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De la vie a trépas et du trépas à la vie

Soumis par Membre Cabbrabant le 1 March 2010

Et puis tout va très vite, un cri, un bruit sourd que je connais trop bien…Babeth me redescend aussitôt. Patrick est au sol, sans corde, une erreur de nœud ....il est conscient et me dit « comment cela peut-il m’arriver à moi !!! » Pas de fracture ouverte, il sait bouger les pieds et les mains mais a mal à une jambe….le sol de sécurité a fonctionné, les secours s’organisent rapidement.
Quelques jours plus tard, par mail de sa chambre d’hôpital, il nous fait part sur le vif de ses réflexions et états d’âme.

« Pour que cela puisse faire réfléchir tout un chacun », voici quelques extraits de son mail…. »
Lambert

Un infirmier m’a dit: “Vous, ça ne sert plus à rien de jouer au Loto, vous avez utilisé toute votre réserve de chance jusqu’à la fin de votre vie!”. Il n’en revient toujours pas: ce lundi 18 janvier, j’ai fait une chute de 18 mètres, je me suis fracassé sur le sol, je me suis explosé le fémur, j’ai fait un arrêt cardiaque, je me suis cassé quatre côtes, déchiré l’aorte (une vicieuse petite déchirure provoquée par la chute qui, heureusement, n’a pas échappé à la perspicacité du service des urgences) et je suis toujours vivant.
J’ai donc eu cette expérience unique de passer de vie à trépas puis de trépas à vie. Intellectuellement, c’est très intéressant. Avis aux amis scénaristes, il est temps de mettre fin à un cliché: non, pendant la chute, on ne voit pas défiler toute sa vie. Pendant la chute, on se voit tomber, point.
Par contre, lors de l’arrêt cardiaque, je me suis mis à voyager dans un monde plein de couleurs, de voix étranges, d’images ……Puis je suis revenu à la douloureuse réalité lorsque, grâce au vigoureux massage cardiaque de François, grimpeur-médecin providentiel, mon cœur s’est remis à battre.
Dame Nature, grâce à sa petite baguette magique, m’offre donc une renaissance et une seconde vie. Pratiquement, c’est rigolo, ça commence effectivement comme la première: on fait tout pour moi, on me met tout nu, on me lave, on me poudre les fesses, on me rhabille, on me nourrit, on surveille si j’ai bien fait pipi ou autre, etc. Je retrouve heureusement un peu plus d’autonomie chaque jour (mais interdiction de marcher pendant six à huit semaines, donc vive le wifi).
Et puis, au moins, pour cette deuxième vie, je ne vais plus devoir passer par les inutiles étapes des premières dents, de la varicelle, de l’adolescence boutonneuse, de l’appareil dentaire, des amours platoniques, des cours chiants, du “qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire dans la vie”, etc.
Celle-ci commence sur les acquis de la première, et alors là, je vais me régaler.
Car après tout cela, on a soudain une conscience plus affûtée des priorités.
J’ai une famille et des amis formidables à qui je compte bien donner du temps pour me faire pardonner de cette terrible épreuve que je leur ai imposée.
Et puis, c’est l’occasion de faire le grand nettoyage de pré-printemps et de se débarrasser de ce tourbillon de bouffe-temps inutiles dont on s’encombre l’existence. Une seconde vie, ça ne sa gaspille pas. Une première non plus, d’ailleurs, mais ça, on n’en est pas forcément conscient avant ce type de signal d’alarme.

Voilà donc l’état de la situation. En résumé, les morceaux se recolleront lentement, mais le moral est excellent et le sens de l’humour au beau fixe comme d’habitude. Comme ce miracle ne s’est pas opéré tout seul, je voudrais remercier certaines personnes (qui se partageront les royalties du film “Envol vers le Sol” que m’a déjà promis de réaliser mon ami Spielberg).

Merci aux responsables de la salle “New Rock” à Bruxelles d’avoir eu l’intelligence d’investir dans un tapis de protection très épais pour le sol. (SOSPRO 57cm)
Merci à François - grimpeur-médecin - qui m’a donné les premiers soins et ramené à la vie Merci à mon fils Amaury de m’avoir courageusement soutenu dans les premiers moments catastrophiques.
Merci aux découvreurs de la morphine.
Merci aux pompiers de la station Delta, à l’entrée de Bruxelles, de s’être occupés de moi en attendant l’arrivée de l’ambulance.
Merci à l’équipe des urgences de l’Institut Saint-Luc pour son incroyable efficacité et pour la rigueur qui lui a permis de découvrir la bombe à retardement qui s’était cachée dans mon aorte.
Merci à toutes les autres équipes de l’Institut Saint-Luc pour leur disponibilité, leur gentillesse et leur humour.
Merci à ma famille pour son courage et son amour.
Merci à mes amis, à tous ceux qui m’ont témoigné de l’affection.
Merci à la vie de bien vouloir de moi une seconde fois.

Et à très, très, très bientôt.

Patrick

DESSIN

Patrick ne manque pas d’humour en effet, il nous envoie ce dessin de son ami Godi : Série “Suivez le Guide” par Godi et Zidrou — visible sur le site de la maison d’édition www.sandawe.com

Comme d’habitude il y a du monde ce lundi soir à New Rock….Patrick Pinchart est journaliste et grimpeur confirmé. Il grimpe assuré par son fils, à quelques mètres de moi.