Aller au contenu principal

Mustang Saribung 2010 – un gâteau sans cerise sur la montagne aux esprits

Soumis par Fontaine Christian le dim, 31/10/2010 - 00:00

Nima et Palden rajoutent quelques pierres sur le cairn imposant, et sortent une banderole multicolore de drapeaux de prières. Les mains jointes, ils semblent en communion avec les esprits. Quelques poignées de riz doivent les convaincre de leur porter chance.

Dans ce monde minéral, la neige tombera finement pendant toute la journée, jusqu'à notre arrivée aux lacs sacrés des Damodar Kunda. Le rituel a-t-il réussi? Une couche d'une vingtaine de centimètres couvre les collines qui entourent les lacs. Les esprits noirs qui imprègnent les lieux peuvent-ils causer l'hypothermie d'alpinistes irrespectueux? Peut-être les incantations ne sont-elles efficaces que pour les Tamang ?
Les voies abruptes sont impénétrables. Le Saribung ne se laissera pas approcher facilement.
Le matin du 2 novembre, à 3h du matin nous sommes 6 sur la trace qu'éclaire un chapelet de frontales. Les pénitents gigantesques du glacier de la Namta Khola vont nous barrer le passage. La nuit, le froid, le passage introuvable, encore la montagne aux esprits. A la trouée du jour, Nima prend pied sur la longue colonne vertébrale de pierre qui remonte le glacier, jusqu'au «camp des Japonais». Les heures de marche entre 5400 et 5800 ont réduit l'équipe à 4. A 11h30, le col du Saribung est devant nous. 5 heures nous séparent encore du sommet. La cerise est là, au-dessus de la chantilly, inaccessible.
Reconnaissants, nous refaisons avec Nima et Palden le rituel des drapeaux de prières. Peut-être sont-ils les seuls à comprendre à qui ces prières sont destinées. Il fait grand beau. Pour peu on resterait sur place à jouir du spectacle des sommets de plus de 6000 qui bordent le cirque glaciaire: le Kumlun, le Khumjungar, les bosses à Mary, le Sonam Himal.
4 h seront encore nécessaires pour rejoindre le Base camp à 5400. Trop tard pour redescendre au lacs Damodar, la nuit est déjà là. Le groupe 2, également victime des esprits himalayens renoncera à passer au Base camp une nuit dans l'inconfort de 2 tentes à partager à 7.
2 jours plus tard, le groupe prendra la route du retour, vers la gorge de la Patsye Khola. Sur un sommet de 6080 m, au bout d'une longue arrête caillouteuse qui surplombe le col, 2 petites silhouettes s'agitent et font signent au groupe déjà affalé au soleil au fond du canyon 1000 mètres plus bas. Compensation éphémère pour le sommet de neige.
A Muktinath, la ville sacrée aux 1000 sources, après encore plusieurs cols à plus de 5000 et 4000, les porteurs, les sherpas, sirdar, cooks, et les touristes que nous sommes pourront faire le plein de spiritualité avant la descente vers la vallée de la Kali Gandaki, et le retour à la civilisation.
Christian Fontaine

31 octobre, veille du jour des morts, nous sommes au col des Damodar Danda à 5500 m.

Mustang, Muktinath