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Traversée des Aiguilles Rouges d’Arolla

Soumis par Fohal Jean-Luc le 28 August 2010

Fin août, un long week-end... l'appel de la montagne. « On remet ça ». La saison a été bonne mais la proposition ici est trop belle quoique sérieuse, je ne résiste pas. Le matériel est vite préparé, la voiture connaît si bien cette route des vacances.

A 10 h je reçois une « demi tente » de bivouac et à 13 h nous quittons Arolla, direction : l’aventure.
Calme montée vers le refuge des Aiguilles Rouges, il faut se réhabituer au poids du sac. A un détour du chemin, nous les apercevons. Les Aiguilles Rouges se dévoilent progressivement... Ce sera un gros morceau mais quelle belle ligne elle a, cette arête! Nous admirons aussi cette crête de coq, les fameux 15 gendarmes. Le plus difficile sera de savoir lequel on est en train d’escalader. Mais avant, il y aura le sommet Nord, le sommet Central, bref une belle traversée longue d' 1,5 km environ. Sur le bord du chemin des marmottes nous observent et nous les admirons avec curiosité.
Quel petit animal sympa!

Nous dépassons le refuge et installons le bivouac... au bord d'une petite étendue d'eau que nous nommerons vite « lac rouge ». Devinez pourquoi? Cet été, nous avons souvent opté pour cette formule du bivouac. C'est vrai qu’il faut porter le matériel mais le calme, le silence, la sérénité, la proximité de la nature et de la montagne n'ont pas de poids. Nous avons été chaque fois récompensés de notre effort.

Petit repérage du début de l’itinéraire de demain. Il y a quelques cairns mais nous en construisons d’autres, ils nous seront utiles dans l’obscurité du petit matin. Repos troublé par quelques gouttes de pluie, les prévisions météo n' en avaient pas parlé, espérons que demain le rocher sera sec.

Préparatifs effectués à la hâte! Nous quittons la tente sous les étoiles, rassurés sur la météo. Nous avançons facilement, prenons pied sur le glacier supérieur des Aiguilles Rouges. Nous sortons la corde et cheminons prudemment entre les crevasses bien ouvertes, elles nous obligent à quelques détours. Le lever du soleil nous surprend sur le plateau. Un à un, les sommets environnants s’éclairent de ce rose puis rouge si particuliers. Des couleurs magiques, un jeu de lumières magnifique. Ce spectacle à lui seul valait le déplacement.

Passage de la rimaye, une pente un peu redressée et nous arrivons au col. Nous y rejoignons une cordée constituée d'un guide et d’un journaliste. Peut-être a-t-il filmé notre approche? Mais nous souhaitons être discrets, nous ne voulons pas voler la vedette à l'héroïne du jour: les Aiguilles Rouges. Rapidement ils nous devancent et ne sont bientôt que deux points sur l'arête. Nous aurons la montagne rien que pour nous. Le soleil est bien présent, le ciel bleu uniforme, la journée promet d’être magnifique.

Jean-Luc s'engage dans la première longueur. Une dalle, parsemée de nombreuses fissures, va lui permettre de rejoindre l'arête. Il semble prendre un réel plaisir dans cette escalade. Quelques protections faciles à placer et déjà il m'invite à démarrer: quel superbe rocher! Une cordelette aide à surmonter un morceau plus compact et je le rejoins au premier relais. L'arête se dessine devant nous: un beau rocher. La progression y est aisée, des becquets, des fissures, une sangle, un friend, ... Pas de souci pour l’assurage. Nous avançons corde tendue, les réflexes reviennent vite et déjà nous atteignons le sommet Nord. Petite pause pour grignoter, boire, mais aussi admirer le paysage. La vue se décline à 360 degrés. Descente à la brèche par des rochers faciles entre les sommets Nord et Central. Un gendarme, une brèche,... nous quittons un moment l’arête pour mieux y revenir et rapidement nous foulons le sommet Central, point culminant (3646m) de cette chevauchée. Petite pause et nous entamons la descente vers le col Sud. C'est maintenant que l’aventure va vraiment commencer. Nous sommes à présent au pied de l’enfilade des 15 gendarmes. Les choses sérieuses se précisent.

Il serait bien fastidieux de décrire successivement tous les gendarmes. Les topos sont d' ailleurs bien documentés... il y a même moyen de savoir où on se situe! Tantôt une fissure caractéristique, tantôt un surplomb, ici une lame de rocher à franchir à califourchon, et là une dalle à escalader en finesse. Parfois un piton permet un assurage mais c'est plutôt le paradis des « coinceurs » et sangles. Plusieurs brèches nous permettent d'apercevoir furtivement le versant Darbonère. Nous avançons sur cette arête tels des funambules entre ciel et terre. Nous mesurons pleinement la chance que nous avons d'être à cet endroit magnifique, extraordinaire terrain de jeu. Mais il faut rester attentif bien que cette progression soit vraiment ludique et que nous y prenions beaucoup de plaisir. Les conditions sont optimales: météo stable, rocher franc et solide.

Un petit cairn, le sommet Sud peut-être? Une courte pause va nous permette d'examiner la suite. Le col Slingsby, que nous devons rejoindre pour basculer sur l'autre versant est évident mais l’itinéraire l'est un peu moins. Un peu de désescalade puis deux rappels « montagne » sur sangle, cordelette, avec une corde un peu courte... encore des aventures. Nous rejoignons le col par des vires évidentes. La descente continue sur le versant du lac des Dix. Intéressante recherche d’itinéraire sur une pente bien marquée, un terrain particulièrement instable et poussiéreux, un éperon à contourner, des couloirs à traverser, une brèche puis enfin le col.... Moment de relâche après toutes ces heures sous tension, de concentration. Instant de bonheur aussi: après avoir tant de fois admiré, regardé, observé ces Aiguilles, nous venons de concrétiser un rêve qui, il y a peu, nous semblait vraiment présomptueux.

Nous savons que le retour est encore long mais les difficultés sont derrière nous. Alors nous nous imprégnons encore une fois de ce paysage infini... les Aiguilles Rouges, bien sûr mais aussi les sommets environnants. Nous sommes enchantés et satisfaits, mais malgré la fatigue de la journée nous pensons déjà à d'autres objectifs, à d'autres arêtes à parcourir, à d'autres sommets à atteindre. Oui, la montagne semble inépuisable... et nous sommes insatiables!

Christiane Blaise
Jean-Luc Fohal

Bip, bip : le sms tant attendu arrive enfin: « Traversée des Aiguilles Rouges d'Arolla, ok pour toi? »

Aiguilles Rouge d'Arolla, refuge des aiguilles rouges, Arolla