rocheux ne sont pas toujours évident à trouver ! A part quelques cairns et les traces des prédécesseurs – cordelettes et sangles de rappels et quelques détritus – il faut décider par soi-même du chemin à suivre sur la base d'un topo aux renseignements souvent maigrichons et aux cotations peu homogènes.
De plus, personne n'a fait le ménage ! Si le rocher est généralement super adhérent, beaucoup de prises sont cassantes et un choix judicieux s'impose en permanence. Malheur à celui qui confie sa progression à de grandes tractions sur des écailles au lieu d'appuyer délicatement des mains et des pieds sur les bombements qui assureront son équilibre.
Enfin, les itinéraires de descente, serpentent souvent sur des vires assez vertigineuses et le choix entre la désescalade et le rappel est parfois délicat.
Partout règne une beauté sauvage. Les roches et le sable nous jouent une sonate dans les tons rouges, de l'ocre riche et flamboyant au rose léger et aérien avec des touches claires, jaune paille ou pierre de France, et un accompagnement gris vert par petites taches ou grandes plaques.

Scambling.
Ces splendeurs bénéficient aussi à ceux qui délaissent, parfois temporairement, les joies de l'escalade proprement dite pour ce qui est pudiquement appelle la randonnée.
La marche dans le désert est restée limitée au strict nécessaire et l'activité porte plutôt le nom anglais de « scrambling ».
Comment la décrire mieux qu'en la comparant à un croisement entre la randonnée bleausarde sur les chaos et les pignons et les via ferrata dolomitiques, mais sans tables ni échelons, uniquement les systèmes de vires et les à pic impressionnants.
En prime, au détour des canyons qui s'engouffrent dans la montagne apparaissent les arbustes secs et abondants qui poussent dans le sable et par ci par là un arbre de belle taille, là où l'humidité a pu stagner ou là où une fontaine apporte sa fraîcheur.

Pétra.
Après trois jours, il est prévu un répit dans les efforts physiques par la visite de la cité nabatéenne de Pétra. Si les doigts douloureux et les muscles durcis des avant bras ont pu profiter de cette halte culturelle et esthétique, nos mollets et nos cuisses n'ont pas eu cette chance.
La visite de ce site immense, truffé de merveilles taillées dans la pierre et qui résiste à la description la plus enthousiaste est, en effet, une épreuve sportive non négligeable et il est bien possible que ce soit là que furent battus nos records journaliers de dénivelé positif tant ces beautés sont réparties sur des collines escarpées.
Partagés entre le regret de quitter les couleurs et les formes insuffisamment explorées qui nous ont tant enchantés et la hâte de connaître enfin l'isolement du désert, nous retournons à Wadi Rum embarquer dans les jeeps qui nous conduiront, au clair de lune, vers le lieu de campement où nos prévenants amis bédouins ont déjà amené notre équipement de camping et de grimpe.

Le désert.
Enfin une première nuit de solitude sous les étoiles, sans perspective de réveil avant l'aube par l'appel à la prière.
Situé entre plusieurs djebels propres à l'escalade, notre campement permet chaque jour de disperser les cordées et les scramblers entre les objectifs choisis en empruntant en jeeps les pistes et cahotantes.
Une demi-heure de ballotement pour digérer le petit déjeuner, entassés avec les sacs et les cordes, et une nouvelle journée de grimpe commence pour les uns tandis que les autres s'engouffrent dans les sombres canyons, s'assurant brièvement dans les passages délicats et se tirant d'affaire par quelques rappels pour descendre les à pics.
Pour certains c'est la découverte de la progression en montagne, de l'escalade, du rappel et peut-être les premiers moments d'une passion.
Pour d'autres c'est le rude apprentissage du placement des coinceurs et des friends pour se protéger d'une chute éventuelle.
Peu avant l'arrivée de la nuit tous se regroupent, ravis d'apprendre que les autres sont rentrés à temps, sains et saufs et ont atteint leur objectif ou tout au moins ont passé une aventure formidable sous le ciel bleu et le soleil.
C'est alors la détente, assis ou étendus sur les tapis disposés en carré pour servir de salle à manger et de lieu de réunion .
Le cuistot nous apporte le thé et les biscuits tandis qu'on allume un feu de branchage pour combattre la fraîcheur du soir et l'effet du vent qui souffle en courtes rafales.
Sheila, la jeune et remuante chienne d'Ataecq Ali vient alors se blottir contre nous pour se réchauffer. Le temps s'écoule tandis que les camaraderies se resserent au rythme de la solidarité, des taquineries amicales et des bons mots (« bedouin jokes »).
Fin de partie.
La fatigue se fait de plus en plus sentir, les ambitions diminuent au fil des jours sauf pour quelques uns qui se sont réservés pour un baroud final.
Monique procède à ses tours de magie habituels, faisant jaillir d'on ne sait où du jambon, un bloc de fromage, une petite bouteille de liquide revigorant.

Les Rumeurs de la Pluie
Troisième longueur
Hélas, le séjour tire à sa fin avec une dernière promesse : la baignade finale dans la mer rouge pour les amateurs de flots bleus, de lumière intense et surtout la vue incomparable des coraux et des « poissons rouges de toutes les couleurs ».
Retour sans histoire mais pour couronner celui-ci, enfin un incident, à Zaventem les trois quarts de nos bagages ont disparus de la circulation.
Anxiété, réclamations et soudain, coucou ils ont été retrouvés quelque part dans un conteneur oublié par les peu diligents services de déchargement. Cette fois l'aventure s'arrête, c'est la période des photos, des retrouvailles, des souvenirs, des projets et des amitiés grandissantes qui commence.

Marcel Brouwer.

Le Bal des Chameaux!! Non, ce n'est pas une vision hallucinatoire provoquée par le soleil du désert mais bien une voie classique, bien qu'encore modeste....