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L'Arête Nord du Mont-Pourri 3.779 m.

Soumis par Graulich Thierry le 21 July 2005

Pourtant, impossible d’envisager de passer une semaine en montagne sans faire une petite course. Me voilà donc plongé dans les topos des massifs qui entourent la station des Arcs. J’ai envie d’un truc pas trop dur, pas trop haut, avec une belle ambiance et, surtout, sans la foule !
Impossible me direz-vous ? Et bien non : en cherchant bien, j’ai fini par trouver exactement ce qu’il nous fallait…

Le 20 juillet, Jean-Luc Fohal (le récent vainqueur du Hidden Peak) me rejoint aux Arcs 1800, où j’ai établi mes quartiers avec toute la famille pour une semaine. Après avoir préparé les sacs et avalé un bon casse-croûte, nous nous mettons en route… pour la station inférieure du ‘Transarc’. La télécabine nous mène directement au-dessus du col de la Chal, vers lequel nous nous dirigeons et d’où il n’y a plus qu’à remonter ce qui, en hiver, est la piste rouge du « Grand Col ».
Une bonne heure de marche aisée nous amène précisément au « Grand Col », à 2.935 m. d’altitude, entre l’Aiguille Rouge et l’Aiguille du Saint-Esprit. Là, nous profitons d’un petit refuge très sommaire (1 table, 2 bancs, un bas-flanc, quelques matelas et couvertures humides… et plein de courants d’air) pour installer nos quartiers de bivouac. Les automatismes qu’on croyait oubliés refont surface : chauffer la soupe et cuire les pâtes, préparer le sac et le matos pour demain. Sans oublier de raviver nos souvenirs d’expés communes…

21 juillet, 4h00 du mat’ : rien à faire, c’est toujours aussi dur de sortir du lit quand il fait si froid. D’un autre côté, ce froid est aussi une bonne nouvelle : les conditions seront bonnes. Nous démarrons à la frontale en suivant la moraine du glacier du Grand Col pour rejoindre celui-ci après une quinzaine de minutes de marche. Il est temps de chausser les crampons et de s’encorder. Direction : le col des Roches
Le froid est mordant, mais le lever de soleil sur les lointains sommets du Valais vaut la peine. L’altitude se fait sentir tout doucement : nous passons les 3.500 m et atteignons le col. Ici, 2 solutions : descendre par des éboulis et un petit rappel sur le glacier du Geay et rejoindre la voie Normale du Mont-Pourri ou, et c’est notre objectif, monter plein Est vers le sommet du Mont Turia (3.580 m.) par des pentes de neige qui s’accentuent pour finir par un petit couloir (40° max sur la fin).

Le vent nous accompagne depuis le col des Roches et accentue encore l’impression de froid. S’agit pas de laisser filer un gant en enlevant les crampons ! Justement, après une petite partie d’arête neigeuse facile longeant le sommet de la face Nord du Mont Turia, nous arrivons dans le vif du sujet : l’arête Nord, rocheuse, commence ici et se déroule sur plus d’un kilomètre devant nous jusqu’au sommet du Mont-Pourri, quelques 200 mètres plus haut seulement.

Et nous voilà partis pour quelques heures de pur plaisir : l’arête est aérienne à souhait, en rocher de qualité assez correcte (qui a dit Pourri ?), avec une vue à couper le souffle sur 300°. Seul notre objectif, droit devant, nous masque le reste des sommets du massif de la Vanoise. En nous retournant, nous contemplons le Mont-Blanc par-delà l’Aiguille Rouge. Splendide ! A notre droite, en contrebas, nous pouvons suivre quelques cordées évoluant sur la voie Normale.

Les rafales de vent sont si fortes qu’elles nous déstabilisent souvent et nous empêchent de progresser sans gants. Il n’y a que sur le flanc est de l’arête que nous sommes un peu à l’abri, mais dès que nous quittons le fil, le rocher devient franchement mauvais. Heureusement, il n’y a pas de réelles difficultés techniques (quelques passages courts en III et III+, tout au plus) et nous progressons à corde tendue.

Finalement, à force de grignoter de l’altitude, nous approchons du sommet où nous pouvons voir quelques silhouettes colorées se dresser. A notre tour nous y posons le pied vers 10 h avec l’enthousiasme de deux débutants qui ont réussi leur première course. La vue est magnifique, sur le Massif de la Vanoise, mais aussi le Mont-Blanc, le Valais, le Grand-Paradis et jusqu’aux Ecrins.

Prudemment, nous entamons la descente par une pente de neige dure à 40°. Pas le moment de faire une erreur de cramponnage ! Après une centaine de mètres où nos quadriceps sont mis à rude épreuve, nous obliquons vers la droite pour plonger entre les séracs du haut du glacier du Geay. Plus bas, la neige est transformée, et comme la pente s’est adoucie, nous pouvons nous relâcher un peu et profiter de la vue magnifique sur les vallées environnantes.

Nous approchons de la fin du glacier, mais une dernière pente en glace vive nous donne encore un peu de fil à retordre.
Enfin, nous pouvons quitter les crampons et nos vêtements chauds. C’est que la température est remontée en flèche avec notre perte d’altitude ! Nous prenons pied sur la moraine que nous allons suivre jusqu’à l’altitude du refuge du Mont-Pourri. Elle n’en finit pas ! Heureusement tout à une fin, et c’est avec délectation que nous retrouvons un bon sentier qui nous ramène au refuge pour une pause ‘Orangina’ et, de là, au col de la Chal où nous reprenons la télécabine qui nous ramènera aux Arcs vers 16h.

Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître : une très belle course peu difficile, mais avec une belle ambiance et un brin d’engagement. Exactement ce que nous cherchions. Et, cerise sur le gâteau, nous n’avons vu que quatre cordées qui, toutes, suivaient la voie normale !

Merci à Jean-Luc pour ces moments de pur plaisir et avis aux amateurs de montagne tranquille ; voilà un objectif qui ne vous décevra pas !

En Pratique :
Accès : des Arcs 1800, via la télécabine du Transarc.
Des Arcs 2000, en voiture jusqu’au Lac Marlou, si la route est ouverte.
Difficulté : PD, (III+ max.), engagement III. La difficulté est plutôt constituée par l’altitude et la longueur de l’arête.
Descente : Par la voie Normale (Glacier du Geay).
Matériel : Corde de 30 mètres, une dizaine d’anneaux de sangles et mousquetons, plus l’équipement habituel de progression sur glacier crevassé.

Thierry GRAULICH

Il est loin le temps du Camp des Houches… Trop de boulot, pas assez de vacances : difficile de rester en forme !