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Vie de Claude Barbier

Soumis par Brouwer Marcel le 2 March 2001

...plus ou moins confus ou lointain, d'autres n'en ont sans doute pas entendu parler et c'est bien dommage

Anne Lauwaert, la compagne de Claudio, s'est décidée, malgré le temps écoulé depuis la mort de ce dernier, à écrire sa biographie, en italien (1) d'abord, et plus récemment en français (2). C'est l'occasion pour Jacques Borlée, qui a très bien connu Claudio, d'évoquer sa vie dans un petit article qui vous donnera peut-être l'envie d'en savoir plus.

Marcel Brouwer.

« La Via del Drago » (La voie du Dragon)
Publié par le « Centro Documentazione Alpins » de Turin.
Faute d'éditeur francophone, il a été publié en 2000 sur le site Internet « http: www.lauwaert.ch »
Anne Lauwaert serait heureuse de recevoir des commentaires ou des souvenirs à l'adresse suivante
Anne Lauwaert ― CH 6661 Loco ― Suisse
ou, par e-mail : lauwaert@freesurf ch

« Un homme ne se trompera jamais de chemin en choisissant celui qu'il ressent » Walter Bonatti

Claude Barbier, un des plus grands noms de l'histoire de l'escalade, si connu pendant sa vie, demeure cependant un personnage énigmatique sous beaucoup d'aspects. « Il divin Claudio » comme l'avaient surnommé les grimpeurs italiens des Dolomites.

« The best soloist of th 60th decade », selon un grand historien de l'alpinisme américain. En fait, peu de documents nous sont restés sur ce personnage d'exception.
- j'ai cherché en vain un bout de film de cinéma le montrant en escalade.
- il reste peu de bonnes photos de lui en escalade
- peu ou pas d'enregistrement vocal
- s'il y a la liste de ses courses dans les Dolomites sans doute (voir sur le site d'Anne Lauwaert) il y a très peu sur ses rares ascensions en haute montagne et en Belgique, il reste peu de topos sur ses ouvertures de voies.
- enfin, il n'y a quasiment rien dans la presse sportive belge, laquelle l'a ignoré superbement.

Les débuts
Claude était né le 7 janvier 1938 à Etterbeek dans une famille bourgeoise. Lors d'un séjour dans les Dolomites avec ses parents il prend goût à l'escalade : il a 17 ans. A son retour il découvre Freyr et s'inscrit au CAB.
Ses débuts son difficiles: il n'apparut pas comme un grimpeur particulièrement doué et de très nombreux « vols » en tête de cordée ponctuent ses premières tentatives (et les vols à cette époque était quelque chose qui secouait... au propre comme au figuré). « Plus de quarante vols » écrivait Lionel Terray dans son livre.

Mais bientôt sa technique va s'affiner et les vols deviendront plus rares, de plus en plus rares. Technicien hors pair, il étudie le moindre mouvement et l'utilisation optimale des prises; il était le grand spécialiste du grattonage, tous ses mouvements s'enchaînaient comme dans un ballet car il ne s!arretait jamais.

Exploits dans les Dolomites
A partir des années 58-59, Claudio commença à parcourir les grandes voies des Dolomites. Paradis de la verticalité, elles resteront toute sa vie son terrain de prédilection. Il devint un des plus grands spécialistes des Alpes orientales. Il décida alors d'abandonner ses études. C'était un être trop entier pour pouvoir se partager entre la réussite sociale et l'escalade.
Commence alors pour lui une carrière fabuleuse, incroyable. Entre les années 1958 et 1965, il va accumuler dans les Dolomites un nombre impressionnant de courses de très haut niveau, soit des premières, soit des répétitions, le plus souvent en solitaire et dans des temps extraordinairement rapides. Aidé par un sens tout à fait remarquable de l'itinéraire, il parcours en solitaire au moins une centaine de voies très difficiles comprenant les grandes classiques.

Vers 1975, il estimait avoir gravi environ 900 voies, or il n'était pas du tout du genre vantard. Son exploit historique, toujours inégalé, mille fois cité dans les revues de montagne, restera l'enchaînement dans une même journée, de cinq des grandes voies dans la face nord des Tre Cime de Lavaredo le 24 août 1961.

Ambiance à Freyr.
D'une humeur changeante, il changeait souvent de coéquipier et a grimpé avec beaucoup de gens différents : Jean Bourgeois, Jean Alzetta, Jacques Collaer et bien d'autres pour ne citer que les Belges et une quantité de grimpeurs étrangers, dont beaucoup très connus, mais jamais bien longtemps avec le même équipier; en fait sa grande spécialité c'était le solo.
Avec son éternel pantalon kaki et sa chemise à carreau il ne nous apparaissait pas très sportif, mais c'était faux évidemment car de son apparence il se foutait complètement !

Lorsqu'il arrivait à Freyr, l'impatient Claudio se jetait sur le premier qu'il rencontrait : pas de temps à perdre. Il fonce, mais seulement dans les voies qui lui plaisent et cela quel que soit le niveau de celui qui l'accompagne. Quitte à hisser le malheureux s'il le faut. Les anciens de Freyr se souviennent d'une foule d'anecdotes amusantes: grand amateur de contre­pèteries avec Jean Lecomte, son humour était parfois grinçant. Claudio n'aimait pas la glace sauf . . les gelatis italiennes, il détestait les bivouacs, etc, etc ...
En dehors de l'escalade évidemment, ses passions c'étaient : la formule 1 - Francorchamps, qu'il n'aurait manqué pour rien au monde – et les concerts de l'idole des jeunes d'alors – Johnny Halliday. Bibliophile, il était très féru de livres d'histoire de la montagne. Pur amateur, qui vivait relativement pauvrement, il le resta toute sa vie, refusant avec dédain tout sponsoring alors que les offres ne lui ont pas manqué.

Beaucoup d'articles sur lui ont été publiés, en particulier dans des revues françaises rarement bien informées : par exemple, il aurait été sollicité par le roi Albert ler pour lui servir de guide !! Amusant quand on sait que le roi Albert est mort en 1934 alors que Claude est né en 1938. Nos amis français ont tout simplement confondu le roi Albert avec son fils le roi Léopold.

Controverses.
Enfin, la légende des fameux pitons jaunes : il avait imaginé de peindre en jaune les pitons qui ne devaient servir qu' à l'assurage. D'où vint plus tard l'expression de « jaunir » les pitons.
Que de voies n'a-t-il pas ouvertes dans des coins à cette époque peu connus (Mozet, Goyet, la Lesse) ou beaucoup plus connus comme Freyr mais dont beaucoup resteront éternellement inconnues car il retirait presque toujours ses pitons avant de partir. Il a œuvré dans tous ces coins en cette époque bénie où on pouvait grimper un peu partout, dans la vallée du Samson en particulier, et à Freyr. Lui-même, hélas, n'avait pas tout noté et il est très regrettable que l'on ait « rebaptisé » ses voies car lui-même, puriste pointilleux, respectait le travail des anciens.
Pour parler de ses rapports avec le Club Alpin, une mise au point s'impose. On a écrit que Claude avait toujours été en dispute avec le CAB. Ceci n'est vrai qu'en partie. Esprit indépendant s'il en était, il supportait mal règlements et tâches administratives. Cependant, il faut observer qu'il a fourni une très précieuse collaboration pour le topo des rochers belges, qu'il a repitonné certaines voies mais . . . à sa façon évidemment. Sa ponctualité était exemplaire aux Conseils d'Administration du club dont il fit partie vers les années soixante et où il défendait avec opiniâtreté ses idées. Enfin, il faut citer sa disponibilité à donner des renseignements sur les itinéraires des Dolomites qu'il connaissait si bien.
Sa santé déclinante et l'âge l'avaient un peu aigri car il ne pouvait plus réussir les voies ouvertes par la jeune génération des grimpeurs. S'y ajoutait son refus de s'adapter au matériel moderne, les chaussons, par exemple, qu'il n'adopta que très tard.
Un soir de printemps, le 27 mai 1977, ce fut l'accident fatal. Il est seul ce jour-là au rocher du Paradou à Yvoir où il est parti nettoyer une voie. Au soir, Anne Lauwaert, sa compagne, inquiète, s'y rend et découvre son corps allongé au pied de la paroi, les bras tendus vers le sommet. Comment est-il tombé ? On ne le saura jamais avec certitude, comme pour le roi Albert 1ter, à quelques km de distance.

Il est mort, « cet aigle condamné à ne pas voler », comme l'a écrit Jean Bourgeois. Mais pour ses amis qui se souviennent, il reste, il restera toujours vivant dans sa légende.

Jacques Bolée

Un certain nombre d'entre nous ont encore vivante en eux la présence de Claudio Barbier et de sa personnalité si particulière, d'autres en ont un souvenir .....