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In memoriam Jean Lecomte

Soumis par Brouwer Marcel le sam, 20/02/2010 - 00:00

Je le rencontrais de temps à autre au cours de ses promenades régulières et toujours il s’avançait vers moi, le regard fixe et malicieux, la main tendue, ferme et chaleureuse, me rappelant sa passion pour les jeux de mots et contrepèteries.
J’avais fait sa connaissance il y a plus de cinquante ans quand, jeune étudiant, je venais dans sa chambre transformée en boutique, dépenser mes modestes économies en mousquetons, cordes et vêtements qu’il m’affirmait indispensables à ma survie en alpinisme.
Jacques Borlée, dans son remarquable livre sur l’histoire de l’alpinisme belge (1), a bien synthétisé la vie de Jean, énumérant les principales grandes voies qu’il a ouvertes à Freyr et ses réussites sur de grands itinéraires alpins. Il n’a cependant pas pu rendre compte des innombrables anecdotes que Jean avait plaisir à raconter avec beaucoup de verve, ni des plaisanteries et inventions farfelues qu’il avait coutume d’imaginer avec, et parfois aux dépens, de ses nombreux amis.
On le retrouve aussi dans des entreprises beaucoup plus sérieuses, comme une expédition au Tibesti ou la construction du petit refuge de Leschaux, et plus dramatiques, comme sa participation aux tentatives de sauvetage de Vincendon et Henry lors de leur tragique aventure hivernale au Mont Blanc à la Noël 1956.
La mort de François Henry, que je côtoyais à l’université, a contraint le cinéaste Bastin à modifier et raccourcir le merveilleux film qu’il a tourné à Freyr et dont Jean, avec son légendaire pantalon orange, et François étaient les acteurs.
La créativité de Jean n’avait pas de limite dans le domaine du développement du matériel sportif, que ce soit pour l’alpinisme, la spéléo ou la plongée. C’est lui aussi qui avait imaginé une méthode pratique, quelque peu artisanale, pour tester la solidité des cordes, avec comme résultat la disparition rapide de l’usage des cordes en chanvre et l’introduction des cordes en nylon qu’il fut le premier à importer en Belgique.
C’est aussi lui qui, en collaboration avec l’institut qui allait devenir l’ADEPS, a commencé la formation des moniteurs d’escalade.
L’évocation de ce grand alpiniste à la personnalité si originale et à la fantaisie débridée ne s’imagine pas pour moi sans le sourire et la patience de son épouse Lulu qu’il qualifiait volontiers de « soleil de ses jours ».
C’est à elle, à Arnaud et Richard et à toute leur famille, que je veux faire part de la chaleureuse sympathie de la section du Brabant et des nombreux anciens de Freyr qui garderont le souvenir de Jean gravé dans leur mémoire.
Marcel Brouwer
(1) DE FREYR A L’HIMALAYA - Jacques Borlée – Didier Hatier – Collection Grands Formats – p. 83

C’est dans le cadre enchanteur de la forêt de Soignes que Jean Lecomte nous a quittés, au seuil de ses nonante ans.